‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 135 sur 232 · TOUTES DEUX · texte numérisé non relu

TOUTES DEUX

Haï !

TRICOT

Mon visage , friponne Dans cette occasion, rend vos sens effrayés , Et c'est à contre-cœur qu'ici vous me voyez.

GEORGETTE, hciS ^ à AgilCS.

Courage, allons, du cœur , surtout de la mémoire j A notre aide appelons tout notre répertoire.

TRICOT

]MaIgré tous mes bienfaits , former un tel dessein î Petit serpent que j'ai récliaufié dans mon sein , De voire fuite au moins anprenez-moi l'iiistoire.

AGNÈS

Elle est fort étonnante et dillicilc à croire, .l'étais à travailler, dans le petit salon , 'Lorsque je vis passer devant votre massort

TJn jeune homme bien fait, qui rencontrant ma vue^.

D'une humble révérance aussitôt me salue j

Moi, pour ne point manquer à la civilité.

Je fais la révérence aussi de n)on côlé.

Soudain il me relait une autre révérence ,

Moi , j'en refais de même une autre en diligence.

Et lui d'une troisième aussitôt repartant ,

D'une troisième aussi je repars à l'instant.

Il p.isse , vient , repasse , et toujours de plus belle

Me fait à chaque fois révérence nouvelle^

Et moi . qui tous ces tours fixement regardais,

Nouvelle révérence aussi je lui rendais ;

Tant que si sur ce poini la nuit ne fut venue ,

Toujours comme cela je mè serais tenue,

Ne voulant point céder ni recevoir l'ennui

Qu'il me pi\t estimer moins civile que lui.

TRICOT

Fort bien!

AG?ÈS

Le lendemain j'étais avec Georgetle, Lorsqu'il entra chez nous pour y faire une emplette ; Le soir , il vint encor ; le lendemain aussi ; Il revenait toujours quand vous étiez sorti. Il disait qu'il m'aimait d'une ardeur .siins seconde ; Et me disait les mots les plus gentils du monde ', Des choses que jamais rien ne peut égaler , Et dont, toutes les fois que je l'entends parler , La douceur me chatouille . et là-dedans remue Certain je ne sais quoi , dont je suis toute émuet TBicoT , à part.

O fâcheux examen d'un mystère fatal ,

On l'examinateur souffre seul tout le mal !

{Haut.) Et vous n'avez pas craint d'encourager sa flamme ?

AGISÈS.

C'est un homme qui diti^il me veut pour sa femme.

TRICOT

Morbleu !

AGNÈS

Pourquoi crier ?

TRICOT

J'ai "land tort en effet.

AGNÈS

-Je n'entends pas de mal à tout ce que j'ai fiiit. Il venait tous les jours s'asseoir dans la boulujuej M'apportait des billets de rAnibigu-Coniique. Sur la scène il prétend diriger mes essais. A ses leçons déjà je dois quelques succès : Aussi pour cultiver un art qu'il idolâtre , Je me suis engagée ù ce nouveau théâtre.

Vous pourriez préférer un semblable destin

A l'honneur de régir un jour mon magasin ,

De ni'avoir pour époux ? car je vous lis entendre

Que pour femme , en un mot, je prétendais vous prendre,

AGNES

Oui , mais à vous parler franchement entre nous, Victor est pour cela plus à mon goiiL que vous : Chez vous le mariage est fâcheux et pénible , Et vos discours en tout une image terrible. Mais Vîclor le fait, Jtii , si rempli de plaisirs , Que de se marier il donne des désirs.

TRICOT

Ah ! c'est que vous l'airaez , traîtresse.

AGNES

Oui, je l'aime

TRICOT

El'vôus avez le front de le dire à moi-même ^

AGNÈS

Et pourquoi, s'il vous plaît, ne le dirai'je pas ?

TRICOT

Ledeviez-vous aimer, impertinente.

AGNÈS

Hélas!

Est-ce que j'en puis ? mais lui seul en est la cause. Et je n'y songeais pas lorstpie se lit lu chose.

Voyez comme répond la perfide aujourd'hui. Vous ne m'aimez donc pas , à cecomjjt'.'.

AGNÈS

Vous ?

TRICOT

Oui.

AGAKS.

Hélas ! non.

Tr.lCOT.

Coinmenl , noi) ?

ACTii.S.

Voulez-vous que je menle '?

TRICOT

Pourquoi ne nrainier pas, macianie rimnudcnle ? IVîiiis lu le peux eiicor : lu le peux , si lu veux ; Ecoute seuleriienl ce soupir amoureux, Je sui> tout prèl , cruelle , à te prouver ma flaniiiie Si tu coiiteiis cufin à devenir ma îemme.

GF.ORGETTE.

Volré femme ? fi-donc ,

TRICOT

Qu'euleuds-tu par ce ton ?

GEORGETTE

Fi I vous di:5-je.

TRICOT

Coinmeut !

GfcORGETTE.

El fi., fi I VOUS dil-on Vous avez trop d'espril pour faire une sollise ; Et j'en appellerais à voire harbe grise Ne nous emportons pas, voyous Irai^pullement Si l'amour vous à fait un objet bien ciiarmaiit. Vos traits sont effacés, elle est aimable et fraiclie ; Elle à l'esprit bien fait, et vous , l'humeur revéclic;. Elle n'a pas seize ans, et vous, vous êtes vieuxj Elle se porte bien, vous êtes calarreuxj Elle à toutes ses dénis, qui la rendent plus belle. Vous n'eu avez plus qu'une, encore braide-t-elie J Et doit ètie einporlée à la première toux. A quelle malheureuse ici bas plairiez-vouô?

TRÎCOI.

Morbleu !

GKORGETTE.

Vous êtes fou de vouloir à voire ag* ï*OUrU seconde lois lâter du mariage ; Plus Fou d'élre ;mioureux d'un objet de seize ans, ïlncor plus fou d'oser l'ofcer ses senliincnis; Ainsi , d ns ce dessein funeste en conséquence» Je compte la valeur de trois exlravag.inces Dont la moindre va droit aux pètites-muisaus.

' TRICOT-

f e vous reirfermeriii.

GEORGETTE

Belles précautions !

TRICOT , à Agnès.

Sais-tu qu'après avoir employé la prière-, Je saurai contre toi prendre un parti contraire ?

GEORGETr£.

Pestez, jurez, criez, mettez vous en courroux, Vous m'entendrez toujours vous dire qu'un jaloux Est un objet affreux, à qui l'on fait la guerre, Qu'on voudrait de bon cœur voir à cent pieds sous terrC> Qu'il n'est rien plus hideux! que Satan, Lucifer, Et tant d'autres Messieurs, habitans de l'Enfer, Sont des objets plus beaux, ^lus cliarmans, plus aimables. Des bourreaux moins cruels, et moins insùppottabies , Que certains jaloux tels qu'on en voit en ce lieu: Vous m'entendez, j'ai dit , -je me retire , adieu. ( Elles se saui'^nt. )

TRICOT , s^ opposant à leur sortie.

Non , non , morbleu l vous ne vous en irez pas.,. Mais c'«st Monsieur P^juctuel , le régisseur du Théûtre.

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