‹ L'aventurière, comédie en cing actes et en versChapitre 31 sur 76 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MUCARADE, CLORINDE, ANNIBAL endormi,

CLORINDE

Ma présence vous pèse ; Mais prenez patience encor quelques instants : Vous n'aurez pas l'ennui de me voir bien longtemps.

MUCARADE.

Fort bien 1 — N'essayez pas au moins de vous défendre I

CLORINDE

Après vos procédés? . . . ce serait trop descendre ! Conservez le soupçon, pour vous-même obligeant, Que votre seul mérite à mes yeux est l'argent.

Et quand je le croirais ?

CLORINDE

Il vous est tout loisible ; Permettez seulement qu'on vous trouve risible ;

H ACTE lî.

Car pour s'abandonner à des soupçons si bas, Il faut être au moins riclïe, et vous ne l'êtes pas,

M UC ARA DE

Je ne le suis pas ?

CLORIINDE.

Non.

MlICARADE.

Dix mille écus de renies. . .

CLORINDE

Eh! seigneur, ce sont là les fortunes courantes. . .

On ne se baisse pas pour ramasser si peu,

El pour tricher, au moins je jouerais plus gros jeu!

MUCARADE.

Pourtant. . .

CLORINDE

Ignorez-vous que les aventurières Gaspillent tous les jours des richesses princières ? Si j'étais ce qu'ici vous osez soupçonner , Je prendrais des amants plus longs à ruiner.

J'avoue. . il est certain. . . il n'est pas vraisemblable. . . Que l'appât de mon bien vous soit considérable. . . Cependant, hors mon bien, que convoitiez-vous donc ?

CLORINDE

Ce que je convoitais, seigneur ? — c'est votre nom, C'est la gloire de vivre en épouse pudique, C'est la sérénité du loyer domestique , En sort de modestie et de paix revêtu, Ce que je convoitais enfin, c'est la vertu ! Voilà pourquoi, seigneur, j'ai quitté le théâtre Et l'applaudissement d'un public idolâtre, Voilà l'ambition qu'en mon cœur je nourris , Et qui m'a justement valu votre mépris.

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