‹ L'aventure d'une âme en peineChapitre 10 sur 102 · MESSIRE JACQUES LE LIOX · texte numérisé non relu

MESSIRE JACQUES LE LIOX

Etre frappé de suspense , encore que l'on soit « homme d'âge, de prudliomie et suffisance requises ; »

Ne point toucher, pendant six longs mois, une gerbe de ses guérets, un écu de sa dîme;

Voir primices, censives et champarts s'engouffrer dans le coffre d'un économe de séminaire ;

Laisser à son petit vicaire toutes les joies d'un baptême, toutes les douleurs d'un enterrement:

Entendre du matin au soir les chuchottements de ses paroissiens, les rires étouffés de ses pénitentes! . . .

Et cela, parce qu'on a jeté sur le corps d'un sujet du Roi un peu de cette terre, qui, de par nos juristes, appartient au Roil... Ah! I)ieu de justice! pareille iniquité criait vengeance !

Donc, le soir même du jour où semblable jugement lui avait été signifié, messire Le Liun harnachait son petit cheval, et quittait en grand secret cette paroisse de Hortes, où désormais, pendant une demi-année, chacun allait pouvoir et naître et trépasser sans l'entremise de son curé. Trois jours durant, le voyageur trotta par monts et par vaux, en dépit de la neige, se moquant de la bise; et. au matin de sa quatrième chevauchée, il franchissait l'enceinte de la bonne ville de Dijon, dans la duché de Bourgogne.

Certes. Dijon ost uno nobh' ^ité. snporlK\ bien

bâtie, avec deux forls châteaux, Talant et Fontaine, pour mater le bourgeois aux jours de Lanteiiut; — bref, c'est la reine, l'abrégé, le microcosme du monde bourguignon... Et cependant, sans donner un coup d'oeil à Jacques ou à .Jacqueline, messire Le Lion traversa rapidement rues, ruelles, carrefours, se dirigeant vers le lieu où la Thémis bourguignonne tient sa Cour et possède son palais.

Bientôt on put le voir^ loul poudreux de son voyage, jiénétrer dans cette grand'salle^ où d'aucuns prétendent que les pas des plaideurs sont absolument pas perdus. x\u premier sergent de rencontre, le nouveau venu s'informa si maître Feuret se trouvait à l'audience. Ainsi nommait-on certain avocat des plus avocassants, chicaneur renforcé, processif, rioleur, depuis longtemps le refuge et l'asile des prèlrcs en détresse.

Ledit maître plaidait en ce moment par-devant Messieurs de la Graud'Ohambre : même à travers la porte entre-baillée, on le pouvait entendre se frapper la poitrine, et prendre le Ciel à témoin de la bonté de sa cause.

iMons Feuret fit répondre qu'il n'en était encore qu'à sa tripliqne, mais qu'il serait concis... Donc, longten4)s, fort longtemps, messire Jacques Le Lion fil nilicr dniis la ii-randVallo. au milieu du

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