‹ L'aventurière, comédie en cing actes et en versChapitre 56 sur 76 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les mit devant nos yeux... au moment, maCélie, Où tu disais le mot qui pour jamais nous lie. . . Fut-ce l'ombre ou l'aveu qui rompit l'entretien ? Nous rentrâmes chez nous sans plus ajouter rien.

CELIE

Oui, mais le doux silence et les douces pensées î

Nos âmes se taisaient, de quel bonheur pressées !

Te souvient-il encor de la beauté des deux

Et comme autour de nous tout souriait aux yeux ?

— Ah! c'est nous qui riions à la nature entière

Et nos cœurs qui versaient aux cieux tant de lumière,

HORACE

Que le chemin fut court qui ramenait chez nous î

CELIE

En arrivant au seuil tu tombas à genoux, Tu me baisas la main sans dire une parole, Et du côté des champs tu pris ta course folle.

J'avais peur de trouver quelqu'un qui m'eût parlé

Et je passai la nuit sous le ciel étoile,

Ivre et me répétant sans relâche à moi-même

Ces mots qui m'enivraient : cher Horace, je l'aime f

CÉLIE

Cher Horace, je t'aime et t'en donne ma foi, Je n'ai jamais aimé ni n'aimerai que toi. Je t'appartiens depuis l'enfance, et mon envie Est de f appartenir jusqu'au bout de la vie.

HORACE

Dès l'enfance, à jamais! le passé, l'avenir, Nous avons tout commun, espoir et souvenir!

FARRICE.

Ah ! maudite à jamais soit la première femme Qui de ce droit chemin a détourné mon âme ! Maudit soit le premier baiser qui m'a séduit,

Maudit tout ce qui m'a loin du bonheur conduit !

CE LIE

Mon frère . . .

FABRICE

Ma blessure ancienne s'est rouverte Plus profonde en voyant la grandeur de ma perle, Et ma haine s'allume, au lieu de mon mépris, Au spectacle du bien que ces femmes m'ont pris. C'est trop peu du dédain, il faut de la vengeance Contre cette impudique et venimeuse engeance. Sans elles, Dieu puissant î il me serait connu Le pur ravissement d'un amour ingénu ; Ma jeunesse au soleil se fût épanouie Par un hymen fécond doucement réjouie ; Enfin, peu soucieux de la fuite du temps, J'attendrais la vieillesse entre de beaux enfants, Et je pardonnerais sans peine aux jours rapides Qui, grandissant mes fils, m'ajouteraient des rides. — Ce bonheur, je ne peux en jouir que par vous, Enfants, mais le spectacle encor m'en sera doux !

HORACE

Pauvre ami î

FABRIC E.

Chut ! on vient C'est celte créature.

Laissez-nous seuls et toi prépare la voiture. Par où sors-tu ?

HORACE

Parbleu ! par où je suis entré...

Cette maison n'a pas une porte à mon gré.

(Il sort par le balcon.)

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