‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 18 sur 232 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ELVIRE , RAPHAËL , dans le fond.

RAPHAËL , à par[.

La voilà !

ELVIRE , se croyant seule.

Plus j'y songe, et moins je puis définir le seatiment secret qui me parle en sa faveur !

RAPHAËL , à part.

Que de grâces!... et quand une grande fortune les accompagne... comme cela rend amoureux! -

ELvinE, Zev£y'on(.

Ah! mon cousin, c'est vous!

RAPHAËL, s' approchant.

Oui , ma charmante cousine, je vous trouble peut-élre au milieu de vos réflexions ?... Je me flatte qu'elles n'ont rien de pénible , et que raoa amour...

ELVIRE , riant.

Votre amour... vraim.^nt , vous m'en parlez déjà comme d'une vieille connaissance!... nous nous voyons pourtant pour la première fois.

Qu'importe! faut-il donc des années avant d'être bien sûrs que l'on s'aime, que l'on se convient? C'était bon autrefois, mais aujourd'hui les femmes sont si franches, les amants si sincères, que l'on se connaît parfaitement au bout d'une heure!... Pour moi, il me semble que votre ame se peint toute entière dans ce regard si doux; et plus j'étudie uu miroir si fidèle...

Il lui prend la main.

ELVIRE, la retirant.

Ob! vos études voiit trop vitej je ne suis pas aussi avancée que rouj. -

RAPHAËL

Conimenf, petite cousine.,, au moment d'être unis!

ELVIRE

Tenez , mou cousin , j'ai des scrupules sur l'aventuie de ce mitin.

RAPHAËL, à part.

Que veut elle dire?

ELVIRE, Vovservani.

,7e suis très méfiante et passablement curieuse... Expliquez- moi, je vous prie, comment il se fait qu'arrivé à Madrid seulement depuis deux heures, vous fassiez sous mes fenêtres hier et ce maiiu?

Vous m'avez vu ?

Oui, mon cousin.

Ah! diable!

RiPHAÉL , vivement.

£LV1RË.

KAPSAEL j â pari.

ELViRE , h part.

II se trouLle , je crois !

RAvnAzu, feignant une grande joie.

Quoi , chère cousine, il est dune vrai que vons lu'dvezreraarqi'.c?

ÉLVIRE.

Remarque!... Je ne dis pas'îela, Monsieur : je dis sculcmi ut que je TOUS ai ru.

UAPHAEL , avec feu.

Ali ! que je suisbeureux ! Oui, mon Eivire, puisqu'il faut vcus l'avmipr, je suis ici depuis deux jours... l/impatience de vous conn.^îîrc, de savoir si le.$ qualités de votre cqeur rëpondriieut à tant de beauté, m'a fait ftovanerr le jour fixe' pour mon départ. Caché près de ces lieux, j'ai c'ierrhc Tainement à vous voir, à vous parler... Le matiu je chantais sous vos fenêtre; le jour je courais les é>;lises , les promenades, dans l'espoir de vous rencontrer; j'interrogeais vos voisins, vos amis, je lùntendais partout que réiop;e de ma belle cousind... On vantait sadnucour, soncspiir, ses talents... Ju^ez de mes transports, en recueilKint aiiisi Ifs'assnr.iMres de mon "bonJjqnr çt les hommages rendus aux chai mes qui m'étaitiit destines. ,^,- mw

ELVIRE, a part.

Eh î mais, il n'a pas si mauvais ton que je l'avais cru d'abord !

RAPHAËL, à part.

Je la tiens! [Haut.) Eh b;cn , charmante cousine, me pardonnerezvous ce détour?

ELVIRE

'Tout-à-fait, mon cpusip,cl j'espère que vous me permettrez d'osrr de la même méthode. . .

RAPHAËL

Moi!

ELVIRE

Vous me connaissez parfaitement, dites-vons? Et vous êtes crrliiii que je vous conviens... Moi, je suis persuadée d'-rvance que vous possédez toutes les qualités qui doivent assurer ma fc'icité; m.iis )«> serais bien aise, avant de m'eng.Tgtr, d'acquérir cette conviction par moi-même; obtenez de mon père que notre hymen soit remis à quelques jours d'ici... Une quinzaine, par exemple; ce n'est pis trop pour connaître son futur, RAPHAËL, à part.

Ce n'est pas là mon compte.

ELVIRE, l'observant.

Il est embarrassé!... Décidément il y a quelque chose ! ( Flaut.) Vous ne répondez pas ?

RAPHAËL

C'est une plaisanterie, cousine?

ELYIKE.

BAPHAEL.

RAPHAËL

Nullement, je vous jure.

Retarder mon bonheur !

Je l'exige.

Et quinze jours!

ELVIRE

Une autre aurait demande' quinze mois ; mais je suis très prudente, je DC vous exposerai pas à une épreuve si longue.

RAPHAËL

Allons, vous voulez rire à mes dépens, pelile cousine! vous seriez justement offensée, si je cédais à vos désirs... Soyez tranquille, dût tout votre courroux ra'accabler de ses rigueurs, je ne retarderai pas d'un seul jour, d'une seule minute, des liens que je brûle de former.

ELVIRE, piquée.

C'est votre dernier mot!... Fort bien, je vois à votre complaisance que vous vous croyez dc'jà mon mari. Adieu donc, mon très cher e'poux; je vais essayer de mériter tant d'amour. {A part.) Courons vite aux informations, et tâchons de retrouver le Pedro de ce matin. RAPHAËL, voulant lui baiser la main.

Vous me quittez ainsi j ça n'est pas bien, cousine.

ELVIRE , se défendant.

Laissez-moi , j'entends quelqu'un .. . Mon cousin , c'est affreux I

Elle sort,

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