SCENE III
CLORINDE, àCélie.
Je ne vous parle ici qu'au nom cle votre père ; Ainsi daignez ne pas le trouver trop mauvais. 11 vous attend en bas pour vous parier.
J'y vais.
(Elle sort.) CLORINDE, à part.
Bien, j'ai mis père et fille adroitement aux prises Et l'entretien d'ici ne craint plus de surprises.
(Haut.)
Vous voyez que je tiens parole...
FABRICE
Heureux vieillard !
Pourquoi n'est-ce pas moi qui reste, et lui qui part ?
CLORINDE
Ah! je demande aussi pourquoi la destinée Au plus digne d'abord ne m'a pas amenée. S'il m'eût été plutôt accordé de vous voir, J'aurais pu vous aimer sans trahir mon devoir.
FABRICE
M'aimer! vous auriez pu m'aimer... 0 ciel î qu'entends-je Mais non : votre pitié veut me donner le change... Celte félicité n'est pas faite pour moi...
CLORINDE
Que ne suis-je maîtresse encore de ma foi !...
FABRICE
Ah ! tu m'aimes... l'aveu malgré toi t'en échappe... Comme un rayon soudain, tant de bonheur me frappe Et j'en suis ébloui... ne le retire pas Cet adorable aveu, redis-le moi tout bas. .
CLORINDE
Ayez pitié du trouble où je suis.
Je t'adore !
Va, nous serons heureux, il en est temps encore,
Car tu n'as rien signé, rien juré...
CLOKINDE.
J'ai promis.
FABRICE
A ces promesses-là l'amour n'est pas soumis... Tu m'appartiens...
CLORIPiDE.
Hélas !
FABRICE, à part.
Çà, quel nouvel obstacle ?
CLORINDE
De ce vieillard en pleurs soutenir le spectacle !.. . Mon cœur se briserait devant son désespoir Et je renonce à tout plutôt que de le voir.
FABRICE, à part.
Sa sensibilité ne veut pas qu'on s'explique :
Mon père éventerait toute sa politique,
C'est clair. Rassurons-la. (Haut.) Croyez que son courroux,
Madame, me serait aussi cruel qu'à vous...
Mais qu'un départ secret de ses pleurs nous délivre.
CLORI1VDE.
Fuir, Seigneur ?
FABRICE
M'aimez-vous assez pour m'oser suivre ?
Je suis pauvre !
CLOR IN DE
Ah ! partons, seigneur, quand vous voudrez, Parlons.
FABRICE
Je me prosterne à les pieds adorés !
(Il tombe à ses genoux ; entre Mucarade )