SCENE XV
AMAURY, CL AIBE, accourant '
CLAIRE
Me voici , me voici.
AMAURY, vivement.
Hé bien !
CLAIRE
Votre billet est remis.
JJErmite, 4
AMAURY
A l'aimable Aline?
CLAIRE
A qui donc ? est-ce que voi.is nie croyez assez maladroite pour remettre une lettre d'amour à un tuteur ?
AMAURY
Et le Baron ne s'est aperçu. . .
CLAIRE
De rien absolument; il e^t vrii que mam'selle Aline m'a secondée avec une iiiteHigcnce qui m'a c'tonne'e. . . je ne la croyais pas si avancée . . . fnd que i'espj'it lui soit venu subitement! . . . D'abord, pour m'approchcr d'elle, j'ai uffi rt de raoutror au sire lîaudouin le chemin de Nofre-D.une-de- Bi>is -, je tenais la lettre comme ça. . . et j'altend^iis le momiiit où Moiisrigin ur n'aurait pas l'œil sur nous . . . nuis il ne cessait de regarder sa pupille... ïout-à-coiip mam'selle Aline qui m'av it devinée , . . laisse tomber son voile couimep^r basaid... Monseigneur se baisse bien vite pour le ramasser ... et zeste, la lettre est remise et cachée. , . e piw vrc homme n'y a vu que du feu.
AMAURY
A mei veille !
CLAIRE
Ah ! ÇT, Mo"'''^"^"' qu'est ce que vous lui dites dans ce billet?.,. car enfin , j'ai consenti à \ous seconder , parce que vous m'intéressez , ft que vous m'avez promis de f lire la fortune de Biaisot . . . maij encore faut-il que je sache si vos inteolions sont honnêtes...
AMAURY
Des plus honnê'cs ... je lui dis que je l'adore, que son tuteur est un sot . . . un ê!rc insupportable qai ferait sou malh«ur.
CLAIRE
A la bonne heure, au moins.
AMAURY
Je l'cngige à ne s'effrayer de rien de ce que je pourrai entre" prendre, et à se fier enlièreinenl à l'Ermite de St.-AfcUc.
CLAIRE
Ah! l'Ermite est dans vos intérêts.
AMAURY , lui prenant la main.
Oui, ma petite.
CLAIRE
Oh ! alors, vous iroz loin.
AMAuuY , lui caressant le bras.
Je l'espcre bien... je v» ux avalît la fin du jour tomber aux pieds de mon Aliue, et lui juier une ûdélilé à toute é|ireuve.
CLAIRE
Oli! oui , faut être fulèle, ou ne pas s'en mêler . . . mais comme vous me serrez la maiu...
AMAURV , la lutinant. C'est qu'on ne l'a pas plus jolie; d'honneur, ma petite Ciaire, tu es charmante.
CLAIRE, se débattant.
Eh! bien, Monsieur, mais songez donc à mam'selle Aline.
AMALRT, lui baisant la main.
J'y songe aussi.
CLAIRE
Oui, d'une drôle de manière!...
AMAURY
Je crois la voir dans chaque jolie femme que je rencontre, et ces petites distractions sont autant d'hommages que je rends à celle que j'ddore... il faut que je l'embrasse.
CLAIRE
Toujours pour mam'selle Aline.
AMAURY, la pressant.
Pour elle, pour loi,., ça m'est e'gal.
Air : Disposez , M. Sans-Gêne.
Il faut au nom de ma belle Que Ton m'accorde uu baiser.
CLAIRE
Je dois le refuser 5 Finissez , Moiisit-ur , ou j'appelle !
Esl-ce ainsi qu'on est fidèle ?
AMATJRY.
Je sais conserver ma foi j Mais par amour pour elle Ëmbrasse-moi.
Allons , allons, ma clière.
Ne le montre pas si sévère , Je suis des plus discrets j Blatsot ne le saura jamais.
^ . CLAIRE. '
td I A vos projets
^ I Ma vertu doit être contraire ; '
rjj M Dans vos filets ,
Non , vous ne me prendrez j amais ; Non, non, jamais.
Il V embrasse.
SCEIN^E XVI.
Les Mêmes , BLATSOT.
BLAisoT , paraissant i ont- à- coup.
Ab ! grand Sl.-Polycarpe ! qu'est-ce que je vois ?
CLAIRE , toute honteuse.
C'est Blaisotl
AMAURT , riant.
L'amoureux !... on n'est pas plus maladroil! Qu'est-ce que tu veux, mon garçon ?
jimaury, sans V écouter ^va regarder du côté de Notre-Damedes- Bois.
BLAISOT , cherchant à contenir sa colère.
C'que j'veux?... je venais , j'accourais... ( A Claire. ) Ah ! ah! mam'selle , c'est là c'que vous rn'piometliez c'matin.
CLAIRE
Hé bien I qu'as-tu donc avec ces grands bras et ces cris ?
BLAISOT, étouffant.
C'que j'ai, c'que j'ai . . . vous osez me l'demander. • . Dieu de Dieu I . . . j'iuirais dii m'en douter ; voilà ce que vous me disiez : je suis sûre de moi . . . rvoisinage d'I'Lrmile a déjà produit son efFtt : c'que c'est que l'mauvais air ! . . . Perfide ! ingrate ! félonne !.. .
CLAIRE , feignant de pleurer.
Si ce n'est pas affreux de me traiter ainsi, quand lout-à-l'heure encore je m'occupais de lui. .. Monsieur peut le dire.
ELAISOT.
Oui-dà, c'est en pensant à vot'amoureux que vous vous laissez
embrasser par un autre; allez j'vous renonce, et vous épousera qui voudra!
CLAIRE , très ejfrajée.
Ah .' mon Dieu !