CÈNE VI
J'y suis déjà tombé tout-à-l'heure, n'importe!... Montrons-lui quel désordre ici Clorinde apporte, Que sa famille en souffre et que lui-même y perd Le bonheur du seul rôle à la vieillesse offert ; Ajoutons le tableau, si j'épouse Célie, D'adorables marmots barbouillés de bouillie Qui lui tirent la barbe en bégayant son nom ; Et parbleu! la Clorinde est perdue...
FABRICE
Hélas non Av^c tous ses amis il s'est brouillé pour elle, Voudra-t-il écouter la voix d'un fils rebelle? Contre ces passions d'ailleurs rien n'est puissant Ni liens d'amitié, ni même ceux du sang. L'amour chez les vieillards a d'étranges racines Et trouve, comme un lierre aux fentes des ruines, Dans ces cœurs ravagés par le temps et les maux Cent brèches où pousser ses tenaces rameaux. 11 se prend au besoin égoïste et morose D'espérer pour soi-même encore quelque chose, ^A l'ennui de se voir par d'autres remplacé, Au souvenir amer de l'heureux temps passé, Au chagrin d'être laid, en un mot à l'envie De rebrousser chemin et rentrer dans la vie. Voilà par quels crampons l'amour lui tient au cœur, Voilà de quel lien j'attaque la vigueur.
HORACE
A ce compte, je vois peu de chances qu'il rompe.
FABRICE
La seule est de prouver au vieillard qu'on le trompe, Qu'on n'a d'amour pour lui qu'à cause de son bien... Mais ce n'est pas facile, à ne vous cacher rien.
HORACE
La drôlesse est habile et sait bien se conduire
L'important est d'abord ici de m'introduire Afin d'étudier notre intrigante à fond.
HORACE
Pourquoi ne pas venir simplement sous ton nom ?
FARRICE.
Parce que si je viens sous mon nom, la gaillarde Voyant mon intérêt va se tenir en garde.
HORACE
Rien de plus simple, prends le premier nom venu.
FARRICE.
Et de mon père alors si je suis reconnu ?
HORACE
Bon ! pour te déguiser n'as-tu pas de recettes ?