SCÈNE V
Mais, chère enfant, il sait ton histoire !
Pas toute, Et ce qu'il en connaît, bien loin de ni'avoir nui, M'a mise en bonne odeur de vertu près de lui. Sans plus amples détails, tu ne me crois pas folle? Je pourrais l'épouser, je le peux, ma parole.
Je te croirais assez, n'était un petit point :
Tu dis que tu le peux et que tu ne veux point.
Pour être vrai, mon cœur, c'est trop noble ou trop bêle
ClORINDE.
N'est-ce pas que c'est bien et d'une femme honnête?
N'est-ce pas que je peux sans scrupule à présent
Prendre place parmi ce monde méprisant,
Et que j'y paie assez mon droit de bienvenue
Pour ne pas y rougir comme une parvenue ?
O mon frère! sens-tu quel légitime orgueil
C'est d'entrer là sans mettre un masque sur le seuil î
Ce n'est plus mon fantôme, une apparence vaine
Qu'à ce rang souhaité j'introduis à grand peine,
C'est moi-même, c'est moi, c'est ma réalité
Qui respire à son aise en pleine honnêteté ï
El c'est pour un motif de vanité si mince Qu'on te voit dédaigner l'alliance d'un prince? Prends-le, morbleu! s'il est prenable dans tes rets! Tu pourras toujours être honnête femme après.
Non, l'heure m'en serait à tout jamais ravie, Car je suis au dernier carrefour de ma vie; Si je ne change pas de roule en ce moment, Je ne trouverai pas un autre embranchement.
60 ACTE lit
Faut-il n'être qu'un àne et ne pouvoir répondre! Une poule aux œufs d'or qui redise de pondre!...
CLORINDE
Et de quoi te plains-tu, parasite effronté? Ne peux-tu te tenir où je t'ai transporté? Nous avons assez fait le mal de compagnie; Ne demande plus rien, ô mon mauvais génie! Laisse-moi désormais, si je puis oublier, Avec le monde et moi me réconcilier.
ANNIBA L.
L'infortunée!... Elle est stupirie! elle est stupide!