‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 20 sur 232 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

RAPHAËL, MORALES, très agifé.

MORALES, accourant, Ah ! Rapbaël , tu es seul ?

RAPHAËL

Eh! bon Dieu, le voila bien agité!

MORALES

Nous sommes perdus!

BAPHAÏL.

Ptrdus! ,

MO&ALÈS

Oh I il n'y a pas à dire, il faut gagner la porte.

Explique-toi. .

MORAlj^S.

Pedro, furieux de l'avenlure de ce matin, rassemble rn ce moment tous les amis de son père; ils vont venir pour nous confondre devant toute la famille, et le faire chasser honteusement.

RAFBAEL.

Me chasser!

MORALES

Il vaut mieux s'en aller de bonne grâce , n'cst-cc-pas ? RAPUAEL rêvant.

Non, sur mon honneur I ... je me laisserais vaincre comme un écolier, quand la jeune personne est déjà folle de moi ! ... Non, morbleu! je serai •on ëpous! ... attends un moment... Eh ! mais... oui, ce moyen est infaillible! ... J'éblouis la famille, je flatte l'orgueil de Gusman, la vanité d'Elvirc....

MORALES

Songe que le danger est pressant I

RAPHAËL, rêvant toujours.

Eh bien! il faut agir sur-le-champ, et.... c'est cela... j'ai jnstement ce qui m'est nécessaire... tu vas me voir changer de batteries et faire renvoyer le neveu pour toujours ... On nous a peint Gusman , co^Drae un bon homme,... avare par nature, ambitieux par calcul, et crédule à l'excès.

MORALES

Eh bien!

KAFHAIL.

J'attaque son ambition , je ne suis plus Pedro... je suis las , au surplus, de porter uu nom si bourgeois... je me lance dans les hautes dignités!

Ah î mon Dieu !

rapbael.

Sois tranquille, j'ai toujours sur moi de ces papiers de grandes familles!...

on ne sait pas d'un moment à l'autre à qui l'on peut appartenir. ( // tire

des -papiers de sa poche.) Tu vois mes lettres, mes parchemins, et cette

lettre dont je me suis déjà servi dans les grandes circonstances, tu sais?

MORALES

Celle qui te fit passer à Murcie pour ce jeune prince qui parcourt diton toute l'Espagne ?

RAPDAEL.

Précisément ; on sait qu'il voyat^e incognito , et j'ai trouvé commode de m'emparcr quelquefois de son litre et de son nom; ça ne lui tait anciux mal , et souvent cela m'est fort utile. Ici , par exemple, crois-lu que le bou Gusman hésite un seul inilaut entre l'obscur Pedro et le brillant Do« Piodrigue de Lima ?

MORALES

Oui, mais comment soutenir ce rôle qui demande uue certaine dépense?

éAlHAEL.

J'emprunterai.

ilORALÈS.

Cette ruse ne peut durer.

Qu'elle me donne le temps de toucher une belle dot et de disparaître.». }e n'eu veux pas davantage.

MORALES

Mais si l'en vient à soi:pçonner...

RAPHAËL, vwenient.

Oh! je suis entêté!... Ce marin je n'étais que Pedro; on me contrarie, je deviens grand jcigntur ! Peur peu que Kon me pousse à bout, je me fais souveraiu des Espagnes!

MORAt.ÈS.

Fort bien. Et si l'on connaissait à Madrid le personnage eu question?

RAPHAËL

Qu'est-ce que cela me f^iit? Je lui prouverais rn face... qu'il n'est pas lui, et que c'est moi qui porte son r.ora... En vérité , mon pauvre Morales , tu deviens d'une lirni lite!... si tu continues, tu ne seras plus capaMe de rien de grand, d'hcro'irjuel... Allons donc, est ce qu'il faut être comme ça?

MORALES

Ce n'est pas la bonne volonté qui me manque; mais cette diable d'iirquisitiou , el'e est si cliâtouillcuse! elle voit toujours les choses du maurai* c6lé.

RAPHAËL, souriant.

Nous n'aurons lien à démêler ensemble... J'entends le bon homme; cours «c'cuter mes ordres... prer.ds cette lettre, qu'elle me soit remise avec mystèn-... fais sonner adroitement les rapts de courrier, d'altesse... tu m'entends?... De l'inteliigence, delà présence d'esprit... c'est ici le co<up de maître.

Morales sort.

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