‹ L'avenir francaisChapitre 15 sur 27 · JE IR DE L 'ORFIGIER DEN ER · texte numérisé non relu

JE IR DE L 'ORFIGIER DEN ER

par une LÉ. D à 1 . solide ann Jui je de tirer promptement A der

à s ‘élever,

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L'avenir du patron.

‘il veut, c'est la victoire commune : il vit au milieu de ses troupes, en contact permanent avec elles : il ’occupe d'elles, il assure leur bien-être autant qu’il le peut. Si, enfin, il leur demande une discipline indispensable au salut de l'armée tout entière, il donne l’exemple le prenuer. Tous ces éléments de rapprochement, de C ncorde, on peut même dire, chez nous, d'amitié, la guerre les met mieux en relief encore que la vie de caserne. La paix faite, le temps des grandes épreuves t des grands périls enfin clos, nul n'aura plus que le fier souvenir des plus dures journées du même champ de bataille où a été déployé, de part et d'autre, le même ourage : tous aimeront également à en de les . lents les plus émouvants. Donc, soyons-en sûrs, officier français sortira de la grande guerre plus assuré que jamais de l'estime et de la reconnaissance affec-

Lt

Avec le patron, nous sommes sur le terrain de la concurrence et de la rivalité entre compatriotes euxmêmes. Quand le patron lutte, lui aussi, pour la vie, quand il a des raisons trop sérieuses de s'alarmer pour le crédit dont il a besoin, pour la sécurité de ses moyens d'action, pour la fidélité de ses auxiliaires, pour la direction nouvelle d'un courant d’affaires, l'ouvrier ne sait rien de tout. cela, ou, s'il le sait, il n’en a cure. C'est d’ailleurs là ce que le patron a le plus d'intérêt à tenir caché. Si, devant les officiers, les hommes ne forment qu'un corps, animé du même esprit, portés vers un même but, l’ouvrier, lui, ne peut calculer que ses difficultés personnelles ou familiaies : il s’agite le plus souvent dans une incertitude irritante sur l'étendue des bénéfices dont il voudrait bien avoir, tous les jours, une part plus abondante. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, les conversations, les suggestions réciproques des camarades risquent quelquefois plus de l'égarer que de le guider.

Or, les changements qui se sont insensiblement produits, comme d'eux-mêmes, dans la vie industrielle, n'ont pu, jusqu'à présent qu'aggraver, à bien des points de vue, ce que cet état de choses a d'inquiétant pour la . paix publique. Les confits s’y multiplient et ils mettent aux prises des gens qui perdent de plus en plus les moyens de se connaître. Même dans la grande industrie, le patron, sans doute, existe toujours, avec une dénomination ou avec une autre : quant au patronage, il disparaît, même dans la petite et dans la moyenne industrie.

Qu'était-ce donc que le patronage? Quelque chose de plus que l'existence pure et simple du patron et que son droit au commandement. C'était l'action exercée par le patron en faveur de l’ouvrier, l’action destinée à

Ep

le former, à l'avertir, à le conseiller, à le soutenir, à lui indiquer, à lui faire trouver, en dehors de la vie proprenient industrielie, des meyens d'améliorer ses conditions d'existence et celles de sa famille. Ce qui s'oppose maintenant à l'exercice de ce patronage, tout le monde le sait : ici la grandeur des entreprises et le nombre considérable des ouvriers; là le peu de stabilité des engagements et la mobilité du personnel. Ajoutons-y cette sortie de contre-patronage où s'organise l'opposition contre les propriétaires et les patrons. De là des négociations et des pourparlers, qui, heureusement, aboutissent encore quelquefois à des ententes, mais sans confiance, sans attachement et sans générosité.

Donc, le patronage personnel est bien menacé. Non pas que les patrons n'aient plus aucun souci du bienêtre, de la moralité, du bon esprit de leurs travailieurs ; mais quand ils servent une de ces causes, ils le font le plus souvent sous une forme anonyme, en créant, par

exemple, une œuvre ouverte à tous, à connus ct à inconnus. Tel patron qui renonce à améliorer le logement de ses propres ouvriers, en bâtissant lui-même pour eux, sceuscrira plus volontiers pour une œuvre collective de maisons à bon marehé, de maisons pour familles nombreuses. Il se dit qu'il éveillera ainsi moins de défiance, et que son intervention ne risquera pas d'être mal interprétée. J'ai connu un homme de bien, mort depuis peu, administrateur d’une des plus grandes entreprises commerciales du monde entier. Chaque dimanche matin, il visitait des pauvres. Étaient-ce des membres éprouvés, malades, de sa propre administration? C'étaient indistinctement ceux qui lui étaient désignés par la Société de Saint-Vincent. de-Paul d'un quartier. Un jour, s'étant tout particulièrement intéressé au sort d’une famille et voulant faire pour elle un effort spécial, il m'avait demandé je ne sais plus quelle

démarche, mais en me disant : « Ne faites pas savoir que c'est moi qui vous ai mis en mouvement, je ne

voudrais pas qu'on me reconnût.

Si le patronage, tel que Le Play l'entendait et le recommandait, paraît ainsi menacé, le patron lui-même est-il également condamné à disparaitre? Quelques-uns le croient ou le disent. Ils rêvent « l'atelier sans maître », soutenu par le syndicat dans un régime de parfaite égalité. Ils n'ont aucune tendresse, ni pour le petit, ni pour le moyen atelier, pas plus qu'ils n’en ont pour le petit ou pour le moyen propriétaire; ils voient dans tous ces hommes autant d'obstacles à la propagation de leurs idées collectivistes. Ils s'efforcent de démontrer que la petite industrie ne peut pas résister, la

moyenne encore moins : cette dernière d'ailleurs, ils

s'attachent à la combattre plus que l’autre, parce qu'ils y voient toujours poindre, à un moment ou à un autre, un vrai patron, disposant de plus d'expérience et de plus d'économies, commandant directement à ses eniployés, restant plus maître de les congédier, menant

ses affaires à son idée sans avoir à en rendre compte à

personne. Quand ils s'adressent au patron d’une ferme ou d'un établissement agricole, ils voudraient à tout prix lui prouver qu'il est malheureux, excessivement malheureux. Ils lui promettent que, s’il veut bien renoncer à la propriété individuelle et consentir à cultiver la terre en commun, on le délivrera de tout souci; on lui prêtera gratuitement les machines nécessaires ;

jamais plus il ne sera saisi (évidemment! puisqu'il

n'aura plus rien à lui). En attendant, si, à la ville ou aux champs, dans l'industrie ou dans le commerce,

une grande entreprise va se développant, les socialistes mènent une campagne à double tactique, mais toujours

en vue de la suppression finale du patronat. D'un côté, ils s'élèvent à tout propos contre les abus du capitalisme, qui, disent-ils, règne en maître unique et absolu.

our, souvent si M ein. de la propriété per= sonnelle. Démontrer Due de ces rêves serait ici une

digression superflue. Contentons-nous de dire que tout ce qu'on attaque Ià a la vie dure. Le plus urgent est de se demander quels services on peut en attendre encore aujourd'hui et même demain, dans l'intérêt universel.

Qu'on ait vu successivement apparaître et prospérer la communauté primitive, la petite propriété, la À moyenne, Ia grande, qu'on veuille ensuite réhabiliter certaines institutions ou certaines tentatives communautaires — telles les af/itanze collettive d'Italie, — cela ne prouve pas du tout que chacune de ces formes de la vie laborieuse doive supplanter et annihiier toutes les précédentes. Il tombe plutôt sous le sens que plus les intérêts se compliquent, plus les solutions gagnent à être diversifiées, selon les cas. Ajouter n'est pas nécessairement démolir. La preuve que différentes com . binaisons peuvent très bien coexister, c'est qu'il en est qui coexistent en effet avec succès, vivant parfaitement côte à côte, s'empruntant même l'une à l’autre de quoi. renouveler leurs conceptions respectives. Nous sommes dans le règne de la grande industrie, soit! Mais il est devenu absolument banal de reconnaître que si elle absorbe beaucoup de petites industries, elle en utilise beaucoup d'anciennes : eile en suscite même beaucoup de nouvelles qui se fondent expressément pour des travaux accessoires, préparatoires ou complémentaires,

pour des travaux de réparation surtout. L'industrie des automobiles et des bicyclettes se centralise de plus en plus, c'est possible (et encore les exceptions sont-elles nombreuses); mais il ést trop connu qu’elle donne un appoint précieux à un nombre considérable de petits serruriers, de petits maréchaux-ferrants, établis dans

les villes, dans les villages et jusqu'aux carrefours de -

certaines routes. De ces combinaisons qui facilitent des survivances ou même des résurrections, on en trouvera partout, dans le nouveau comme dans l’ancien monde. Laissons donc les petits et les moyens patrons en possession de leur outillage, de leur clientèle et de leur personnel. Laissons-les exercer autour d’eux cet attrait «pui porte les ouvriers les plus attentifs,les mieux doués, ics plus hardis, à imaginer une amélioration de détail, une simplification, une application inattendue ou désirée. Laissons-les surtout voir dans la réalisation personnelle de leurs idées une raison de mieux économiser un petit capital et de le faire ensuite fructifier sous leurs yeux.

Souhaïitons-leur de revenir à la formation familiale et vraiment patronale des apprentis. Souhaitons-leur aussi de savoir se libérer de bien des soucis par divers modes d'association et de coopération entre égaux. Tout le monde y trouvera son compte, à commencer par les grands patrons, qui n'acceptent aucun employé qu'à la condition qu'il ait été d'abord « dégrossi » dans une maison de second ou de troisième ordre.

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Mais enfin l'ennemi par excellence est toujours, pour trop de gens, le gros patron, celui qui possède une grosse fortune, de gros capitaux et dirige un gros personnel. Rendues fortes, elles aussi, par leur nombre, d'importantes fractions dumonde ouvrier se demandent

si cette force ne leur permettra pas de s'affranchir de la suprématie d’un homme ou d’une oligarchie. Elles y

comptent d'autant plus, qu'au cours même de la guerre

on leur a dit de haut : « Soyez sûrs que nous reslerons avec vous et que nous ne vous demanderons pas de sacrifier quoi que ce soit de votre programme. »

Ce serait alors le moment de rappeler à tous la vie de régiment et le rôle qu'y a tenu de toute nécessité l'officier. Plus une armée est nombreuse, plus les rôles s'y subdivisent et plus les services s'y compliquent, à . à l'arrière, au centre, aux ailes: faction personnelle d'un chef ayant une vue d'ensemble vers le

succès de laquelle doivent être dirigés tons les efforts, n’en est que plus nécessaire. Au début d’une

action quelconque, action militaire, action commer-

ciale, action industrielle, action politique, action di-

piomatique, ce qui est réclamé par-dessus tout,

c’est une idée, une idée compréhensive, bien entendu, car elle doit synthétiser des expériences et des déductions dont l'esprit ainsi saisi et « empoigné » apercevra tout d’un coup (l'inspiration, nous

l'avons déjà rappelé, n’est pas autre chose) la possibilité de tirer un parti supérieur. Ceci cependant ne

suffit pas. Cette idée n'est rien si on ne la réalise par une exécution aussi unie, aussi ordonnée vers sa fin

que l'a été la conception première. Rien de plus délicat

que le choix de ceux qui doivent y travailler comme y

étant les mieux disposés et les plus aptes. Sommesnous au bout? Pas encore! Il faut, là aussi, une volonté, un caractère, un don de fermeté persévérante. Là est le secret de cet ascendant sans lequel l’effort collectif se brise ou se décourage aifément, mais avec lequel les difficultés mêmes deviennent comme des provocations à quelque bardiesse plus heureuse que toutes les autres. Supposer que toutes ces opérations puissent s’ac-

complir au sein d’un syndicat probablement partagé,

insuffisamment éclairé, libre cependant d'accepter ou

de reicter les décisions proposées, est-ce possible ? On a simplifié bien des moyens d'exécution, assu-

rément : mais ces simplifications mêmes permetient

pi

de viser plus haut à des fins où apparaissent des complications d’un ordre nouveau, et ainsi de suite, indéfiniment.

Les syndicats, disent les socialistes, ne feront que

prendre la place de tant de grandes administrations

publiques ou privées. Mais ces grandes administrations ont à leur tête des hommes dont les compétences sont le fruit de longues sélections ; et les socialistes, s'ils tiennent les promesses qu'ils font en masse à tous leurs hommes, ne sont pas les amis des sélections, créatrices d'inégalités.. Puis il y a autre chose à dire. Les grandes entreprises, munies d’un personnel dirigeant nombreux, ont certainement bien des avantages qu'elles doivent à la puissance acquise de leur capital, de leur outillage, de leurs moyens d'amortissement et de renouvellement, de la formation traditionnelle de leurs principaux auxiliaires entre lesquels ils ont soin de diviser les tâches. Imiterune pareille organisation dans les syndicats, et tout grand syndicat sera bien obligé de le faire, c'est ressusciter un patronat et c’est le doubler d’une administration bureaucratique. Mais déjà les hommes les plus compétents et les plus réfléchis trouvent qu'à côté de ces avantages il y a des inconvénients certains, un alourdissement des initiatives

sous le poids des délibérations multiples et de la pape- |

rasserie, des retards souvent préjudiciables, un désir excessif de ne travailler qu'à coup sûr... A beaucoup d'égards, ajoutent ces critiques, rien ne vaut le patron

unique, maître de lui-même et de ses décisions, embras-.

sant d’un coup d'œil le champ d'une invention ou d’une

découverte méditée, suivie par lui, sachant prévenir à

temps les concurrences par un coup rapide. En réalité,

ces deux formes de la vieindustrielle subsisteront touours côte à côte, elles aussi. Tantôt le STOS patron, enrichi par ses combinaisons personnelles, mettra son affaire en actions; tantôt tel auxiliaire d’une vaste entreprise anonyme sen détachera pour appliquer pe librement l'idée que lui auront suggérée l'expérience et la critique de tels ou tels procédés. C'est de cette diver- sité même que naissent les progrès.

- Des hommes comme Jaurès etcomme M. Albert Tho- . mas ont certainement l'intelligence de ce que La vie in- dustrielle et la vie militaire exigent de coordination et d'unité. Le second, par exemple, expliquait très bien au Creusot comment les divers métiers devaient se prêter un mutuel concours. Et cependant, l'évolution qui s’accomplit dans la population ouvrière des deux mondes, à son insu, mais par elle (il n'y a là aucune contradiction), est bien loin de mettre les travail leurs proprement dits en disposition et en état d'évinver les patrons. Pour les évincer, il faudrait qu'un plus E grand nombre d'entre eux fussent en état de les rem- placer dans les fonctions diverses de la vie industrielle et dans l'unification de ces fonctions. Or, les ouvriers ont certainement gagné, sinon en intelligence de certainces questions d'ordre général, du moins en apti- tude à en parler avec certaines vraisemblances et de nombreux à peu près ; ils savent lire plus de journaux, comprendre partiellement plus d'orateurs de réunions publiques, discuter habilement une plus grande partie des résistances qu’ils entendent vaincre et des concours qu'ils voudraient s'assurer. Dans l'intelligence et dans ta pratique de leur métier, dans l'acheminement à des conceptions et à des inventions de nature à leur ouvrir, même dans la communauté des syndicats, un rôle utile, utile à tous, ont-ils fait des progrès? Deux ordres oué Dis s'y sont plutôt opposés : d’un côté la division toujours croissante du travail, division auw’ils ont à la

fin acceptée et qu'ils continuent à accepter comme simplifiant leurs efforts; d’un autre côté, les tentations que leur ont données l’élévation de leur salaire et la pessibilité de se procurer à tous une existence à la fois plus confortable et plus tranquille. Sous l’action de ces deux mobiles, ils sont devenus et ils deviennent tous les jours plus routiniers. Le Play avait déjà fait dans sa Réforme sociale (Il, vi) l'observation suivante : « Si l'épargne à laquelle les familles habituent les enfants émancipe ces derniers et les achemine à un bien-être plus tardif, mais plus assuré, j'ai toujours reconnu que le hesoin préalable de confort ferme à l'ouvrier anglais et à ses descendants le chemin qui conduit à la propriété et à l'indépendance. » A son tour, M. Paul de Rousiers constatait aussi que, il y a quinze ou vingt ans, l'outillage d’une complication très grande... pour les ingénieurs chargés de tout combiner, aboutit à une merveilleuse simplicité pour le travail des ouvriers. « Alors, l'écart ne devait-il pas grandir entre la nécessité pour les uns d’être exceptionnellement instruits et habiles et la routine peu éducative des autres? » L'excellent sociologue a va la suite de ce mouvement en Grande-Bretagne où les ouvriers sont bien devenus plus éclairés et plus habilement raisonneurs, non pas du tout sur ce qui touche à la direction ou technique ou économique dont ils ne veulent à aucun prix partager la responsabilité, mais sur le modus vivendi à établir entre les bénéfices présumés du patron et leurs salaires à eux, et — ce qui est très louable d’ailleurs — entre la marche de la production et la. probabilité de chômage. Les mêmes causes produisant partout les mêmes effets, ce qui se constate en Amérique et en Angleterre s’observe également en France. Les objurgations des socialistes, ambitieux de progrès pour l'amélioration sociale de leur clientèle, ne peuvent rien y changer, C'est d'un autre côté

qu'il leur serait sage de porter les efforts de leur propagande (1).

M. Albert Thomas vante, il est vrai, très haut les bienfaits de ce qu'il appelle « l'unification ouvrière », de cette unification que, dit-il avec raison, « les plus persévérants efforts des organisations syndicales n’avaient pu réaliser en temps de paix. Admettrez-vous, ajoute-t-il, que dans les débats où se retrouvera la nation, il ne subsiste rien de cette concorde nationale? » Excellentes paroles, mais d'où il ne faudrait pas conclure que Ja concorde soit à conseiller uniquement aux ouvriers entre eux, et que cette unité il leur soit loisible de la réaliser seuls, spontanément. Que des hommes spéciaux soient capables de faire d'eux-mêmes et librement converger leurs travaux respectifs vers une œuvre commune, et qu'ils y réussissent par l'harmonie même de leurs calculs, cela est à la rigueur possible, mais n’est possible qu'entre hommes supérieurs. Encore a-t-on souvênt à remarquer combien les hommes spéciaux des comités, des conseils et des commissions étaient exposés et s'exposaient eux-mêmes à des conflits. Car, ainsi que le disait d'eux un homme d’État, «plus ils sont spéciaux, plus ils sont divisés ». Celui qui réussit à les mettre d'accord entre eux ou à leur imposer une entente est bien près d'être, non pas seulement un homme supérieur, mais un homme de génie. Nous voilà évidemment assez loin du personnel auquel le très actif ministre des munitions promet l'unité, tout en les engageant déjà (2) « à poursuivre » une fois la guerre étrangère terminée « leur lutte contre le patronat ».

Quand, dans une usine, dans un laboratoire, dans une

(1) V. Paul de Roustærs, ses Études sur l'Amérique et sur l'Angleterre. Cf. D'Ercutaz, Voyages en Amérique, et Mou- LIN, La France industrielle, chap. VIT.

(a) Voir Le Temps du 19 avril 1916.

entreprise quelle qu'elle soit, règne l'unité ouvrière, c'est qu'a passé par là une action unificatrice, convain-

cante, persuasive même, et elle n’a pu émaner que d’un

cerveau individuel. $

Nous louerons donc ici les syndicalistes ou socialistes qui auront l’idée de demander aux consommateurs de collaborer à l'étude des questions de production.

Seulement il semblerait bizarre de compter sur cette

collaboration pour simplifier le problème et assurer l'unité, alors qu'elle le complique en y ajoutant un élément nouveau. Que cet élément nouveau puisse se préter un jour à l'accord et que cela soit très désirable, c'est évident; mais il est non moins évident qu'en fait, il prêtera longtemps au désaccord et au conflit. Celui qui a encore le plus de chances de tout ajuster, ne

craignons pas de le dire, c'est celui qui, seul, par la

fécondité de ses idées et l'heureuse combinaison de ses calculs, saura augmenter assez la production pour satisfaire à la fois — autant que possible! — les ouvriers et les consommateurs. Que ces deux derniers groupes

se coalisent contre le patron, ils surveilleront sans

doute d’un œil jaloux le partage et la répartition; mais ils compromettront beaucoup l'accroissement nécessaire de ce qu'ils doivent avoir à répartir entre eux. Comme ca l’a dit avec bon sens, au lieu de se disputer pour se partager mille francs, qu'ils favorisent donc l'obtention d’un gain de dix mille, et alors ils auront décuplé leur chance d'obtenir à leur tour une répartition croissante. Mais lui aussi, comme son célèbre maître, le nouvel orateur se plaît dans les dénominations impersonnelles, /a métallurgie, {a forge, l'ajustage, la mécanique, en face de l'artillerie, du génie, de l'automobilisme, de l'aéronautique, et ainsi de suite. C’est très bien de faire vivre ainsi toutes ces masses, de faire sentir à chacun le frisson de la vie collective à laquelle il doit être fier de participer; mais enfin, nul soldat n'oublie

à D lessus tout, Ja collaboration, ne de colonéls et

5 d ee chef. De cette vérité ie syndicats ouvriers ont souvent la faiblesse de douter. C’est encore une raison pour laquelle le patron est loin d'être, je ne dirai pas aussi populaire, mais aussi accepté que l'officier. C'est une raison toutefois pour qu’il ne soit pas moins tenu pour nécessaire.

Alors, dira-t-on, vous revènez à la vieille conception d’un dualisme étroit: d’un côté le patron, maitre ab- solu, et de l’autre côté, les travailleurs sans personna- lité, voués à l’obéissance passive ou à la guerre orga- nisée par le syndicat gréviste? Non; mais il nc faudrait pas non plus de ce dualisme où lon ne voit agir que le patron et, en conflit avec lui, le syndicat mené par une seule tête. Entre les deux, il serait d'abord à sou- + baïter qu'intervint un peu plus le consommateur, non à. que le consommateur, en général, puisse obtenir et même ait intérêt à obtenir que le producteur abdique en quelque sorte devant Jui son “po d'initiative, de

| tion. Autant vaudrait demander que le client dirigeät son avocat, le malade son médecin ei l'élève son professeur. Mais enfin, il y a place pour des ligues de consommateurs et d'acheteurs, et pour des organisations de résistance à certaines fantaisies de la mode, comme à certaines prétentions singulièrement abusives de certains syndicats.

Jl serait non moins à souhaiter qu'au lieu dd dans le syndicat ouvrier une force anonyme, où deux outrois meneurs n'y et où tout le reste obéit

pou en dehors de Fi ne. Ste Pun à ne giène des ateliers, un autre à l'apprentissage des jeu.

nes, un autre à la destination des jeunes filles, un autre

à la surveillance des machines, un autre aux salaires, un autre aux différentes formes de la mutualité, ét ainsi

de suite. Que chacun de ces groupes nomme librement

son président, son secrétaire; que chacun d'eux ait.

dans l'un des directeurs, sous-directeurs ou associés,

un patron spécial avec lequel il puisse conférer. On.

aurait ainsi non plus ce syndicat jaune suspect et divisant tout de suite le personnel ouvrier en deux groupes

ennemis, mais des collaborateurs pris indistinctement

dans tous les rangs et relevant leurs situations par le goût et per lhabitude de certaines fonctions choisies qui peut-être les préparéront à d’autres plus élévées encore. Par ià s'introduirait dans la vie collective de l'industrie un régime aussi éloigné de la tyrannie que de l’anarchie, et qui serait fait de relations pratiques entre gens ayant acquis une vraie compétence. Par là l’armée industrielle ressemblerait davantage à notre

armée, à notre armée d'aujourd'hui surtout, où le cou-

rage ét le dévouement n’excluent ni l'intelligence, ni gs 8 ,

linitiative, mais sous la protection d’une discipline ) P

vraiment patronale, permettent de mieux assurer avec

dignité le succès commun. C’est à cette harmonie, non

à la lutte intestine, que doïit tendre notre avenir.

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