SCÈNE VI
FABRICE et ANNIBAL attablés. MUCARADE, CLORINDE.
CLORITVDE.
Non, non, vous ne pouvez quitter votre hôte ainsi.
FABRICE
Et votre sœur ?,
Ma sœur était actrice aussi.
CTORINDE.
Vous êtes fou !
ANNIBAL, qui tourne le dos à sa sœur.
Moi, fou, l'abbé? Tu peux m'en croire; Elle a joué deux ans les Agnès avec gloire.
MUCARADE.
Qu'entends-je?
CLORINDE
Mais, seigneur, le misérable est gris.
Pas plus que toi, l'abbé! Je sais ce que je dis. Elle était bonne actrice et pour telle connue... C'est de là que lui vient ce maintien d'ingénue Par lequel aujourd'hui le bonhomme est dupé!
MUCARADE, à Clorinde.
Qu'avez-vous à répondre ?
CLORINDE
Oui, je vous ai trompé.
MUCARADE.
Ouf! Je ne puis parler tant ma surprise est grande.
ANNIBAL, bâillant.
Plus haut, l'abbé, plus haut si tu veux que j'entende.
(Il s'endort sur la table; Fabrice se lève et passe auprès de Mucaradc)
MUCARADE.
Scélérate, c'est donc...
CLORINDE
Pas d'injures, seigneur; En daignant vous tromper je vous faisais honneur.
MU CAR AD E
Quoi!..
CLORINDE
Je n'exige pas votre reconnaissance ; Seulement quittons-nous, de grâce, avec décence...
MUCARADE.
Avez-vous bien le front , malheureuse...
CLORINDE
Je vois Que l'on ne peut rien faire entendre à des bourgeois.
MUCARADE, à Fabrice.
Voyez que l'impudente, en coquine parfaite, Au lieu de se cacher, du haut en bas me traite !
CLORINDE
Je vous connaissais mal, et rends grâces au ciel Qui me découvre à temps ce grossier naturel. Certes, j'allais commettre une belle équipée ! Je ne me plaindrai pas d'avoir été trompée ; Mais vous devez sentir désormais qu'entre nous Il n'est plus question d'épouse ni d'époux.
MUCARADE.
Vous l'entendez, monsieur!
FABRICE
Mon Dieu, que vous importe 1
MUCARADE.
Il ne lui reste plus qu'à me mettre à la porte !
CLORINDE
Assurément, chez moi je vous mettrai dehors : Chez vous, monsieur , je fais l'équivalent, je sors.