SCÈNE XXIII ET DERNIÈRE
Les Précédents, plusieurs Domestiques, apportant une table richement servie.
SOUFFLE , en bonnet de coton , tablier de cuisine , couteau au coté, arrivant le dernier avec un plat quil porte gravement,
CHOEUR
Air : de M. Jean ( Jean de Paris. )
De l\Ionsei£;neur tjue le dîner s'apprête. Des vins choisis et des mets délicats... Que la gai té soit aussi de la fête; Sans la gaité jamais de bon repas !
M. DE ST.-PHAR, reconnaissant Sovjfflé.
Eli I mais c'est mon coquin de tout-à-l'heure...
ANTOINE
Notre nouveau secrétaire!..
LE VICOMTE
Mon ancien cuisinier !..
Lui-même... C'esi vous qui l'avrz nommé...
LE VICOMTE , levant sa canne.
Comment, c'est toi qui causes ici tout ce tapage... je vais, morbleu.'...
SOUFFLÉ, fnidement.
Frappez... ( Montrant le plat qu'il tient.) Mais goûtez...
LE VICOMTE
H.'in ! qu'c^f-ce qu'il tient là?.. Dieu me pardonne... ce sont des ortolans à la provcnç.iIe, mon mets favoii...
SOUFFLÉ
3n^lc...{J M. St.-Phar.) y^i Lien .senti, Monseigneur, que cette maudite lettre que je n'ai pas pu écrire,, m'ayait fait du tort à vos
yeux, car, vous en convleiuli-pz vons-raêrac, vous m'estimiez avant ja lettre... j'ai voulu alors vous prouver, avant de vous quitter, que je n'étais pis toul-à-fiit indigue de vos bonnes grâces, et que, si dans votre cabinet j'étais un sot, je, pouvais être un homme deme'rile, en descend int d'un e'tage... Je suis i entre dans mes fourneaux , dont je n'aurais j.jmais dû sortir... vu que la nature m'avait fiit homme de bouihe, et non pas homme de lettres; et je viens soumettre à votre appe'lit de'gnsfateiir cet écliantillon de mes talents , d'après lequel je consens h être jugé, parce que, comme a dit lo Sage : On connaît l'homme à ses actions... et le Cuisinier à ses ragoûts.
LE VICOMTE
Et il les fait bons.... je l'altestc !.... c'est mon ancien Cuisinier que l'avais renvoyé dans un moment d'humeur, et que je voulais placer chez toi.
SOUFFLE. '
C'est pour cela aussi que je suis venu...
M. DE ST.-PHAR, riant.
Comment, c'est là l'emploi que tu sollicitais....
LE VICOMTE, qui s'est mis à table et qui a goûté le déjeuner.
Tu peux le lui accorder, je le le jure.... il vient de faire ses preuves.... Soufflé ... nous te chargeons du repas de noce.... et en attendant, ce déjeuner-là sera celui des fiançailles.... Allons... allons.... que chacun s'asseoye.... Monsieur le Secrétaire, ici à table.... à cùié de moi....
SOUFFLE
Et moi dcriière ! voilà chacun à sa plûce, ce u'est pas sans peine.
( Ils se mettent tous à table. ) CHOEUR.
Air : Honneur à la musique.
D'un repas délectable Savourons la douceur; Amis , ce n'est qu'à table Qu'on trouve le bonheur.
souFFLt , la servielle sous le bras el s'adressant au publis.
Air : de Mariane.
D:iignez excuser mon audace, (Car les artistes en ont tons), J'ose ici vous prier en giàce De v'nir parfois dîner chez qoms!
On vous recev'ra ,
On vous fèl'ra.
( Au vicomte qui lui demande une assiette. )
Pardon, Monsieur , j'suis à vous, me voilà !
( Il lui donne une assiette et revient au puhlic. )
Quelque convive
Qui nous arrive
Jamais le nombre ne nous effraîra ;
Mnis ce dîner où j'vous invite
Dépend de vous seuls en ce jour ,
Car il suffit... d'un sowffle pour
Renverser la marmite.
CHOEUR
D'un repas délectable Savourons la douceur; Amis , ce n'est qu'à table Qu'on trouve le bonheur.
Flîf.
FRONTIN