SCENE IV
M UC ARA DE
Dix lignes !
FABRICE^ à part.
Dans le fait, je récrirai. (Haut.) Pardon , J'ai pour vous un envoi plus ample.
MUCARADE.
Donnez donc !
FABRICE
C'est que... c'est que je l'ai laissé dans ma valise.
Le nom de votre auberge ?
FABRICE
Au grand Cerf , près l'église.
M UC ARA DE
Vite, ma fille, envoie un valet la chercher,
Et dis que l'on prépare une chambre à coucher,
(Célie sort.) Car vous n'habiterez de maison que la mienne. Vous que mon fils m'adresse et veut que je retienne! Pauvre enfant I j'aurai joie à m'en entretenir.
C L O R I A D E, bas à Annibal.
Voilà des entretiens qu'il nous faut prévenir.
MUCARADE.
Vous êtes son ami ?
FABRICE
Son ami très-intime.
MUCARADE.
11 me marque pour vous une incroyable estime.
FABBICE.
Je ne puis m' expliquer sa bonne opinion Que par notre parfaite et constante union.
MUCARADE.
Vous étiez donc unis en frères?
FABRICE
Plus qu'en frères !
Il n'écoulait que moi sur toutes ses affaires.
MCCARADE.
Vous étiez son mentor, monsieur Ulric?
FABRICE
Hélas!
11 goûtait mes avis et ne les suivait pas. Mais lorsqu'il se trouvait à bout d'extravagances, Il regrettait cent fois mes sages remontrances, Et cent fois me jurait qu'on ne l'y prendrait plus. Inutiles regrets et serments superflus !
MU CARABE
Oui, oui, le cœur est bon, mais la tête est terrible. Je suis comme cela, moi, fougueux et sensible... Mais j'écoute aisément un sage conseiller.
C L 0 R I N B E , bas à Annibal.
Tu l'entends?
ANNIBAL, de même.
Encore un qu'il nous faut renvoyer.
MU CARABE à Fabrice.
Il a pris un état pour vivre, je suppose, Car le bien de sa mère était fort peu de chose.
FABRICE
En moins d'une bouchée il l'eût, je crois, mangé, Si les faveurs du jeu ne l'eussent allongé.
MUCARABE.
Ici la ressemblance avec son père cesse : Heureux au jeu, dit-on...
FABRICE
Malheureux en maîtresse ?
11 le fut : il en eut beaucoup. Il en eut tant Qu'un jour il s'éveilla n'ayant plus rien comptant Que la cape et l'épée; il se mil au service, El s'appelle aujourd'hui le colonel Fabrice.