SB L'AVENIR
rouage coDStîlulîonnel approprié aux nécessités dii temps.
Non-seulemeat la politique napoléonienne s'est inspirée de l'idéal de la société française, mais les revers mêmes, loio de la discréditer aux >eux des populations, ont été la source d'une (elle popularité, que son inteosilé dynastique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, s'en est accrue. Cette politique, dans son ensemble, ne peut être comparée qu'à celle qui a maintenu eu France la plus longue suite de souverains.
Quelle a été, en effet, l'œuvre dynastique des Capets?
Ils ont mis fin à l'anarchie féodale, associé entre elles toutes les provinces, fondé l'unité de commandement et de territoiret et, en même temps, ils ont préparé les voies à la formation de la société moderne, en élevant la boui^eoisie au rang de ti^s état, par l'affrancbissement des communes, l'institution des parlements et l'admission des roturiers aux plus hauts emplois des finances, de l'admioistratioD et de la guerre.
Les deux règnes de Napoléon I" et de Napoléon m ne témoignent-ils pas que la dynastie
DigitzrrIbyGOOgIC
qu'ils fondent poursuit, dans un champ plus vaste, un but analogue?
Au dehors, la pai\ et la confédération des États avancés, ffour constituer en commun le gouvernement et accélérer la civilisation dti ^{lobe; à l'intérieur, l'avènement de la démocratie et l'extinction du paupérisme par l'éducation, le crédit et les travaux publics : telle est la politique qui ressoit de l'enchaînement des deux premiers règnes de la dynastie des Bonaparte.
Le gouvernement impérial eotreprend aujourd'hui d'unir, au lieu de provinces soumises à des coutumes et parlant des patois différents, les États mêmes de l'Europe. Au lieu de la bourgeoisie, il comprend que c'est l'univerealité des citoyens, la démocratie tout entière, qu'il faut aider à parvenir, et qu'en possession déjà du droit de suffrage , elle aspire légitimement à sa complète émancipation par les lumières et le travail.
Ces tendances naturelles des sociétés modernes,
- qui ont in.spiré tous les progrès de la France depuis
la Révolution, ne se retrouvent-elles pas au fond
des déclarations et des actes du consulat et des
deux empires?
DigitzrrIbyGOOgIC
Le premier consul, après le 18 brumaire, avait fait de la pacification de l'Europe le sujet de ses premiers manifestas. Entraîné par l'orgueil et la haine des aristocraties dans des guerres de géant, il dut abandonner son programme civilisateur. Mais les armées impériales portaient partout les senliments et les idées de la Révolution, et à l'intérieur l'administration et les lois donnaient en même temps au principe d'égalité tous les développements compatibles avec la situation violente et les compromis inévitables que faisait naître le contact du nouvel empire avec les vieilles monarcbies.
Napoléon III, au début de son règne, a suivi cette tradition de famille : au dehors, avec l'énergie que provoquait la menace encore vivante des coalitions; au dedans, avec la prudence que nécessitaient les exagérations récentes du socialisme.
Plus heureux que son oncle, c'est au milieu d'Èlats déchirés par des luttes intestines, au nom de la France unie, compacte et triomphante, qu'à l'apogée et non au début d'un règne heureux, il a renouvelé cet appel à la concorde et à la confédé-
ration qui avait été ia première parole du chef de la race, au moment où il prenait possession du pouvoir.
La politique des Bonaparte, envisagée par ses grands côtés, répond donc aux vraies aspirations du pays et présente toutes les conditions nécessaires pour former la tradition d'une nouvelle maison souveraine. Ce fait deviendra manifeste même aux yeux des plus incrédules, quand la conduite du pouvoir cessera d'avoir le caractère simplement gouvernemental pour revêtir un caractère dynastique, c'est-à-dire quand sa parole et ses actes embrasseront non plus seulement le présent, mais l'avenir, et l'avenir le plus reculé.
Alors la famille Bonaparte sera bien véritablement en possession d'un idéal dynastique. Elle n'aura plus qu'à s'organiser, si elle ne l'est pas encore , en vue de se prémunir contre les erreurs, les faiblesses, les écarts, les lacunes de la nature et du sang. Ce dernier point, on l'a vu, n'est pas moins essentiel que le premier.
Comment résister aux éventualités funestes que peut créer dans la succession des règnes l'insulfisance des caractères, de l'intelligence ou de l'âge
DigitzrrIbyGOOgIC
des souverains, ou même, sons un prince capable, l'excitation qu'exerce sur les fortes natures le feu des passions ou la tentation des événements ?
C'est par la manière dont l'exercice de l'autorité sera réglé, limité; c'est par la part qui sera faite au contrôle et à Pinitiative de la nation.
Cette partie de l'œuvre est évidemment la plus difficile.
L'idéal populaire n'ofîre pas d'obscurité. Depuis la Révolution, la politique de la France ne s'est pas démentie, elle éclate au grand jour; il est donc facile d'en faire l'objet d'une tradition de famille.
Il n'en est pas ainsi des moyens par lesquels on a essayé d'équilibrer les pouvoirs de l'Étal. Comment se re<-onnaitrc au milieu de tant de combinaisons restrictives par lesquelles les méfiances de l'oiiinion s'efforcent depuis si longtemps de contenir et de régler l'exercice du pouvoir souverain?
Nous touchons donc au problème le plus ardu du sujet qui nous occu|)e et qui en est aussi le plus important.
DigitzrrIbyGOOgIC
KT LES BONAPAIITE. 7i
li ne faut pas ranioinririr, il faut l'envisager sous toutes ses faces, sans prévention, et, |>oiir le résoudre, ne s'arrêter devant aucune considération.
DigitzrrIbyGOOgIC