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immédiatement sous la présidence du capitaine de la frégate.
M. de Chemeraut se mit à droite , le chevalier se tint debout à gauche, la séance commença.
W. de Chemeraut dit d'une voix brève et encore tremblante de colère;
— J'accuse l'homme ici présent d'avoir faus sèment et méchamment pris les noms et titres de Sa Grâce le duc de Monmouth, et d'avoir ainsi, par son odieuse imposture , renversé les desseins du roi mon maître, et ce, dans de telles circonstances, que le crime de cet homme doit être considéré cumme un attentat à la sûreté de l'État. En conséquence, je demande que l'accusé ici présent soit déclaré coupable de haute trahison et puni de mort.
— Mordioux , monsieur, vous concluez vite et bien ; voici qui est net et bref, dit Croustillac, dont le courage naturel s'élevait à la hauteur des circonstances.
— Oui, oui , cet Imposteur mérite la mort ; mais avant , il faut qu'il parle... et qu'on le mette tout de suite à la question, reprirent les lords.
Le capitaine de la frégate qui présidait le conseil n'était pas, comme M. de Chemciaul,
SOUS l'inlluence d'un ressenliment personnel ; il dit aux Anglais:
— Milords, nous n'avons pas encore à voter une peine, il faut auparavant interroger l'accusé, écouter sa défense, s'il peut se défendre; après quoi nous aviserons à la peine qui devra lui élre infligée ; n'oublions pas que nous sommes juges , et qu'il n'est pas encore reconnu coupable.
Ces paroles froides et sages plurent moins aux lords que l'emporlement de M. de Chemeraut. Néanmoins, ne pouvant élever aucune objection, ils se turent.
— Accusé, dit le capitaine au chevalier, quels sont vos noms?
— Polyphème, chevalier de Crouslillac.
— Un Gascon! dit M. de Cheineraut entre ses dents , j'aurais dû m'en douter à son ini pudence : avoir été le jouet d'un tel misérable !
— Votre profession? continua le capitaine.
— Pour Je moment... celle d'accusé devant un tribunal que vous présidez dignement capitaine, car vous ne voulez pas , avec raison, que l'on pende les gens sans les entendre.
— Vous êtes accusé d'avoir sciemment el méchammcnl tionipé M. de Clicmeraul charge
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d'une mission (J'Elal pour le service du roi notre maître.
— C'est M. de Cliemeraut qui s'est trompe lui-même, il m'a appelé monseigneur, et j'ai répondu innocemment à ce nom.
— Innocemment ! s'écria M. de Chemeraut en fureur ; comment , misérable , tu n'as pas abusé de ma confiance par les plus atroces mensonges ; tu ne m'as pas surpris les secrets les plus importants par ton impudente trahison ?
— Vous avez parlé... j'ai écouté... je dois même déclarer, pour ma justification , que vous m'avez paru singulièrement bavard... Si c'est un criuie de vous avoir entendu... vous avez rendu ce crime énorme...
Le capitaine fît signe à M. de Chemeraut de contenir son indignation, et dit au Gascon :
— Voulez-vous révéler ce que vous savez, relativement à Jacques duc de Monmouth , voulez-vous nous apj)rendre par suite de quels événements vous avez pris ses noms et ses titres?
Crouslillac voyait sa position devenir très inijuiélante , il eut envie de tout révéler, il pouvait s'adresser aux partisans dévoués du prince, s'assurer de leur appui en leur annon-
çanl que le duc avait été sauvé grâce à lui ; niais un scrupule honorable le relint, ce secret n'était pas le sien , il ne lui appartenait pas de trahir les mystères qui avaient caché et protégé l'exisleucc du prince et qui pouvaient la protéger encore.
La chasse.
Loi'Siiue le capitaine iiiliina do nouveau à Croustillac l'ordre de révéler tout ce qu'il savait sur le duc, l'aventurier répondit cette fois avec une fermeté pleine de dignité :
— Je n'ai rien à dire à ce sujet, capitaine. Ce secret n'est pas le mien.
— Tonnerre et sang, la question va te faire parler! s'écria Mortimer; qu'on allume deux juéches soufrées, je les lui mettrai moi-même
s*il le faut sous le menlon, ça lui déliera la langue... et nous saurons où est notre Jacques... Ah ! j'avais bien un pressentiment que je ne le verrais pas.
— Je dois vous faire observer, dit le capitaine au Gascon, que si vous vous obstinez dans un coupable silence, vous compromettrez ainsi de la manière la plus grave les intérêts du roi et de l'Élal, et l'on sera forcé de recourir à de dures extrémités pour vous faire parler.
Ces paroles calmes , prononcées par un homme à figure vénérable, qui depuis le commencement de celte scène avait tâché de calmer la violence des adversaires de Croustillac, firent sur celui-ci une vive impression, il frissonna légèrement, mais sa résolution ne fut pas ébranlée ; il répondit d'une voix assurée :
— Excusez-moi , capitaine, je n'ai rien à dire et je ne dirai rien.
— Capitaine ! s'écria M, de Chemeraut, au nom du roi, dont j'ai les pouvoirs, je déclare formellement que le silence de ce criminel peut porter un grave préjudice aux intérêts de Sa Majesté et de l'État. J'ai trouvé cet homme dans la propre maison de milord duc de Mon mouth, nanti même d'objets précieux apparte-
nant à ce seigneur, tels que 1 cpée de Charles I", une boîte à portraits, etc.; tout concourt enfin à prouver qu'il a sur l'existence de Sa Grâce le duc de Monmoutli , les renseignements les plus précis ; or, ces renseignements sont de la plus haute importance relativement à la mission dont le roi m'a chargé... Je re quiers donc que l'accusé soit immédiatement contraint de parler par tous les moyens possibles.
— Oui, oui, la question ! répétèrent les lords.
— Réfléchissez bien , accusé , dit encore le . capitaine , ne vous exposez pas à de terribles rigueurs; vous pouvez tout espérer de notre indulgence, si vous dites la vérité... sinon, prenez garde !
— Je n'ai rien à dire , reprit Croustillac , ce secret n'est pas le mien.
— Il s'agît d'une cruelle torture , dit le capitaine, ne nous forcez pas de recourir à ces extrémités.
Le Gascon fit un signe de résignation et répéta :
— Je n'ai rien à dire.
Le capitaine ne put dissimuler son chagrin d'être obligé d'employer de pareilles mesures , il sonna.