‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 207 sur 232 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

ALPHONSE, FRÉDÉRIC, en livrée > il arrive parle fond et frappe ù la porte du cabinet.

FRLDtRIC.

St... st... Alphonse !... paresseux, est-ce que tu dors encore?... '^ ALPHONSE , Sortant du cabinet.

Ah ! c'est loi, mon cher Frédéric... je t'allendais avec une impatience... {il le regarde.) Eh! mais, quel est donc cet habit?

FRÉDÉRIC

Ça?... c'est ta livrée.

Ma livrée!

FRÉDÉRIC

Oui, mon ami; j'ai pensé que ce costume était le seul que je pusse adopter pour donner à ton beau-père lutur une certaine idée de notre rang!... si tu savais comme je l'ai déjà servi !... j'ai vanlé ta générosité à la vieille gouvernante,... la sagesse au papa;... je mens avec une facilité... depuis que je me suis enrôlé parmi les héros d'antichambre... C'est incroyable comme cet habit gilonné vous donne de l'à-plomb!

Air : f^audei'ïlle d'Angélique et Melcour. Depuis que j'ai ce -ïçlement , Je me sens un front, une audace...

Je suis intrépide, insolent...

Bref, pai tout l'esprit de ma place:

Comme un conscrit, à son départ, Tremble et désire sa réforme...

"Et se bat comme un vrai César, 13ès qu'il a mis l'uniforme.

Toi , mon valel ?...

ALPHONSE

FRKDERIC.

. Ta 5ai3 que ça ne mecoiile rien; j'ai déjà fait, pour le servir, Ion cousin, ton père, ton oncle; je crois même que j'ai Htit ta lante — ])ar exemple, je ne me serais jamais doulé cjuc je ferais le voleur de grau<.l chemin;... et cejjendant hier soir.

ALPHONSE, regardant de tous cotés.

Chut, donc I lu m"as mis dans un bel embarras!...

FRÉDÉRIC

N.' vas-ln pas encore me faire des reproches !,.. que diable I lu n'es pas juste. Tu vois la charmante Juliette au bal de liondj;... tu l'eniîammes pour elle sans lu connaître...

ALPHONSE , vivement.

Eh ! mon ami, il ne faut la voir qu'une fois. Air : De sommeiller encor, ma chère.

Souviens-toi qu'à ce bal champêtre Chacun admirait sa beauté; Un instant suffît pour connaître Jit sa candeur et sa b-cinté! ! !

FRÉDÉRIC-

.En effet, j'oubliais qu'eu France, Où tout se fait à l'impromptu, Il ne faut qu'une contredanse Pour apprécier la vcitu.

Enfin, tu fais demander sa main |)ar ton oncle, monsieur Biunard, qui avait eu des relations d'aOaires avec le papa Velouté , liouuète marchand de papiers peints , retiré ù Bondv «vcc iiu.c fortune presque aus:>i jolie que sa fille...

ALPHONSE, soupirant.

On me refuse !...

FRÉDÉRIC

Sous prctexle que tu ne fréquentais que des mauvais ..sujets...

ALPHONSK.

On nous voyait toujours ensemble !

FRi'iDKRiG, lui serrant la main.

Aussi l'offense ni'éiait personnelle; nous partons pour Boiuly... Nous a] prenons que monsieur Velouté , attend uu prétendu, qu'il n'a jamais vu, qui arrive de je ne sais où, et dont oh ii^nore le nom. A cette fatale nouvelle , tu perds la 4êtej moi, je conçois le projet de prévenir ton rival qui doit être un sot, un imbécile !-... il fallait un couphardi;... nous nous enfonçons dans b fcrél, et nous apercevons lécher Velouté qui venait au-devani du]>rétendu...LaiHUl commençail à tomber;... je détache aOssiîot les agraffes de mon chapeau , que je rabats sur ma tèle ; je m'enveloppe dans mon carrickj... je m'approche du papa... il se irouble... je le regarde... il se met à trembler... je le suis... ii tombe en criant... au secours.'... au voleur!... tu par;iis alors et je prends la fiiiîe après un combat opiniâtre qui ne nous a pas coûté un clieveu !

ALPHONSE

Si ce n'est mon porte-ieuille que j'ai perdu dans la mêlée...

FKÉDLRIC.

Je te conseille d'en parler:... un meuble inutile, il n'v est jamais entré un seul billet de banque : enfin te voila installé...

Air de Préi'ille et Taconnet,

Grâce à cet heureux stratagème,

On le reçoit , chacun l'ouvre les hras!

Chacun se dit que ta vairur cMrèine

A terrassé {>lus de dix scélérats !

Plus il''uu Vainqueur peut envier la gloire, A ton triomphe il ne manquera rien.

Far un piodige où je ne compiends rien , Ou ne saurait pleurer sur ta victoire.

Puisque les morts se portent tous trts-hien^

ALPHONSE

A merveille , mais où cela nous menera-l-il?...

FREDERIC

A prendre la place du futur...

ALPHONSE

Quand il est au moment d'arriver ?... quand nous ignorent même son nom?

FRÉDÉRIC

La vieille Gertnide nous apprendra tout cela; en lui faisant la cour... je me charge de la séduire...

ALPHONSE

A la bonne heure, car elle me connaît, moi : elle m'a vu a ce bal... aussi je l'évile avec un soin... et mon oncle Bonnard, que va-t-il penser de notre absence.

FRÉDÉRIC

Oh ! lui , j'ai pris des mesures extraordinaires.

ALPHONSE

Que veux-lu dire ?

FRÉEÉRIC,

Oui , mon ami ! ton oncle Bonnard est un excellent homme... mais d'une maladresse., il l'a fait manquer plus de dix mariages, îtvec les meilleures intentions du monde... Pour nous en débarxasser je lui ai fait donner avis que son correspondant, M. Dupré, ce Fiançais e'iabli à Londres depuis vinjjt ans, était au moment de manquer.

ALPHONSE

Comment î malheureux... l'exposer...

FRÉDÉRIC

A faire un pelit voyage en Angleterre; voilà tout, ea lui fera du bien! le mouvement, le grand air... il doil-êlre parti ce malin...

ALPHONSE

Frédéric! c'est très mal... j'aime, je respecte mon oncle...

FRÉDÉRIC

Tu me gronderas après la noce... j'entends quelqu'un !..:

ALPHONSE, regardant.

Air : f^audeuille des Deux Matine'es, Ccsl GertiuJe c^ui t'avance ,

Mol , je ni''cloigne d'ici ; Mais observe ayec prudenc»

La marche de Tenuetni.

FRÉDÉRIC , riant.

Pour toi , je brave l'orage...

Mais une fois maiié, Songe, au moins, dans ion n'iéuage Que je suis ton allié.

ALPHONSE , riant.

Non, je n'y veux point d'allié.

Ensemble.

C'est Gertrude, etc.

FRÉDÉRIC

C'est Gertrude qui s'avance, Allons, sors vite d'ici, 3e veux suivre avec prudence La marche de l'ennemi.

( Il rentre dans le cabinet. )

Page 1