PRÉFACE
avoir du sang à leur robe, (juaud, par vingtaines, elles dansaient la carmagnole autour de réchafaud 'de Louis XVI !
Non : le pèr(^ et Tenlant n'ont pas même conscience^ même notion du juste et de l'injuste, de rhonneur et de Tinfaniie. C'est là une vérité certaine que trop souvent a méconnue rÉcole romantique, jusque dans ses plus admirables conceptions... Claude Frollo, le prêtre — un prêtre du quinzième siècle ! — se séchant de désespoir parce qu'il rougit d'aimer une bohémienne... ïriboulet, le boutYon -^ un bouffon de François P""! — se tordant les mains parce que sa tille est maîtresse de roi... Didier, le galant — un galant presque contemporain de la d'Entragues! — vomissant l'injure à la face de Marion, parce que Marion est femme prostituée et publique... sont fous des jours nouveaux qu'eussent bafoués les sages des anciens jours!... En vérité, la moralité de ces gens-là ne se mesurait pas à si haute toise!...
Si, comme raffirme la Sagesse antique, l'Histoire est lïnitiatrice souveraine du genre humain, enseignant à la fois Tignorant et le savant, riiumble et le superbe. Tesprit qui pense et Tâme qui croit, le Roman historique a le droit peut-être de revendiquer sa part dans si noble destinée. Sans évoquer les grandes ombres de ces grands morts (|ue l'Histoire seule voit surgir devant elle, il fait pourtant passer son souffle sur les os de ces millions d"ètres sans nom qui furent nos pères. Il ranime la poussière dispersée de ces inconnus : il lui rend vices et vertus : il en crée des hommes — et ces hommes se présentent pour être jugés à son jugement. Pierre le manœuvre, Jacques le paysan, Jean le soldat comparaissent devant lui, comme devant l'Histoire comparaissent un Auguste, un Charlemagne, un Napoléon... Ainsi compris, le Roman historique a Tobligation, a le devoir d'être équitable. Fils de l'Histoire vivante et vraie, comme l'Histoire, sa mère, dominant impassible et les âges et les hommes, il ne doit accuser ni défendre : il