‹ L'aventurière, comédie en cing actes et en versChapitre 15 sur 76 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Don ANNIBAL, Dona CLORINDE.

(Ils entrent par la porte du fond.)

CLORIÎVDE.

Personne.

Il faut qu'il soit sorti, le vieux papa.

CLORINDE

Que dit don Annibal ?

Rien : c'est Franca Trippa Qui s'échappe... Rentrez dans votre peau, maroufle; Faites le mort, coquin, retenez votre souffle !

CLORINDE

Observe-toi, de grâce!

Oui dà ; franc animal !

N'élevez plus la voix devant don Annibal.

CLORINDE

Mucarade est allé chez quelqu'ami sans doute.

Il n'en a plus.

CLORINDE

Qui sait?

ANNIEAL.

Il promène sa goutte, Voilà tout; il n'est là rien de bien alarmant.

CLORINDE

Que veux-tu? J'ai dans l'âme un noir pressentiment. Toi qui ne crois à rien, tu diras que c'est bête, Mais ce miroir cassé me trotte dans la tête.

Laisse-moi donc tranquille avec ton sot miroir. Que veux-tu qu'il arrive ?

CLORINDE

Est-ce qu'on peut savoir?

il suffit d'un hasard pour nous faire connaître.

Il faut que ce hasard entre par la fenêtre, Car nous avons fermé la porte à tout venant.

CLORINDE

Peux-tu d'un tel sujet parler en badinant?

Moi? je tiens plus que toi, ma sœur, à ton douaire.

CLORINDE

Ne seras-tu jamais qu'un intrigant vulgaire ? Ne peux-tu te hausser à d'autre ambition Qu'à celle de gagner un méchant million ?

Tout doux ! — Les millions sont de bonnes personnes Qui ne méritent pas le nom que tu leur donnes, Et l'on n'en cite pas un seul — je dis pas un — Qui d'aucune façon ait fait tort à quelqu'un. Mais toi-même, malgré ton mépris magnanime, Tu ne leur peux, au fond, refuser ton estime, Et c'est leur témoigner, je crois, assez d'égard Que consentir pour eux à l'hymen d'un vieillard.

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