CHAPITRE X
Je ne dois pas me dissimuler que beaucoup de personnes, apparteuant surtout au monde officiel, sont portées à croire, à première vue, que la dynastie napoléonienne a trouvé son frein.
(1 L'Angleterre , disent-elles , veut se gouverner (1 elle-même ; la France veut être bien gouvernée. H Le frein dynastique en Angleterre, c'est le Parti lement; en France, c'est la Révolution.
u Le [>euple anglais dit à ses souverains : Laisa sez-moi faire mes affaires; bien ou mal, cela me
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Kl' LUS BONAl'AKTE. Ti
a regarde. Je ne veux de responsable de dioq sort u que moi-même. Ne me faites pas obstacle ; regaru dez-moi, représentez-moi, et je vous respecterai.
« Le peuple français dit à son gouvernement, Il quel qu'il soit : Faites bien mes affaires, de- « vînez ma.pensée, prévenez mes désirs, pourvoyez « à mes besoins, modérez-moi, dirigez-moi à ma « pleine satisfaction, — ou je vous renverse. "
a De là deux principes : l'irresponsabilité de la « couronne chez nos voisins, et chez nous sa res- « ponsabilité. »
Ce raisonnement est logique, et il repose sur une appréciation exacte de l'état des choses.
Oui, aujourd'hui il n'y a d'autre frein à l'exercice du pouvoir impérial que la Révolution.
Mais est^il bon, dans l'intérêt de l'ordre et du progrès social, qu'il en soit toujours ainsi ?
N'exagérons rien.
Le contraste qui vient d'être signalé n'existe-t-il pas dans la forme plus que dans le fond?
Chez les deux peuples, c'est la même situation, exprimée de deux manières différentes, à cause de la diversité des caractères et des traditions.
L'un et l'autre entendent rester souverains de
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lait. La gouveraioelé oationale est de cha(]ue côté du détroit la base de la constitution. Seulement, ici la nation exerce son droit, là elle le délègue. Et il est remarquable que par leur conduite et leurs déclarations, à cent aas de distance, les deux fondateurs de dynasties ont également rendu hommage à ce droit supérieur, avec la différence de formes que comportaient les époques, les lieux, leâcaraclères : Guillaume en négociateur consommé, Napoléon m philosophe et en homme d'Étal.
Guillaume, arrivant au trône par les droits d'une femme qui ne lui avait pas donné d'enfants, était naturellement peu enclin aux idées dynastiques. Il se regardait comme entré accidentellement au service de l'Angleterre et comme libre de se retirer, si la condition qu'on lui faisait ne lui convenait plus. Maintes fois il a menacé le Parlement d'abandonner le trône et de se retirer en Hollande. Les souverains de Hanovre, longtemps après lui, se considéraient comme campés momentanément sur le sol britannique. Leur vrai royaume était le petit coin de terre qu'ils possédaient comme domaine patrimonial sur le continent. Le Hanovre, et non l'Angleterre, formait le principal objet de
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leur soilicitude ; le premier Geor^ surtout maDÎfesta souvent l'intention d'y retourner.
Napoléon, en saisissant le- pouvoir, en se chapgeaot des destinées de ia France, avait, beaucoup plus que Guillaume, le sentiment qu'il fallait à la Dation une suite régulière de souverains. Tant que la fortune favorisa ses desseins, il n'imagina pas qu'il pût personnellement quitter le pouvoir; et néanmoins, au moment où il fondait sa dynastie, il en avait solennellement prévu la fin.
Les paroles qu'il prononça à-ce sujet sont caractéristiques. En recevant à Saint-Cioud le sénatusconsulte qui établiijsait l'hérédité impériale, Napoléon I" dit :
" Mon esprit ne serait plus avec ma postérité du u jour où elle cesserait de mériter l'amour et la <i confiance de la grande nation. »
Or dans la pensée de Napoléon I" qui donc devait être le juge de ce fait, que sa postérité aurait cessé de mériter l'amour et la confiance de la f^rande nation?
Évidemment, c'était la nation. Et quelle forme de jugement la nation, sous la constitution de 1804, pouvait-elle employer?
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Il D'y en avait qu'une : la RévoluliOD.
Napoléon comprenait donc que, dans l'état de minorité où il croyait nécessaire de placer lu France, la Révolution était le seul frein dynastique. Accepter ce frein, c'était à ses yeux populariser l'instilution au lieu de l'ébranler, et, h l'époque où il agissait ainsi, il avait raison.
li a été fidèle à cette conception. Par deux fois il a abdiqué ; et en abdiquant, quelle qu'aient été ses déclarations ultérieures, il devait bien sentir qu'il dépossédait, temporairement au moins, sa
Voyons maintenant comment Napoléon III, au moment oii il prenait la couronne, a entendu le frein dynastique.
Recevant aussi la députation du Sénat à Saint- (jloud, après avoir rappelé la menace sacramentelle adressée par son oncle à ses descendants, il a ajouté :
u Eh bien! aujourd'hui ce qui touche le plus « mon cœur, c'est de penser que l'esprit de l'Em- « pereur est avec moi, que sa pensée me guide, 11 que son ombre me protège, puisque par une Il démarche solennelle vous venez, au nom du
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« peuple français, me prouver que j'ai mérité la « confiauce du pays ! )>
Que conclure de ces paroles si heureusement inspirées ?
Rien qui soit de nature à déposséder la Révolution de son office.
Combien une dynastie qui ne fonde sa tégitimité sur aucune fiction, et qui doit se perpétuer par l'amour et la confiance du pays, n'est-elle pas intéressée à régulariser cette situation et à rendre impossible à tout jamais les malentendus que pourrait faire naître la prévision de son fondateur !
Il n'est qu'un moyen de garantir que ni la faiblesse, ni les passions, ni même les illusions généreuses n'amèneront de pareils malentendus.
Les Anglais l'ont trouvé. La différence des mœurs, des caractères, des traditions, exige sans doute que certaine modifications y soient apportées quand on l'introduira en France; mais c'est à cette seule condition, on va le voir, que l'avenir de la dynastie peut être garanti contre ses plus mauvaises chances.
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