F A BRICK
Oh î que courte est la vie !
ANÎVIBAL, chantant.
Quand on est mort on ne mord plus
Que la poussière.
Quand on est mort on ne mord plus, On est mordu !
(Il boit.)
L'ivrognerie, un vice ignoble ? Ut ! buveur d'eau ! . . .
Un ivrogne ressemble au céleste flambeau,
Au soleil, n'en déplaise à ta vieille faconde :
Tout tourne autour de lui : c'est le centre du monde !
— Mais c'est égal ; la vie est trop courte, mon cher.
Notre âme est immortelle , oui ; mais la pauvre chair?
FABRICE
Buvez.
ANIVIBAL.
Mordieu I trinquons, monsieur l'homme d'Église, Car je veux vous griser aussi, si je me grise !
FABRICE
Soit, à votre santé, mon brave.
A N NI B A L
A ma santé! (il boit.) Quoiqu'elle vous soit bien égale, en vérité.
Qui dit cela ?
A NUI BAL
Voyons, pleureriez vous ma perte Si je mourais demain d'indigestion !
FABRICE
Certe.
Laissez-moi donc tranquille avec votre amitié !
Peut-être en moins d'un an tu m'aurais oublié !
Oui, va, tu fais semblant de m'aimer, âme vile,
Parce que tu vois bien que je peux t'être utile ! . . .
Que je suis malheureux, mon Dieu, mon Dieu ! jamais
Je n'ai pu me fier à ceux-là que j'aimais !
Ah ! c'est un lourd fardeau, vois-tu, qu'une âme tendre
Quand on n?a pas quelqu'un qui vous puisse comprendre l
Mais dis-moi le motif au moins de ton mépris,
Que je me justifie.
FABRICE
Allez, vous êtes gris.
ANNlBALc
Moi gris ? c'est qu'il le croit, l'abbé, Dieu me bénisse! — A preuve, je m'en vais te réciter Phénice , Et si je manque un vers (de mon rôle s'entend), Tu pourras me traiter de buveur impotent.
Vous êtes comédien?
Tiens, il en doute encore !
\e tenais à Madrid l'emploi de Matamore !