‹ L'avenir francaisChapitre 22 sur 27 · RER · texte numérisé non relu

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oh est probable que les discussions continueront et cela est souhaitable: car il importe que toute réforme soit préparée par des calculs jugés convaincants : c'est le seul moyen de la faire réussir et durer. C'est peu à peu que les femmes de l'usine et de latelier verront clair dans leurs comptes. Le gain, elles l'ont vu d'un seul coup, sans avoir besoïn de faire aucune addition. Il leur faut plus de temps pour supputer ce que leur enlèvent la, dispersion de la famille, avec un mari mangeant d'un côté, la femme mangeant d’un autre, l'enfant ou les enfants à garder, à conduire, les tan Dfaire faire au ments, avec des prix doublés les suites

TE ni nature de hi femme : tous ces petits chiffres IDipareront ne ion Aou la vue, s ajoutant à

sa dis Le Play avait hoc l’art de dresser le budget familial des classes populaires. Pour y réussir, et pour en tirer des inférences scciales un peu sérieuses, il fallait que l’enquêéteur eût devant lui des familles stables et. familles généralement connues Qi avoir des

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Aujourd'hui le budget — que d’ailleurs l’ouvrier ni l'ouvrière ne prennent jamais la peine de dresser — est . quelque chose de très individuel et de très variable. Aüiourd'hui on se procure le superflu sans compter, et demäin on se privera du nécessaire. Des jeunes filles, des jeunes FES qui ont quitté la domesticité pour le travail à l’usine ont dû, soit s'offrir une chambre d'un prix très variable, soit faire venir leur mère, déracinée du lieu natal où elle vivait à si bon compte. Comment calculer tout ce que ces changements mettent de perte à côté du gain? Il est certain que, toutes les: fois qu'on peut y regarder de près et tout voir, le chiffre de la perte augmente à vue d'œil. Encore une fois, les iitéressés ne le croiront que quand ils auront fait leur calcul eux-mêmes. En attendant, il est une ou deux grandes vérités de fait et parfaitement évidentes, qui devraient aider tout le monde à comprendre que le bien-être social est beaucoup plus loin qu'on ne le croit de dépendre si étroitement de l'élévation des salaires.

Périodiquemeñt on demande et on obtient cette élé-

vation justifiée, dit-on, par l'élévation des prix des choses nécessaires à la vie. Mais non moins périodiquement, ces derniers s'élèvent encore à leur tour, précisément par suite de l'élévation des prix que les producteurs ont eu d’abord à payer pour leurs propres frais et leur propre main-d'œuvre. À ce cercle vicieux les agitateurs ne veulent rien comprendre et ils s’indignent- En 1910, je relevais dans plusieurs journaux la communication suivante : « Le groupe socialiste parlementaire, ému du renchérissement des vivres et des loyers, va envoyér uné délégation près du président du conseil pour lui demander quelles mesures le gouvernement compte prendre pour connaître les causes de cette hausse et pour faire que la classe ouvrière n’en supporte pas le contre-coup. » Il y a là une naïveté qui véritablement fait peur. Et quand j'écris ici le mot

de peur, ce n’est pas par exagération. Le sañg 4 coulé dans certains meetings d'Italie où j'entendais lé même raisonnement qu'à Paris : « Comment! nous avons obtenu à grand'peine des tugmehtations de Sälaires de fo Pour 160; nous nous flattiohs d'en jouir, et voilà que tout ce dont nous avons besoin à augmenté déjà de 35 pour 100. Alors, pour péu que ce mouvement de hausse eoftinue, fl ne nous restera rien de nos avantages : la Société capitaliste nous aura tout repris. » Qu'ont à fäire ici les distinctions de classe ouvrière et de classe capitaliste ? Est-ce que ce n’est pas la classe

ouvrière elle-même qui pousse à l’augmeñtation de

tous les prix, dés prix des objets qu'elle fabrique et des prix des objets beaucoup plus nombreux qu'elle est obligée d’achieter? D’acheter à qui? Finalement à des ouvriers. Le cordonnier a été heureux de gagner 3 francs

de plus : qu’il les réclame à chaque client dähs sa

propre boutique ou qu'il se les fasse avancer par la grande usine, le prix de ses chaussures sera nétcessairement augiénté d'autant. Coniment donc là travailleuse en lingerie, en confections, en chapeaux, consentirait-elle à laisser le cordônnier bénéficier seul d'une augmentation? Comment n'en réclamerait-elle pas à son tour une équivalente ? Ainsi de proche en proche dans la série entière des professions, sans exception.

Alors, dit-on, c'est l'illusion à perpétuité! C'est un

leurre! Jamais, quoi qu’on fasse, nous n’en aurons plus « de reste ».

En effet, oui, si vous vous borhez à ne considérer que le salairé à vous faire payér S6üS ienace de grève, puis à toucher, à dépenser selon vos caprices! Mais il est deux moyens de sortir du cercle vicieux, ct ici la femme est particulièrement intéréssée, pardéutièréient compétenté, particulièrement apte à tempéret 16s fatalités économiques. Ces deux moyens, qui sont d'ordre

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moral autant que d'ordre intellectuel et d'ordre social,

sont la conscience dans la production et l’économie

dans la consommation.

La conscience dans la production; car si tout le per-. sonnel s'applique à fournir un travail dont la valeur et la qualité s'élèvent en même temps que s'élèvent les salaires, si la besogne n'est pas sabotée, si aucune parcelle de temps n'est perdue, tous les produits

d’abord seront meilleurs ; puis les frais généraux de l'industrie resteront plus modérés : plus modérés devront donc rester les prix de vente, sous la pression de la concurrence, sous la pression des syndicats

d'acheteurs et sous celle de l'opinion publique. -

Il convient toutefois d'ajouter que cette conscience doit être aidée par le souci de ne pas lui demander l'impossible, c’est-à-dire de ménager raisonnablement les forces de la main-d'œuvre. Sans doute il est des raisonnements qu'il ne faut pas pousser trop loin. Il ne faut pas espérer que plus on abrégera le temps du travail, plus on accroîtra la production; mais il n’est pas téméraire de penser que la femme travaillant cinq

heures à l'usine, avec la perspective de cinq autres

heures de liberté dans son ménage, produira plus de

la moitié de ce qu'elle produisait en un travail continu

de dix heures.

Vienne maintenant l’économie, c’est-à-dire non pas

précisément la privation, le resserrement, mais l’amé-

nagement réfléchi de la consommation nécessaire, la bonne entente des achats et du reste! C’est ici, par excellence, le rôle de la femme. Il à été démontré cent

fois qu'avec une connaissance et une pratique habi-

tuelle des moyens de subsistance et d'entretien iles

plus hygiéniques, elle pouvait économiser beaucoup

plus du salaire familial; mais pour cela, il faut que la mère de famille ait à sa disposition le temps voulu. Si elle ne l’a pas, tout est livré au hasard et c’est le

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DE L'EXTENSION pu TRAVAIL DES FEMMES

dés [ us désordre dans ls santés, désordre dans les

| le cab A les autres n'ont, au 1, qu ‘un argument : « Nous gagnons 6 francs par de nous entendons les . Il arrivera ee Rte

neiral à la nue est la déjà oi déformation de l'esprit féminin au point de vue des devoirs domestiques qui fera préférer à la femme un gain plus

( so quoique Pinsoie en partie, avec une absence de. :

di é de faire des économies di. son ménage. » Est-ce [à un argument valable contre l’idée en marche ?

lieu de faire valoir en sa faveur. Essayons tout; que s Syndicats catholiques et les œuvres fassent tout ur arrêter cette déformation qui menace tant de hoses et pour y substituer une mentalité plus chrétienne. Nous le pouvons sans nuire à rien ni à personne, à la liberté de celles qui auront des raisons sérieuses ur CohbRUer à dns la journée entière, ni Tour

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L'avenir de Ja moralité publique.

Que la moralité publique et la moralité privée, agissent et réagissent l’une sur l’autre, c'est ce que personne ne niera. Pris dans son ne Die et dans la conduite à longue portée de ses destinéés nationales, un peuple aura toujours un intérêt de premier ordre à avoir comme citoyens des individus sobres, tempérants, courageux, travailleurs, respectueux des droits d'autrui, prêts à s’entr'aider les uns les autres, apportant dans leurs actions un juste mélange d'amour et de dignité. D'autre part, la moralité des individus et celle des familles n’ont pas moins d'intérêt à voir les lois, les institutions, les coutumes et jusqu'aux modes assurer la répression des attentats, le respect de l'hygiène, la facilité de ces coopérations qui, à défaut d’une impossible égalité entre les divers groupes sociaux, les habituent tous à comprendre et à aimer ne de leurs mutuels concours : car ainsi se multiplient des populations saines, à la vigueur desquelles on épargne les surexcitations inutiles ou pires qu'inutiles. Il est encore évident que ces deux branches de la moralité exigent, l'une comme l’autre, une éducation; la première sera donnée par la famille et par les aides individuelles qui

la complètent; de la seconde, on péut dire ce que disait Platon : « Il n’est personne, écrivait-il, qui puisse aller contre l'éducation que le peuple donne (1). » Ceci dit,

rien ne saurait à coup sûr nous empêcher d'envisager

en particulier l’une seulement de ces deux grandes ue proposées à l'humanité.

Parlons donc, si on le veut bien, de la moralité pu-

blique et de son avenir probable, au moment présent.

Tout élément de la fortune économique ou morale

d'un pays (or, la moralité en est un, et de premier ordre) dépend avant tout des legs du passé; elle dépend

ensuite de la possibilité ou de les amortir s'ils sont

onéreux, ou de leur faire honneur s'ils sontavantageux, de rendre ainsi de nouvelles ressources disponibles, puis de bicu connaître ces dernières et d’être fermement résolu à les employer utilement.

Sans remonter trop haut, ies charges qui, après avoir

pesé sur la moralité d'hier, menacent encore celle de demain, sont bien connues. C'est d’abord l'alcooïisme,

avec le sinistre cortège des infirmités et des désordres : qu'il entraîne. C’est ensuite le plaisir précoce, poursuivi avec d'autant plus d’âpreté, d'autant moins d'empire

sur soi-même, d'autant moins de discernement et de

délicatesse, il faut bien ajouter avec d'autant moins

d'hygiène, qu'il a été voulu plus prématurément, et sans

la patience et sans les Ltempéraments nécessaires. Vient enfin l'esprit de lutte, non de lutte contre l’inerte ma-

tière, contre les difficultés qu’on rencontre en soi dans sa propre paresse et dans ses passions, mais de lutte contre ses semblables, contre ceux mêmes dans lesquels on est cependant convié à voir des auxiliaires intéressés au succès final de la même cause.

(1) On sait que le philosophe grec ajoutait : « si ce n’est on

celui qui... ayantreçu le dépôt d'une parole que, s'appuie sur elle pour passer la vie. »

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rnons-nous à à ces huis formes de désordre, ce sont D celles dent la moralité publique souffre le plus. V ais il a été dit à | “ os tant de choses - — et de

irais surtout rappeler comment, dans ce qu'on trouve

ci de difficultés à vaincre en vue d’un avenir meilur, on se heurte à des obstacles factices encore us qu'à des obstacles réels et qu’à des résistances …

en ie la disparition? La Panne en particulier, a -toujours eu, de temps immémorial, le vin dont elle a “été tout de suite fière et doni elle a usé largement. Elle a de plus à sa portée le cidre et la bière dont elle trouve

aisément chez elle la matière première. Si elle ne produit elle-même ni le café, ni le thé, elle peut s’en prourer autant qu’elle en veut, à des prix très abordables. Ceux qui désirent un peu plus de ce mélange d'agita- tion distraite et d’oubli qui leur plaît trouvent encore

naturel, mais un besoin artificiel imposé par un usage

inutile ?

De ceci tout le monde conviendra, en théorie, mais

ce n'est pas là le seul élément factice de la maladie de l'alcoolisme : elle n’est pas comme, par exemple, la maladie du sommeil, née de l’action extérieure d'un microbe. Usage inutile, besoin provoqué par celui-là même qui doit en pâtir: qui entretient ces deux fléaux ? Évidemment, ceux qui en bénéficient par la vente. Mais ceux-là même ne manquaient pas d'autres occasions de trafiquer à bénéfice. L'argent économisé sur le poison se fût retrouvé disponible pour autre chose, et les vendeurs n’y eussent pas plus perdu que les

acheteurs. Les uns et les autres se fussent contentés

de ce qui était sans danger et de ce qu'on pouvait in-

venter encore d'avantageux pour tous, si le gouverne-

ment ne leur eût comme apporté lui-même une excitation non moins artificielle par les encouragements qu'il réservait à la multiplication des débits de boissons alcooliques. Ici non plus, ce n'est pas parce que le besoin s’en faisait sentir que l'État a prodigué tant de faveurs aux débitants, c’est parce qu'il leur a

spontanément prodigué ces faveurs qu'il les a lancés

ensuite à la poursuite des consommateurs, et que ces derniers s’y sont laissé prendre. Aujourd'hui sans doute, que le mal est fait, les débitants et leurs comiplices s'élèvent contre ceux qui voudraient les ramener vers des sources de gain plus naturelles, plus assurées par conséquent d’une clientèle plus large et plus digne d'être respectée. Ils sont comme les buveurs eux-mêémes chez qui le besoin factice est devenu plus impérieux qu'un besoin naturel, pour la bonne raison que, ce dernier, ils l'ont altéré, progressivement découragé, finalement éteint. Bref, tout ce que le législateur a fait là de fâcheux a la marque indélébile du factice et de l’inutile.

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