A N IV 1 B A L
On me fait tant d'honneurs aujourd'hui l
MUCARADE.
Qui l'aurait deviné? ce jeune homme ! mon hôte...
CLORINDE
Je n'en suis pas surprise ; il a la mine haute.
Allons donc ! son pourpoint et son feutre fané Indiquent tout au plus un prince ruiné.
MUCARADE.
Plus on est grand et plus il faut qu'on se déguise Mon fils m'écrit... mais non... le trouble, la surprise M'étranglent, . . lisez vous.
(Il donne la lettre à Clorinde.) CLORIISDE, lisant.
« Mon cher père, Ulric n'est pas un bourgeois de Munich » ainsi que }'ai été forcé de vous le dire dans sa lettre » d'introduction. C'est le prince d'Heidelberg, un des plus » riches de l'Allemagne ; il voyage déguisé, par esprit roma- » nesque, cherchant une femme dont il soit aimé pourlui- » même. Ne laissez pas échapper une si belle occasion de » marier ma sœur ; elle doit être charmante, et le prince ne » tient ni au bien ni à la naissance. »
MUCARADE.
N'est-ce pas un roman?
AWNIBAL.
Rien n'est plus naturel chez un prince allemand. Les gens de ce pays sont d'humeur si baroque !
MUCARADE.
Gardez votre cher fils, mon frère, l'on s'en moque ! Ah! vous enragerez, monsieur le délicat, Lorsque vous me verrez pour gendre un potentat l Un prince, Dieu puissant ! Mais pourvu que Célie Veuille bien se prêter à lui sembler jolie !..,
La solle est romanesque et le petit cousin
Pourrait mettre en son cœur obstacle à mon dessein...
Les filles, à seize ans, sont tôt persuadées.
M UC A RADE
Non, non ! Célie est ferme en ses jemies idées ; L'innocente m'a l'ait cent réponses déjà Où je n'aurais pas cru que son esprit songeât. Je suis si maladroit et son humeur est telle Que je gâterai tout pour peu que je m'en mêle...
(A Clorinde.)
Vous seule la pourriez peut-être manier.
Croyez-vous ?
M UC ARA DE
Essayons. — Je vais vous l'envoyer.
(Il sort.)