‹ L'aventurier ou la barbe-bleueChapitre 36 sur 46 · I. AVi:NTtlUrR · texte numérisé non relu

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— A la bonne heure , mordioux ! à la bonne heure ; voilà comme j'aime à vous entendre parler, monseigneur.

— Oui , nous sommes sauvés ; mais vous , malheureux ! vous revenez avec M. de Chemeraut à bord de la frégate , on vous présente à mes partisans , votre ruse est découverte et vous êtes perdu.

— Peste , monseigneur , comme vous y allez!... Sans reproche, vous me regardez donc comme un piètre sire? Vous me destituez donc de toute imaginalion , de toute adresse ? Si je ne me trompe , il y a très-loin de l'Anse aux Caïmans, au Fort-Royal?

— Trois lieues environ , dit le duc.

— Eh bien ! monseigneur , dans ce pays , trois lieues c'est trois heures... et en trois heures, un homme comme moi a au moins six chances de s'échapper ; j'ai les jambes longues et nerveuses comme un cerf. Le camarade l'Arrache- l'àme m'a appris à marcher dans les halliers, ajouta le Gascon en souriant d'un air malicieux. Or, je vous jure qu'il faudra que l'escorte du bonhomme Chenieraut fasse de furieuses enjambées pour ra'atteindre.

— Et vous voulez que je vous laisse jouer votre vie sur une chance aussi douteuse que

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celle d'une évasion, lorsque trente soldats habitués à ce pays seront à l'instant sur vos traces ? dit le duc. Jamais !

— Et vous voulez , monseigneur , que je mette mon salut sur une chance aussi incertaine que la clémence du bonhomme Chemeraut ?

— Ainsi , du moins , je ne vous sacrifie pas à coup sur, et les chances sont égales, dit le duc.

— Egales , s'écria l'aventurier avec indignafation , égales, monseigneur? Osez-v^ous bien vous comparer à moi? Qui suis-je? A quoi estce que je sers ici-bas, si ce n'est à traîner , sur mes talons , une vieille rapière... et à vivre çà et là aux crochets du genre humain?... Je ne suis rien , je n'ai rien , je ne fais rien , je ne tiens à rien. A qui ma vie est-elle utile? Qui s'intéresse à moi? Qui saura seulement si Polyphème Croustillac existe ou n'existe pas?

— Chevalier! vous n'êtes pas juste... et...

— Eh, mordioux! monseigneur, vous vous devez à madame la duchesse , à la fille adoptive de Sidney ! S'il est mort pour vous , c'est bien le moins que vous viviez pour celle qu'il aimait comme son enfant ! Si vous la réduisez au désespoir, elle est capable de périr de cha-

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grin , et vous aurez à pleurer deux victimes au lieu d'une...

— Mais , encore une fois... chevalier.

— Mais , s'écria Croustillac en faisant un signe d'intelligence à Angèle, et en se mettant tour à tour à crier à tue-tête et à parler avec une volubilité extrême pour couvrir la voix du duc. Mais tu es un misérable , un insolent ! de me parler ainsi : A moi !.. . à moi ... à l'aide ! . . . au secours!...

Puis Croustillac dit tout bas et rapidement au duc, vous m'y forcez, pardon, monseigneur, mais je n'ai pas d'autre moyen.

Et l'aventurier se remit à crier de toutes ses forces.

Le prince, abasourdi, restait immobile elle regardait avec stupeur.

IIN DV nErXIE:»E VOLUME.

lAVENTlRlER

LA BARBE-BLELE

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