PAUL LOUIS
PARIS BIBLIOÏIIÈQUE-CIIARPENTIEU
EUGÈNE FASgUELLE ÉDITEUR
11, RUE DE GIŒNELLE, 11
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PREFACE
H était airtocfois d'usage cauranlî, éans. les portas eoB6ervateuirs> de prophétiser, ài intervalles réguliers, rextinction du socialisme, et la dispersion intégrale des effectifs qui Favaient adopté. On s'épargnait ainsi la peine de criti^tter et de combattre Les doctrines, en dénonçant, conune iiEéluctable, mb désastre qu'on pouvait tout au plus souhaiter. Dans une certaine sKesure, les érénôments sanglants de Juin 1848 et de Mai 1871, les bannissements et coodamnations diverses cpii les avaient suivis, raffaissement de conscience démocratique et prolétarienne que de foudroyantes répressions avaient engendré, senkblaknt autant d'arguments à l'appui d'une thèse, dont les: défenseurs mêmes maat{uaien£ d*élémenh taise eonnrietâon.
A l'heure présente, les esprits tes plus rétrosgrades ont renoncé à prédire une dissolution^
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qu'ils appelleraient certes de tous leurs vœux, mais qui tiendrait du miracle. Le socialisme a acquis droit de cité dans l'Etat, ou mieux dans le monde moderne. Nul n'ignore plus qu'il enfonce des racines trop profondes pour être extirpées ; qu'il tire de l'extension même du régime industrialiste, une irrésistible puissance; qu'il est, en somme, non point une pure conception de l'esprit, mais un produit de l'histoire. On a défini ses conditions de formation, ses lois de développement, qui ne laissent qu'un rôle très secondaire à ses écrivains et à ses propagandistes. L'expérimentation qui a été suivie, en divers pays, de sa méthode de croissance, a déconcerté les" espérances les plus tenaces. La force serait aussi incapable d'enrayer son expansionque de modifier la flore d'une contrée ou de changer la composition de l'air. C'est en mettant en lumière ce caractère d'invincible fatalité, bien plus qu'en faisant appel au droit, à la justice, à l'humanité, à. la fraternité des peuples et des races, qu'on saisit les foules et qu'on décourage les oppositions et les haines. Quelques objections qui soient encore, au de rechef, opposées au marxisme, son titre d'honneur, devant le prolétariat, sera d'avoir plié les cerveaux à ce concept strictement déterministe.
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La valeur pratique de cette notion n'est pas douteuse ; depuis qu'elles ont compris la portée réelle du socialisme et perçu la logique de sa filiation, les masses se sont converties, vouant à la doctrine nouvelle une foi quasi-scientifique. Tant que l'argumentation des novateurs s'appuyait sur des thèses purement philosophiques, sur une métaphysique plus ou moins nébuleuse, sur l'évocation des classiques entités, les contingents d'hommes, conquis par des tribuns sentimentaux ou par des dialecticiens subtils, s'évaporaient à chaque crise. Mais du jour où il fut établi que la formation du prolétariat était un phénomène inévitable, — que le régime moderne engendrait, pour des millions d'êtres, une misère sans limites, — que la séparation et la lutte des classes résultaient de l'enchaînement économique, — et que les capitaux allaient se concentrant sans relâche ; du jour où les exemples de la Russie, des Etats Scandinaves, de l'Allemagne, de l'Italie illustrèrent ces assertions, en complétant les données des pays de production usinière plus ancienne, le socialisme s'imposa aux malheureux, — et à quelques autres, — avec l'énergie d'un dogme raisonné. La mentalité d'une portion de ses affiliés s'est déjà transformée. Ils ont exclu la crédulité religieuse, qui animait
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encore la plèbe ouvrière vers 1848, qui assemblait les souffrants autour de prophètes inspirés, mais qui ne survivait point à la défaite tempo-^ Baire. Une crise nouvelle pourrait ébranler l«s groupements constitués ; une guerre civile désastreuse disloquerait partiellement Tarmée de la démocratie sociale en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie, mais elle n'entraînerait plus ^assoupissement profond et prolongé, qui pesa -nuT notre pays après les journées de Juin, et qui •l'étendit sut toute FEurope occidentale au lendemain de la Commune.
Par ailleurs, les gouvernements eux-mêmes •nt conipr is que c'était poursuivre une chioaièrc dangereuse que de vouloir déraciner 1« sociattsme. Certes, toutes leurs sympathies sont à l'inverse, et s'ils connaissaient un procédé efficace •pour écraser, fût-ce au prix des pires violences, les> menées subversives, ils l'appliqueraient avec «nthousiasme. Mais si peu perspicaces que soient lcs> classes dirigeantes, elles ne peuvent se soustraire à certains souvenirs obsédants. Malgré ïhécatombe de Cavaignac, la première Internationale a surgi ; malgré les carnages qu'ordonna Thiers, la seconde Internationale s'est dressée, -autrement vigoureuse, serrée et menaçante que «elle de l'Empire. On s'est ainsi résigné à vivre à
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côté du socialisme, de môme que certaines populations de TAméfique du Sud habitent au pied des volcans. On s'attache à demander au régime capitaliste tout ce qu'il peut donner encore. Entre temp§, les représentants les plus énergiques «ou les plus procéduriers de la bourgeoisie tentent de négocier avec Tennemi, de passer avec lui dea compromis traiisitoires, ou même d'élaborer, ^tkt des bases hypothétiques, la créaUon d*un nouveau système social, qui ne différerait guère de rsuicîen. Les plus sceptiques et les plus sages raisonnent comme leurs ancêtres du xvui® siècle : « Après nous, le déluge... » « Nos fils verront de belles choses. » Ce qui caractérise le mieux les milieux dominants de notre époque, c'est qu'ils ont perçu la fatalité de la transformation communiste, qu'ils visent exclusivement à prolonger^ coûte que coûte, leur suprématie, qu'ils ont perdu toute foi en sa pérennité. Nulle plume à leur service ne tracerait plus ces mots : « Le socialisme a vécu... »
L'avenir du socialisme semblerait donc assuré^ à une échéance plutôt brève, puisque ses adversaires mômes s'inclinent devant sa puissance, s'il Bre portait en lui un germe morbide. Comme tou« legf groupements arrivés à l'adolescence, il marqtie une velléité de s'écarter de ses principes^
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d'assouplir sa rigide doctrine, au fur et à mesure qu'il conquiert de nouveaux adhérents. Sa hautaine probité s'accommode de transactions qu'en sa robuste et fière jeunesse, il eût dédaigneuseiîient repoussées. Au lieu de s'ériger en ennemi irréconciliable du système social, il s'évertue à y chercher des signes d'évolution, pour tempérer d'autant son intransigeance et atténuer sa combativité. Certes, les effectifs socialistes sont loin d'avoir accueilli, dans leur intégralité, l'optimisme anémiant qui, de concession en concession, acheminerait les masses ouvrières à une jonction permanente avec les conservateurs du régime. Des révoltes se sont affirmées; des ruptures ont éclaté ; des condamnations furent prononcées; mais le mal, qui travaille la classe dirigée, demeure assez aigu pour qu'on doive redouter ses ravages. La fusion de certaines fractions démocratiques, avec une portion du prolétariat socialiste, a engendré une sorte d'indifférence et de scepticisme dans une autre portion prolétarienne. Et ainsi, aux deux ailes, se sont perdus des contingents dont l'importance varie selon les pays, mais dont le concours pouvait être tenu pour indispensable. Le socialisme de tradition ou de doctrine reste finalement assez fort pour que nul ne mette en doute sa stabilité, mais il convient de