SCÈNE VIÏ
M UC ARA DE
Mais si vous aviez eu l'intention si pure,
Est-ce que vous auriez employé l'imposture ?. . .
ClORINDE.
Mais tant que vous n'étiez pour moi qu'un étranger Rien à me découvrir pouvait-il m' obliger?
MUCARADE.
Il est vrai : mais plus tard vous auriez dû m'inslruire.
CLORINDE
Plus tard . . . c'était trop tard. . .
MUCARADE.
Pourquoi ?
Faut-il le dire?
Je vous aimais, j'étais fière de nos amours Et manquais de courage à déranger leur cours.
MUCARADE.
Quoi ! c'était par amour ! . . . pauvre petite femme ! — Que je couronnerais volontiers votre flamme ! Hélas! pourquoi faut- il qu'un méchant préjugé Sous ses absurdes lois ait le monde rangé?
CLORINDE
Respectez-le, seigneur : vous n'êtes plus dans l'âge Où l'on rompt follement en visière à l'usage.
MUCARADE.
Plus dans l'âge?...
CLORINDE
Je quitte un espoir insensé :
Nul ne peut secouer l'implacable passé ! Je vois que la vertu m'est à jamais fermée, Et retourne à Madrid chercher la renommée Dont peut-être l'éclat, joint aux folles amours, D'un semblant de bonheur étourdiia mes jours.
MUCARADE.
O Dieu ! d'autres amants.. .
CLORINDE
Je renonce à la lutte...
Il faut bien succomber si le ciel veut ma chute ! J'avais rêvé pourtant un sort plus glorieux !
Ce col, ces mains, ces bras, cette bouche, ces yeux, Tant de jeunesse... un autre!... épousez-moi, madame, Et si ce n'est pour moi que ce soit pour votre âme !
CLORINDE
Non, seigneur. Une femme oulragée à ce point Doit à sa dignité de ne pardonner point.
MUCARADE.
M'est-il donc échappé des mots ?...
CLORINDE
Irréparables.
MUCARADE.
Ah ! la langue maudite ! ah! langue à tous les diables ! Epousez-moi, madame, et par mes soins soumis...
CLORINDE
Restons-en là, seigneur, et quittons-nous amis.
MUCARADE.
Quoi...
CLORINDE
Vous avez rendu tout le reste impossible.
MUCARADE.
Craignez mon désespoir, il peut être terrible !
CLORINDE
Mais si je vous pardonne aujourd'hui, dès demain Peut-être vous voudrez retirer votre main ?
M 11CARADE.
Je vous épouse avant la fin de la journée.