‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 86 sur 232 · PICARD · texte numérisé non relu

PICARD

Voilà im quart d'benre , mon Ge'ne'ra!.... que moi et la calèche sommes à la Porte Maillot, au reudez-vous que vous m'avtz indiqué.... je vais faire avancer.

M. DE VERMEUIL.

Non, ce n'est pas la peine... Va nous attendre au bout de la grande avenue... nous irons encore jusque-là à cheval ; le temps est superbe, et d'ailleurs nous ne serons pas fâclies de nous arrêter ici pour déjeuner, n'est-ce pas, ma chère Adèle?

Picard sort.

ADÈLE

Comme vous voudrez, mon Oncle.

M. DE VERMEUIL.

11 faut prendre 'des forces, surtout quand on a dix lieues à friire avant le dîuer; car je te mène à Vermeuil , chez ma sœur... te voilà bien contente, n'est-ce pas ?

ADÈLE

Comment, mon Oncle, nous ne retournerons pas dîner à Paris? et Victor mon cousin qui doit venir à cinq btures.

Ma foi , je n'en savais lien.

ADELE.

Mais moi je le savais... {Embarrassée.) II m'avait donne à entendre... que comme il y avait long-temps qu'il ue vous avait vu....

VERMEUIL.

Gui... Lier au soir. ,

ADELE.

K'imporle, il ue saura que penser.

VERMEUIL.

Oh ! quand il ne te verra pas revenir ici d'aujourd'hui ni demain , ui de toute la semaine , il se doutera bien que tu es absente.

Air : De la Rôle et les Bottes.

ADSLE.

De moi que voulez-vous qu'il pense ?

VERMEUIL.

11 pensera ce qu'il voudra.

ADELE.

Que fera-t-il en mon absence ?

VERMEUIL.

Avec le temps tout s'oublîra.

ADELE.

Ainsi pour notre mariage Tous nos projets seront déçus.

Tu le verras quand il deviendra sage.

ADELE.

Ah ! c'est affreux, je ne le verrai plus.

Mais comment pouvez-vous le réduire ainsi au désespoir , vous qui connaissez sa têle, sa vivacité?

VERMEUIL.

Et voilà justement pourquoi je veux qu'il s'éloigne.... ta connais mes projets !... je suis riche... je suis garçon... tout mon espoir est de vous unir un jour; mais puis -je, dis -moi, confier le soin de ton bonheur à un fou , à un éccrvelé , qui sort du collège et qui mène déjà un train... il crève tous mes chevaux, et c'est un luxe, une dépense... jetant son argent par les fenêtres.

ADÈLE

îl est si généreux î

VERMEUIL.

Oui, à mes dépens.:, cai c'est toujours moî qui paie... mais qu'il signe encore une seule IcUrc-de-cbange.

ADELE.

Cela ne lui arrivera plus ! il est si bon... si doux...

VERMEUIL.

Oui.... il ne passe pas une semaine sans «e battre! nn jeune homme charmant , l'orgueil de sa famille... l'espoir de son pays , qui court exposer sa •vie... qui, au moindre mot, est toujours l'epe'e à la main.

ADELE.

Le pauvre garçon en est assez souvent puni ! toujours blesse.

VERMEUIL.

C'est très heureux pour lui... car avec sa fureur des duels, s'il élait adioîl, je ne le revorrais de ma vie... Au surplus, voici les condilidus que je lui ;ii nolifices ce malin par écrit... dans quinze jours nous parlons pour l'armëcj si d'ià là il y a un seul coup d'epée donné ou une amorce de brûlée... plus de mariage....

ADELE.

Comment, mon oncle! {A part.) Ah! mon Dieu! s'il connaissait la dispute d'hier au soir sous mon balcon. {Haut.) Mais enfin, vous qui parlez, ne dirait-on pas que vous n'avez jamais eu d'affaire d'honneur • si j'ai bonne mémoire cependant

VERMEUIL.

Il ne s'agit pas de cela , M.idemoiselIe; si j'ai fait des sottises d.ms ma jeunesse , ce n'est pas une raison pour autoriser celles de Victor; d'ailleurs, depuis quinze ans que je su;s honore' du grade de gênerai, mes principes sont invariables, je me dispute avec tout le monde , et je ne me bats qu'avec l'ennemi.

Air : T^aud. du Piège.

Je soutiens qn''!! n'est pas permis

De venger ses propres injures j

Moi j'ai vengé celles de mon pays ,

Et je puis montrer mes blessures;

Au champ d'honneur j'ai su les acquérir ,-

Et celles-là , tu peux m'- n croire ,

On les reçoit avec plaisir,

Et l'on s'en souvient avec gloire.

ADÈLE

Mais enfin , mon Oncle...

VERMEUIL.

Ah ! corbleu ! finissons....

Air : Dans VOljnipe je nUitutaile.

Qu'à l'instant on m'accompagne, Moi, je pense qu'aujourd'hui Le meilleur pian de campagne Est d'éviter l'ennemi.

ADELE.

Mais un seul moment.

VERMEUIL.

J'enrage!

Eli! bon Dieu, que de façons, On ferait plutôt, je gage , Manœuvrer dix escadrons.

Qu'à l'instant , etc.

ADELE, à part.

I! veut que je l'accompagne;

Peut— on se conduire ainsi :

S^i / M'enmiener àja campagne '*' f Quand mon cousin reste ici.

Ils entrent dans l'auberge h droite.

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