‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 159 sur 232 · SCÈNE XIX ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX ET DERNIÈRE

Les Mêmes, ADOLPHE, LA COMTESSE , CRICK.

ADOLPHE , retenu par la Comtesse.

Je n'y puis plus ituir.... il faut absoluaient..,. Hé bien , mon oncle ?

Mon ami, tu me vois au comble de la félicité elle m'aime,

mon cher Adolphe, elle m'aime, et c'est à toi que j'en ai l'obligation.

ADOLPHE

Elle vous aime!... Ah! mon oncle, vous me voyei dans une joie!

SUDMER.

C'est singulier comme la joie le renverse la physionomie.

ADOLPHE, bas à la Comtesse.

Elle m'a déjà oublié, la perfide I.... ces choses-là sont faites pour moi.... j'en mourrai.

LA COMTESSE , haS .

Allons, vous trembliez qu'il ne l'ëpousât pas.... à présent, vous allez mourir s'il l'épouse.... Vous êtes le fou le mieux conditionné que je connaisse.

SXJDMER.

Crick, tout est-il prêt ?

CRICK

Oui. On a éclairé la chapelle, et je viens d'envoyer un pain béni lonc; de ça..., c'est le principal de la cérémonie. SUDMER prend son neveu et Elise sous le bras.

Partons, mes b.ns amis.... Fut-il j.mais un homme plus fortuné que moi.... revoir sa patrie, ses atnis, retrouver un neveu qui vous chérit, une femme qui vous est fidèle.... je n'aî jamais , je crois, éprouvé dans ma vie de moment plus heureux î....^ Il n'en est qu'un peut-être que je puisse lui comparer.... c'est celui où je sauvai l'honneur et la vie à celle jeune créole de la Louisiane , que je ramenai à son père qui la croyait perdue.

LA COMTESSE, étonnéc.

Comment ?

SUDIUER.

C'était un honnête colon , riche comme un prince , le plus brave homme du monde, et sa fille !.,.. je n'ai jamais vu une plus belle femme! des yeux superbes \ { J la Comtesse. ) A-

pcu-prcs comme li's voues j une taille élancée celle d'Elise

me la rappelle toutà-fdit, et ce qui va vous étonner bien plus, une femme qui m'ainnit.... Vous entendez bien que ce n'est pas eu Europe que j'aurais trouvé cela ! ADOLPHE , inquiet.

Elle vous aimait , mon oncle ?

ELISE, de même.

Elle vous aimait , Monsieur 7

SUDMER.

Oui, vraiment.... Aussi d'un côié, une femme chàrnoaDtc qui

pleurait , un pcre respectable (|ui embrassait mes grnoux , une fortune immense qui nie tend.iit les bras.... vous m'avouerez que c'était bien tentant.... Peut-être auiiez-vous ce'dc?

ADOLPUE.

Ah I mon oncle î

SUDMER.

oh! rassure-toi, mon ami, je tenais trop à ma parole, à mes serments; j'avais promis à E!ise de l'épouser, je l'avais promis à mon neveu j to;is ks deux m'attendueiit et ça devenait une affaire de procédés.... Cependant je n'avais pu donner de mes nouvelles ; je devais passer pour mort , et je ne pouvais pas compter non plus sur une constance surnaturelle. Touîes CCS raisons , jointes aux soUieilalions du père.... aux regards de la fille , aux prières de toute la famille qui me criait : « Epou- » sez-la. Monsieur, épousez-la.... vous ferez notre bon— » heur.... le sien.... toute notre fortune et sa main acquit- » teronl notre dette, w... Ma foi, je vous le demande, qu'auriez-vous fciit à ma place?

ADOLPUE et ELISE, v/femeut et avec joie. Vous l'avez c[)ousée I SUDMER , s\irrêtant et les regardant froiJement Vun après Vautre.

Vous croy.^z? ( Adolphe et Elise baissent les yeux d'un air déconcerté. ) Et si tout ce que je viens de vous raconter était un songe qe.e j'eusse fait en venant dans ma chaise de poste.... si mèrue j'avais voulu vous éprouver, vous forcer tous les deux à dévoiler vos véritables sentiments? ELISE , à part.

Je suis perdue I

ADOLPHE

Quoi? Monsieur, c'était pour nous tromper...

suBMER, vivement.

Vous tromper !.... non, mes enfants, non, mes amis, j'en suis incapable, je suis ruarié.

TOUS

Il est marié I

SUDMER.

Tout ce que je vous ai raconté n'était point une fable , c'est la vérité même, et dès ce soir je vous présente à votre tante.

LA COMTESJE.

Ah I Monsieur, quel hounête homme A^oiis êtes I

ADOLPHE , L'embrassant.

Mon cher oncle .'

ELISE, de même.

Oh! comme je vais vous aijiiei !

CRiCK. , laissant tomber ses bras.

Ah! ma foi, mon parrain.... c'est bien ça.,..

SUDMER.

A la satisfaction générale qui brille ici , je ne puis douter de la part que vous prenez tous à mon bonheur, et je vous eu remercie. Oui, mon ami, loin de ma patrie, sous un autre ciel, et lorsque j'étais loin de l'espérer , le bonheur s'est offert à moi : j'ai pensé qu'à mon âge il ne fallait ni le repousser , ni le faire alleudrc.

CRICK

Nous allons donc avoir au château deux maris pour de vrai!

SCDMER , à Adolphe^ Oui, mon ami, de vrais maris.... et nous venons qui de nous deux rendra sa femme la plus heureuse.... J'ai rapporté de là-bas des principes ... et je me suis fait un plan de conduite.... jamais d'humeur ni de jalousie.... confiance absolue.... faire la volonté de sa femme !

LA COMTESSE , allant à lui virement.

Ah I Monsieur.... et vous êtes marié ?

SUDMER.

Oui, Madame.

C'est dommage !

LA C0MTES5E.

CHOEUR

Air : Allons plus de Tristesse. Un heureux mariage ,

Tous les lieux

A ous eng.ige; Un heureu.\ mariage.

Va combler tous vos vœux.

LA COMTESSE

Air : De Paris et le Village.

Eravanl les mers el les combats.

Il a , du coucliaiil, à r.tuiore, Yu bien des naufrages... hélas !

Doit-il en éprouver encore ."*

II craint ce soir plus d'un écueil nouveau : Ah ! pour qu'il fasse un long voyage,

Daignez , Messieurs , garantir son vaisseau , £t l'assurer contre l'orage.

CHOEUR

Un heureux ir.ariage , etc.

FIN

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