‹ L'aventure d'une âme en peineChapitre 43 sur 102 · JOLY · texte numérisé non relu

JOLY

Quand l'imperturbable groi'tier eut terminé sa lecture, le conseiller Giroux se leva et vint j)reiuli'e siège au banc des rapporteurs. Là, dans un style oi^i brillaient à la lois l'éloquence qui charme les simples et la dialertique à l'usage des habiles, Monsieur le Commissaire débita son rapport sur l'objet et les faits de l'information.

Certes, si Pierre Maréchal eût voulu prêter l'oreille à cette prose variée, élucubration de Procureur général et de Conseiller commissaire, il eût appris des choses fort surprenantes. Il aurait su, le chélif conjuratfHir , quf depuis bien des jours.

dénoncé, épié, surveillé, à Tœil d'un Procureur général, ce lynx qui voit tout, sous la main d"un Lieutenant criminel, cette hydre dont le bras peut tout saisir, il était venu choir de lui-même dans les mailles savantes d'un invisible réseau... Oui, pendant trois ans au moins, l'accusé avait pu préméditer à Taise le plus abominable des attentats — Pendant trois ans ! allaient s'écrier les méchants, les libertins, les faibles d'esprit : pourquoi cette impunité laissée au crime ?... La Justice sommeillait donc? — Non, non, la .Justice ne sommeillait pas : fdle de la Providence , toujours elle veille attentive I...

Le rapport continuait , racontant cumiuent on était parvenu à connaître le meurtrier.

Certain jour de janvier 1G07. était arrivé au Parquet un avis anonyme, un billet ne contenant ([ue ces quatre mots : « Le RÉGicmE Pierre MaréiHAL »... Quel était ce Maréchal? La police royale l'eut promptement découvert, caché depuis deux mois dans h- séminaire de Dijon. Scélérat dangen-ux, fanatique exalté, enviant la triste gloire d'un Clément ou d'un Barrière, tel était ce personnage, qu'environnait déjà, qu'environne encore le plus profond mystère... Il voulait être l>rêtre. Pourquoi prêtre ? — Sans peine on pénétra sa pensé^^ : prètrr. cet homme s<> <;-roirait en <H;il

de grâce; il aurait ainsi la main plus sûre pour frapper le Roi. On lui permit d'être ordonné prêtre... Sage hardiesse, audacieuse prévoyance dont l'honneur revenait surtout à M. le Procureur général Picardet. Saisi dans la tranquille paix de son séminaire. Maréchal eût certainement nié; arrêté sur la route de Paris, le couteau venimeux à la main, Maréchal devait avouer : il avoua. Régicide par désir, il eût échappé p.îut-être à la vindicte publique; régicide par vouloir, régicide en pleine exécution de forfait, il lui fallait bien subir le jugement et la loi. Le cas, hier douteux et discriminatoire, était aujourd'hui une espèce simple, claire et nette... Oui, la Justice avait eu raison d^attendre : « Patiente , parce qu'elle est éternelle » telle est sa devise. — la devise même de Dieu 1

Toujours agenouillé, Pierre était demeuré impassible. Tout à coup, on le prit à tressaillir

— « Le grand coupable que votre justice va sen- » tencier, disait en ce moment le Conseiller rap- » porteur Giroux, n'a pas et ne saurait avoir de » complices. Ame ténébreuse et solitaire, Pierre » Maréchal a dû jouer autrefois son rôle dans quel- » que bizarre et mystérieuse aventure. Un remords » hante son esprit et ronge constamment son cœur. » Deux fois, Sdus le travail du ([uestiunnaire el » daii> le déliie do la fièvre, cet homme a parlé.

» Mais ses phrases incohérentes, ses mots dénués » de sens n'ont rien appris à nos oreilles attentives. » Quel peut être le hideux mobile qui a jeté ce fils » sur son père, ce sujet sur son Roi?... Messieurs, » qu'on nous permette un rapprochement sinistre. » Il y a quinze ans, une créature à face humaine » se rencontra — Jean Châtel — qui d'amour char- )' nel osa aimer sa propre sœur. Géhéné par la tor- » ture voluptueuse de cette abominable passion, » comprenant qu'il était damné, damné sans misé- » ricorde, le monstre eut peur. Alors, dans l'espoir » de fléchir la rigueur de Dieu, se flattant d'attié- » dir la brûlure éternelle de Téternelle flamme ,

« Châtel saisit un couteau et frappa son Roi

» Eh bien ! en vérité, je le dis, Pierre Maréclial » est le jouet de quelque passion encore plus dia- » bolique. L'âpre toucher des deux questions n"a » pu desserrer ses dents ni agiter ses lèvres; » mais votre subtile sagesse saura bien extirper » sans doute le secret enfoui aux bas-fonds de » ce cœur. »

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