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L'idéal du clergé , c'était la conquête des âmes, la prédomiDaDce de sou autorité spirituelle, l'accroissemeat de ses richesses, le gouvernemenl de l'État par les coofesseurs et les premiers ministres, la lutte contre les hérésies par la prédication , la censure, et, au besoin, le bûcher, les guerres religieuses; car le clergé, ayant tout acquis par la foi, devait être impitoyable à l'égard de la moindre altératioD des dogmes.
L'idéal des communes, c'était l'indépendance, le gouvernement des intérêts locaux par les notables, les droits d'assemblée, d'élection et de juridiction, ainsi que cela avait lieu au temps de la domination roQiaine.
L'idéal des parlements, des universités, des corps d'État, c'étaient les exemptions, les privilèges.
Les parlements, en particulier, aspiraient à concentrer en eux toute justice au nom du roi et du peuple. Étant parvenus à former entre l'un et l'autre UD pouvoir intermédiaire, ils entreprirent de les dominer tous les deux et devinrent en réalité le frein dynastique, à partir du moment où l'on cessa de convoquer les états généraux.
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Mais n'anticipons pas.
 celte époque, déjà loin de dous, le mieuœ dans l'avenir était conçu d'une manière multiple et pour ainsi dire émiettée. Selon que la force pencliait d'un côté ou de l'autre, le souverain pouvait, d'après les besoins de sa politique, favoriser tel intérêt, sauf à le négliger plus tard et à porter ses faveurs sur un autre point.
Les dynasties se sont maintenues souvent ainsi par un système de bascule. Elles ont pu faire beaucoup de fautes, traverser même des régences et des mauvais règnes sans risquer d'y sombrer, par suite de la difficulté où se trouvaient tant d'intérêts isolés de se réunir et de s'entendre, pour substituer une autre combinaison à celle dont ils souffraient, et aussi parce qu'il se formait lentement, au milieu de ces intérêts brisés et souvent en lutte, un intérêt moral commun, une passion généreuse, désintéressée, germe de l'unité nationale et puissant instrument de la formation du territoire. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on est fier et heureux en France d'être Français, et le suffrage universel n'est que la traduction d'un patriotisme ressenti par toutes les classes dès les premiers siècles
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qui suivirent les croisades. Un pays où une stiuple fille des champs, inspirée, s'impose au souverain, réveille le courage de tout un peuple, l'entraîne à sa suite et chasse rétraD.^r. nourrit déjà l'idéal qui a produit les prodiges de la Révolution.
La Réforme fît faire un grand pas à la politique, en massant les intérêts en je».
Au svii* siècle, une révolution considérable s'opère dans i'élablissement des maisons souveraines, et le changement témoigne des progrès qu'ont accomplis tes mœurs, l'intelligence du droit et l'esprit d'association.
L'Angleterre en offre le plus frappant exemple.
A la suite d'une révolution rjui avait fait succéder la république h la dynastie des Stuarts, Jacques II, rétabli sur le trône, cherche vainement à étouffer l'esprit nouveau qui anime la nation britannique.
Son gendre, Guillaume d'Orange, débarque à la tête d'une armée, et Jacques s'enfuit.
Une maison souveraine du même sang, adoptée par la nation, prend la place de la branche déchue. Cette fois, l'obscurité et l'éparpillement des aspiralioiiK nationales ijuî régnaient au moyen âge ^ml disparu.
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Trois iolTêls seulement sont en présence : l'inl/'rêt (le la réforme religieuse, personnifié dans ie nouveau clergé; l'intérêt île l'aristocratie, personnifié dans la Chambre des lords; et l'intérêt de la bourgeoisie, personnifié dans la Chambre des communes.
On s'abouche, on s'explique; on veut tout débattre et tout prévoir. Et Guillaume IH, fondateur d'ime nouvelle dynastie, traite selon la loi civile, comme im contrat sjnallaRmatiijue à intervenir entre sa famille et le parlement, de l'élablissemenl mMe dr. pouvoir.
Catholiques jusqu'à la superstition et la servilité pnvers la cour papale, les Stuarts ne (Wiivaient comprendre la transformation que les nouvelles idées religieuses avaient opéi'ée dans les mœurs et les intérêts politiques de la nation. Jawiùes II, jusqu'à sa mort, ne vit dans le fait de l'élévation au trône du prince d'Orange qu'une usurpation et une liahison concertée enti-e son gttndre, deux de ses entants et quelques grands comblés de ses bienfaits.
Depuis t'avénement de la maison de Hanovre, la Kévolution française a rendu plus clair et plus
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simple encoi'ç le fait de la Tondation d'uae nouvelle dynastie.
En passant le niveau sur les privilèges, les monopoles, les distinctions de naissance et de faveur de toute nature, elle a mis fin à ces individualités collectives et substitué à l'idée que chaque groupe se formait de sa destinée et de ses droits un idéal national qui embrasse l'universalité des citoyens.
Cet idéal collectif se dessine plus clairement et passionne un plus grand nombre d'esprits, à mesure que la civilisation se développe.
Les hommes d'État néanmoins en tiennent faiblement compte. Ils sont plutôt portés à voir l'affermissement d'un gouvernement dans la lutte contre ses éléments contraires que dans le développement de ses qualités propres, de son principe vital , qui souvent à la vérité leur échappent.
Cependant il faut bien le reconnaître, il s'est opéré dans l'esprit des populations eo France une transformation radicale. Un établissement politique qui vise à se perpétuer doit, eu même temps qu'il lutte contre les difficultés qui l'environnent, développer sa virtualité créatrice, ses éléments d'avenir; car si une dynastie, après avoir calmé la
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tempête du sein de laquelle elle est sortie, se soutient dans le présent par sa force acquise, c'est dans la génération fulure, plus que dans la génération contemporaine, qu'elle doit se ménager des chances de durée.
-Mais peut-on déterminer dès ce moment les vrais intérêts de l'avenir? N'en avons-nous pas le sentiment plus que l'idée? Est-il possible de donner à l'aspiration des masses une formule politique qui devienne un lien entre les générations à naître et les héritiers du souverain?
Cette formule, je n'ai pas la prétention de la produire ; il nie suffit de montrer que l'objet qu'elle devra caractériser est clair et précis.
Il s'agit purement et simplement de donner l'impulsion la plus rapide et la plus large au progrès social.
La vie civilisée qu'ambitionne le peuple est celle où l'homme acquiert le plein développement des facultés naturelles dont il apporte le germe en naissant, et où il peut employer librement ces facultés non-seulement à l'amélioration de son sort, au bien de sa famille, mais à la grandeur, à la gloire et à la prospérité de la patrie.
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L'idéal du peinile est donc un ifléal de jutitice et de bonheur dans les cooditlous d'existence que constitue notre planète.
Pour l'Église, l'avenir de l'homme est dans le ciel. Pour un fondateur de dynastie, l'avenir de l'homme est sur ta terre.
Est-ce que dans trente ans le sort du Prince impérial dépendra de la génération virile de nos jours, appelée alors, selon la foi catholique, à l'état d'esprits bienheureux ou d'âmes en peine? Non. La destinée du nouveau souverain sera alors dans les mains des enfants d'aujourd'hui , devenus des hommes, et en possession par le suffrage universel de la souveraineté nationale.
Si nous vivions, comme il y a 250 ans, dans l' indifférence des destinées du genre huiiiain et du globe qu'il habite, dans l'ignorance de la grande loi de la civilisation, et n'ayant de passions (jue pour nos croyances religieuses ; si, comme les bourgeois de Paris qui assislèrenl à la première messe de Henri IV, nous étions à quelipies années seulement de la Saint- Barthélémy, des complaisances poussées jusqu'à la faiblesse envers la cour de Rome pourraient être encore considérées comme
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exerçant une influence Cavorabkt à l'affermisseineni d'uoe maison souveraine.
Les temps sont changés. L'action et les enseignements des divers cierges exercent peut-être plus eiTicacement que jamais un empire moralisaleur sur les âmes, mais la foi des populations n'est plus un élément dynastique.
Au lieu d'être indifférents aux destinées futures de la société terrestre, les peuples se passionnent de plus en plus pour ces destinées, sur lesquelles la science, l'art, les eflbrts de l'i-ndustrie, le progrès des mœurs, l'encliainement des événements et la morale de l'Évangile elle-même, nous apprennent chaque jour quelque chose de nouveau.
Le nombre des personnes qui veulent faire leur salut est grand sans doute; mais celles-là mêmes veulent aussi sauver la société des maux dont la religion ne l'a jamais garantie; elles veulent lui é[)argner les calamités par lesquelles l'expérience nous prouve qu'elle pourrait encore passer, chaque fois qu'un progrès arrivé à terme ne sera pas régulièrement accompli.
Tout le monde aujourd'hui croit au pouvoir et au droit qu'ont les sociétés d'améliorer progressive-
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meot, mais sans relâche, les conditioDs de leur existence. La civilisation apparaît comme la loi supérieure de notre globe, et il est facile de voir qu'elle est appelée prochainement à gouverner toutes les choses de ce monde, comme la croyance religieuse ou philosophique de chacun gouverne ses intérêts spirituels.
C'est donc surtout dans le domaine de l'espoir et de la passion de tous les progrès que la justice doit réaliser sur cette terre, c'est dans les choses qui touchent aux perfectionnements les plus éloignés vers lesquels convergent la patrie et le genre humain, qu'un souverain doit marcher à la tête des idées de son siècle; c'est dans cette voie seulement qu'il formera l'esprit de son successeur et qu'il assurera à sa dynastie des chances sérieuses de durée, quels que soient le caractère, la capacité, l'âge des futurs souverains.
La théorie et la pratique du progrès, à savoir la philosophie moderne d'une part, et de l'autre les finances telles que les ont entendues Sully, Golherl, Turgot, Corvelto, Laffîtle, de Villèle et Robert Peel, voilà désormais les deux grands ressorts de la force et de la stabilité des institutions.
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La philosophie moderne a découvert que toutes les créatures humaines sont appelées à parvenir progressivement à la possession des bienfaits de l'état social, et la révolution a mis dans la main du peupife les droits nécessaires pour réaliser cette grande conquête.
Les finances lui en fourniront les moyens, quand elles seront placées sous le contrôle de praticiens habitués aux créations économiques et animés d'une juste confiance dans les destinées populaires.
Si l'Empereur jugeait à propos de faire faire une étude approfondie des moyens d'asseoir et de consolider dans les âges futurs sa dynastie, on peut dire hardiment que cette étude serait seulement complète si elle avait lieu au double point de vue philosophique et financier.
Entreprise du vivant de l'Empereur, avec tous les moyens dont le gouvernement dispose, une pareille étude permettrait d'éviter, après lui, les écueils d'une politique de hasard, en devenant la source d'une tradition de famille en harmonie avec les vœux et les besoins des populations.
Or , il D'y a pas chez le peuple d'ambition embrassant une plus longue durée que sa prise de pos-
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session complète de la vie civilisée : c'est dont' celle qui offre la carrière la plus prolongée à une succession régulière de souverains s'ils sont fidèles à ta belle maxime de Napoléon III :
u Marchez en avant des idées de votre siècle, « elles vous suivent et vous soutiennent; marchez « à leur suite, elles vous entraînent; marchez (i contre elles, elles vous renversent. >•
A quels signes reconnaîtra-t-on que le souverain marche en avant de l'amhition populaire?
Le pouvoir, tel que Napoléon III a voulu le constituer en France, est la source de toute initiative, de toute action publique.
Marcher en avant signifie donc aujourd'hui, pour le souverain, réaliser plus de progrès que la sociéié n'en attend, et plus qu'elle ne pourrait le faire, sans la prévoyance et l'intervention personnelle du chef de i'Ëlat.
On comprend maintenant le rôle que l'idéal populaire doit jouer dans l'affermissement d'une dynastie.
Voyons quelle part doit être faite au frein, et les services que l'on peut en attendre.
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