VASTUS CUM VUI'E DOLOR
Un troisième harangueur se démenait plus furibond encore :
— Forçons la prison ! criait-il. On vient d'écrouer un complice de l'assassin ; mais, comme c'est un prêtre, on le laissera s'éxader, et le pauvre peuple n'aura pas sa justice!.. Qu'on nous livre le prêtre ! Nous récartèlerons bien sans l'aide des chevaux, nous traînerons ses membres par les rues, et cette nuit, au Morimont, nous en ferons un beau Mai flamboyant !
Au moment où le Lieutenant criminel et le Procureur général se montrèrent au perron du Palais, ils furent salués d'un formidable haro :
— Le prêtre !... Le prêtre!.,. Qu'on nous livre le prêtre !!...
A l'un des coins de la place se tenait immobile un peloton d'archers, à cheval, sabre au poing, pistolets aux arçons de la selle. M. Picardet s'ouvrit, non sans peine, un passage jusqu'à cette escouade de cavaliers :
— Monsieur, dit-il, s'adressant au lieutenant de robe courte qui commandait, déblayez les abords du Palais, et chargez-nous cette canaille... Veillez surtout à ce qu'on ne force pas les portes de la prison.
— En avant ! ordonna le lieutenant de robe cdurle.
L'escouade s'ébranla au liol.
— A bas les happe-chairs !.. mort aux bizouards! vociféra la foule.
La petite troupe prit le galop.
La confusion devint etîroyable. Mille clameurs s'entre-croisaient dans Tair — cris de femmes, blasphèmes d'hommes, gémissements d'enfants... Enfin, poussé, pressé, chassé, le grand Ilot humain tourbillonnant sur lui-même s'en alla refluer dans les rues adjacentes.
En dix minutes, la place du Palais se trouva déblayée : l'émeute bourguignonne était réduite.