ONCE PS
De l'extension du travail des femmes après Ja guerre.
Tout être humain doit travailler, travailler de son esprit, travailler de ses mains, travailler de toutes ses facultés ; car l’oisiveté n’est bonne à rien, si ce n’est, comme le vieux proverbe le dit avec une rare exactitude, à la prolifération de tous les vices. Ceci ne fait pas plus question pour la femme que pour l’homme.
La vraie civilisation comporte bien des variétés de
travail ; elle n’admet pas plus la vie sédentaire et toute rêveuse du harem que l’asservissement où le sauvage
réduit la femme en la chargeant de tous les fardeaux et en lui imposant tous les genres de fatigue autres que celle de la guerre ; mais si faire d'elle une bête de
somme est une monstruosité, la réduire à l’état de
bête à plaisir en est une autre. La part nécessaire à donner à l'attrait féminin et à son action bienfaisante sur les sentiments et sur les mœurs ne peut être que compromise, au détriment même de la femme, soit par des habitudes de mollesse et d’indifférence, soit par le goût exclusif des petites manœuvres d’une coquetterie capricieuse et rusée. Cette vérité une fois posée, reste
à savoir quelle doit être la mesure et quelle doit être :
la nature du travail féminin. se, Ici, les enseignements chrétiens sont tout aussi affirmatifs et tout aussi précis. La femme est faite pour un
mode de travail qui respecte en elle le devoir dela
maternité; et par là on n'entend pas seulement la fonction physique, mais tout ce qui concerne le soin des jeunes enfants et l’art de les élever.
A ce point de vue, le travail essentiel et primo de la femme est ce qu’on appelle le travail ménager. Ce
mot, qui éveille l’idée d'un travail de surveillance, &e
calcul et de direction tout aussi bien que celle d'un travail manuel, n’a pas besoin d’être expliqué. Chacun sait tout ce qu'il résume de bienfaits pour le bon ordre, pour l'hygiène, pour la santé, pour l’économie, mieux encore pour la moralité de la famille. Il évoque même tant de choses qu'on est parfaitement autorisé à croire que la vie de la femme peut s’y retrouver tout entière ; car ni la moralité, ni la santé n’excluent, elles appellent, au contraire, un certain art d'adoucir l’âpreté des conditions de l’existence en y mêlant un peu plus de grâce et un peu plus
De ces 'plaisirs légers qui font aimer la vie.
Au travail ménager on a, de tout temps, uni très volontiers le travail rural. La vie rurale, telle surtout qu’elle se pratiquait et se pratique encore dans notre France, n'est-elle pas comme la vie d’un ménage élargi ? Les réalités et les nécessités ne se montrent sans doute pas là sous leur aspect le plus raffiné ni même le plus délicat. Côte à côte avec les enfants naissent et vivent « les petits »; pour grandir et se développer, les uns et les autres comptent encore plus sur la bonne nature que sur des soins minutieux. Celle qui a la charge d'élever les uns etles autres doit veiller cependant avec attention et régularité à ce que tous aient le nécessaire.
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pour donner tout ce qu'on en attend, exige du travail et de la sollicitude, mais qui, à son tour, paie et, somme toute, paie sûrement, eut Comme il apparaît bien, à toutes les saisons et presque à tous les jours de l’année, que la loi detoute vie, même végétale, est de croître et de multiplier, la famille rurale est faite à cette idée élémentaire et simple que tout ce qui grandit dans son cercle est destiné à se reproduire ; pas plus qu’on n'y coupera un arbre encore capable de produire ses fruits, on ne s’y plaindra de voir les poules pondre et couver, les brebis donner des agneaux et ainsi de suite. Alors pourquoi s'étonner de voir naître à son logis des enfants qui « paieront » en permettant de faire produire une plus grande quantité de semences et un plus grand nombre d’animaux utiles, sans parler de la façon dont ils paieront en collaboration, en res-
Sans doute il souffle en trop de régions un vent qui vient renverser l’ordre naturel et qui induit à préférer la bête à l'homme, pour cette raison que la bête demande moins d'avances au courage et qu’elle paie plus vite en espèces sonnantes, dont on peut faire tout ce que l'on veut. De là les fantaisies et les __erreurs d'une vie pourtant plus restreinte parce qu'elle est toute ramassée dans l’idolâtrie de sa propre personne plutôt que dans la diffusion généreuse de la vraie vie. Ce genre de désordre a malheureusement pénétré presque partout ; mais enfin cest encore aujourd'hui dans la vie rurale qu'il paraît pouvoir rencontrer la résistance la plus efficace. Aussi, lors- qu'on surveille le travail des femmes et qu'on se se préoccupe de ses abus possibles, est-on tacitement d'accord pour mettre à part le travail ménager proprement dit et le travail rural. Loin d'y être sa- crifiée, la maternité y règne, sinon en maîtresse obéie
lors, autour d'elle, surabonde la vie, une vie qui,
comme il le faudrait, du moins en précieuse collaboratrice. :
Il était toutefois difficile que le travail féminin se bornât là. Ce qu'on nomme l'agrément ne doit pas être banni de l'existence. Or, il est des agréments de plus d’un genre. A côté des œuvres qui nous offrent la beauté sous les aspects de la force et de la grandeur, il ya celles qui nous font davantage goûter le charme de l'élégance et qui le mettent à notre portée dans maint détail de la vie. L’imagination, l'œil et surtout les doigts de la femme appellent ce mode de travail : une certaine culture du goût y est d'ailleurs aussi nécessaire que l'adresse manuelle. On comprend que celles qui s'y sentent conviées par des aptitudes naïissantes aiment à substituer ce travail librement choisi aux occupations mêmes qu'on leur dit être nécessaires, mais qui leur apparaissent comme le lot des premières venues. Les jeunes filles ont d’abord pratiqué cette substitution pour elles-mêmes et pour leur parure personnelle. Puis elles y ont trouvé une source de gain, et c'est ce gain qui est devenu leur but principal : elles ont accepté un à un des moyens nouveaux de nature à les y conduire. Elles ont été ainsi acheminées à des travaux réguliers non moins asservissants, mais d’un rendement connu d'avance et avec des heures de loisir certaines. Elles ont passé sur vingt inconvénients plus inévitables et surtout plus graves que ceux qui les détournaient de sé donner au travail de la culture ou à celui du ménage ou aux deux réunis et alliés. Aussi, depuis près d’un siècle, quand on parle du travail des femmes, n'entendon généralement pas parler de ce travail qui ne devrait même pas faire question, tant il convient aux besoins de leur sexe et leur est naturellement bienfaisant. Non ! L'on ne veut parler d'autre chose que du travail où la femme s’est adaptée aux exigences multiples d’une production sans cesse accrue, sans cesse diversifiée
et subdivisée, et où elle compte moins comme travailleuse féminine faisant œuvre féminine que comme une travailleuse pure et simple, une fournisseuse de main-d'œuvre, une servante de machine. Bref, la « question » du travail des femmes n'est plus que la
question de leur participation au travail industriel. Ce
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dernier mot suffit. Tout ce qui, en effet, ressortit au commerce, à l'administration, aux finances n'est, en réalité, qu'un prolongement du travail industriel, un ensemble de services accessoires et complémentaires auxquels l'extension et l'intensité de ce dernier font tous les jours des appels plus nombreux et plus puis-
sants. De là ces chiffres fantastiques de femmes « sala-
riées », qu'en France on s'accorde à évaluer entre 7 et 8 millions. Les résultats de la statistique générale de la population en 1906 donnaient déjà 7.693.000. En 1913, on s’accordait sur le chiffre de 8 millions.
Est-ce notre nation qui paie ici le plus gros tribut ? Il est difficile de répondre avec précision, non seulement parce qu'il faut tenir compte (ce qui serait facile) de l'importance respective de la population totale de chaque pays, mais parce que les modes de compter varient, que parfois on met les enfants avec les femmes et qu'enfin les catégories de femmes entrant dans les statistiques spéciales dressées par le service des inspections peuvent laisser de côté nombre de travailleuses libres. L’Année sociale internationale de 1913-1914 (ce recueil ne manque pas d'autorité) croyait toutefois pouvoir évaluer assez exac.ement « le nombre de femmes soumises à l'inspection et désertant leur foyer pour gagner leur vie ». De ce chef et sous cette rubrique ainsi formulée, elle inscrivait donc : pour la France, 4.693.412 femmes; pour l'Allemagne, où les mailles de
l'inspection sont à la fois plus étendues et plus serrées, as
9.492.881. Des chiffres donnés pour les autres États de l'Europe, on peut conclure que le mouvement qui porte
les femmes à entrer dans les industries salariées et
iaspectées est à peu de chose près le même partout (1). Un mouvement d’une telle envergure et qui est loin
de dater d’hier ne pouvait que provoquer dans l'opi-
nion publique une succession d’appréciations et de
jugements assez variés. Il y a intérêt à les comparer,
pour se rendre compte de la force acquise d’un courant qu'il s’agit, soit d'endiguer, soit de modérer, soit de
diriger en l'éclairant et en lui indiquant d'indispensables correctifs. Les étapes de ce grand mouvement social et
des opinions qui s’en dégagent semblent bien être les suivantes.
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