SCÈNE VL VI
HORACE
Non, mais mon oncle est près de se remarier.
FABRICE
Mon père?
HORACE
Lui-même, oui.
FABRICE
Quelle plaisanterie !
CÉLIE
Hélas ! rien n'est plus vrai.
Mon père se marie!
(A part.)
Je vois décidément qu'il n'a rien de perclus,
Et que je me forgeais des remords superflus !
Quelle caducité ! malepeste ! il se porte
Beaucoup mieux que son fils, ou le diable m'emporte,
(Haut.)
11 ne va pas, j'espère, épouser un tendron?
HORACE
Sa femme peut avoir vingt-cinq ans environ.
FABRICE
C'est une veuve ?
CÉLIE
Non.
FABRICE-
Peste ! une demoiselle !
HORACE
Encor moins !
FABRICE
Et quoi donc, alors?
Une donzelle.
Elle vient de Madrid avec un spadassin Qui lui sert, à son choix, de frère ou de cousin.
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Il se donne le don, et fait le gentilhomme.
Ils ont tous deux si bien travaillé le bonhomme,
Si bien circonvenu, si bien entortillé,
Qu'avec tousses amis pour eux il s'est brouillé.
Mon père furieux me refuse Célie
Tant que le sien sera coiffé de sa folie,
Et celui-ci piqué me bannit de ces lieux.
CÉLIE
Ce que vous avez vu n'était que des adieux.
FABRICE
Ah! mille millions de diables à mes trousses! Moi qui venais chercher des émotions douces, L'édification, la règle et le repos...
Certe il faut convenir que j'arrive à propos ! Il est beau le foyer paternel, et ce temple Que je me figurais est d'un touchant exemple ! Pourquoi suis-je venu, morbleu !
CÉLIE
Pour nous sauver.
Vous seul de ce malheur pouvez nous préserver; Vous êtes maintenant le chef de la famille.
Ah ! ce mot me rappelle ! oui, te voilà ma fille ! Le ciel que j'accusais surpasse mon espoir ; Je ne cherchais que l'ordre et trouve le devoir ! Hé bien, je suis content ! cette fière pensée Relève la vigueur de mon âme affaissée ; Je puis sauver mon père et ma sœur à la fois... Je ne suis plus sur terre un inutile poids !
HORACE
Mon oncle t'aime au fond et suffit qu'il te voie Pour que son cœur se fonde en paternelle joie ; Profitons du moment pour frapper les grands coups : Pendant qu'il est ému tombons à ses genoux...