‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 71 sur 232 · HERMANCE, NANCY · texte numérisé non relu

HERMANCE, NANCY

HERMANCE

Comment , Nancy , tu veux nous quitter le jour de mon mariage?...

NANCY

Oui, raa sœur.

HERMANCE

Je vois que la Hongrie n'a pas le bonheur de te pJaire • que veux-tu de mieux cependant ? Des cavernes de glace... des monîagnes de granit... des forêis, des précipices... uu pays superbe ! et des vassaus;... des vassaux comme il y en a peu I...

Air : De sommeiller encor , ma. chèroj.

Oui , ces paysans respectables

Nous rappellent le bon vieux temps.;

Chez eux on croit encor aux diables ,

Aux vampires, aux revenants 5

On croit à toutes les magies,

Aux amours . aux soins assidus ,

Aux p;rands sorciers, aux grands génies...

Bref, à tout ce qu'on ne voit plus.

C'esè«in pays privilégié... jusqu'à mon futur époux quiest d'unfr eomplaisance...

NANCY

Allez... vous devriez rougir !.. taire à votre âge un mariage de convenance... un mariage de rai>on... c'e.^t affn ux î

HERMANCE

Béflécllis donc un peu I INous sommes orphelines, d'une fimille noble, il est vrai, mais sans appui et sans fortune ! Il so présente un homme riche, considéré, jeune encore... le baron d«

LoiirJorff... une des familles les plus nombreuses d'Allemagne,.., fallait-il le xefuser?...

NANCT.

Oui, il le fallait.... Quelle différence entre lui et le comte Adolphe, si bon, si aimable, si gëuërcus. !.. et a c[ui , du reste , vous aviez juré une constance élerntlle !...

HERMANCE

D'accord, mais cette uiiinn ne pouvait faire que son malheur... sa famille qui est immensément riche s'y oppnsiil; son oncie, le vieux raatécliaid. Valberg , no.is dé'eslHit sans nous avoir jamais vues... Voilà six mois qu'Adolphe n'est plus, tu sais combien j'ai été sensible à sa perte... mais je ne pense pas que parce qu'autrefois on a aimé quelqu'un...

NANCV.

Si, Mademoiselle, cela doit durer toujours... et, même avant son départ, vous ne l'aimiez pas encore autant qu'il le fallait! vous le receviez quelquefois avec une froideur, une indifférence que je ne pouvais concevoir... de sorte que j'éfnis toujours obligée de lui faire bon accueil pour le dédommager. Que vous étiez heureuse !... il était auprès de vous... il vous suppiait de i'aimer , et souvent, vous ne répondiez pas!.... eh ! mon Dieu ! j'aurais dit oui! était-ce donc si difficile ?...

HERMANCE, étonnée.

Eh! mais, tu ne m'en as jamais parlé ainsi.

NANCY

11 fallait bien se taire !

Air : De Teniers.

Quand il venait dans notre humble demeure, C'était pour vous, au moins je le voyais j Du rendez-vous lorsqu'avail sonné l'heure,

Yous étiez calme , et j'attendais ! ! ! 11 vous disait : Pensez à ma tendresse ;

Moi j'y pensais à tous moments :

Vous juriez de l'aimer sans ce^se ,

Et je tenais tous vos serments.

Aussi maintenant, c'est fini, je n'aimerai plus personne.

HERMANCE

Allons , Nancy, tu n'es pas raisonnable... voilà que tu pleures encore en y pendant.. . tais-toi... nous en reparlerons... mais on vient... c'est M. de Lourdorff et un étranger.

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