‹ L'aventurière, comédie en cing actes et en versChapitre 61 sur 76 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FABRICE

Tenez, le persifflage est au moins inutile, Et, croyez-moi, laissez ma colère tranquille.

CLORINDE

Lâchez, lâchez le monstre : en ces occasions Je suis comme Daniel dans la fosse aux lions. J'ignore jusqu'ici quels lions sont les vôtres, Mais vraisemblablement j'en ai dompté bien d'autres. Enfin, pour parler franc, vous me gêneriez fort De ne pas vous donner vers moi ce dernier tort.

FABRICE

Il vous faut un sujet d'obtenir qu'on me chasse, Je comprends.

CLOR1NDE.

Vous avez un esprit très-sagace.

FABRICE

Mais quittez ce souci : je ne suis pas d'humeur A prêter ma présence à notre déshonneur; 11 suffit que la honte entre par une porte, Pour que Fabrice prenne aussitôt l'autre et sorte.

La honte? Un peu d'aigreur au vaincu se conçoit; Mais le terme est grossier et passe votre droit. Que mon honneur ou non vous semble une chimère» Songez bien que je vais remplacer votre mère.

FABRICE

Ma mère ! — Misérable ! . . .

CLORINDE

Ah!

FABRICE

Ma mère! Osez-vous Parler de cette sainte autrement qu'à genoux , Vous courtisane, vous menteuse, vous infâme !

C L ORIND E.

Songez, en me parlant, que je suis une femme, Seigneur.

FABRICE

N'espérez pas vous couvrir de ce nom.

Vous une femme? Un lâche est-il un homme? Non... Eh bien ! je vous le dis : on doit le même outrage Aux femmes sans pudeur qu'aux hommes sans courage ; Car le droit au respect, la première grandeur, Pour nous c'est le courage et pour vous la pudeur. La sainte dignité que vous avez salie, Au Heu de l'invoquer, souhaitez qu'on l'oublie. Vous seule, songez-y, mais pour pleurer sur vous, O femme sans amour, sans enfants, sans époux! Étrangère au milieu des tendresses humaines, La glace de la mort est déjà dans vos veines, Et quand vous descendrez au néant du cercueil, 11 ne s'éteindra rien en vous qu'un peu d'orgueil I C'est votre châtiment. — Aussi, je vous l'atteste, Vous me feriez pitié, si vous n'étiez funeste. . . Mais lorsque je vous vois, vos pareilles et vous, Répandre vos poisons dans les cœurs les plus doux ; Quand surtout vous voulez, par d'odieuses trames, Prendre dans nos maisons le rang d'honnêtes femmes , A côté de nos sœurs lever vos fronts abjects, Et comme notre amour nous voler nos respects î... Tiens, va-t-en...

CLORIIN DE , à part.

Ohî j'ai peur...

FABR ICE

Va-t-en !

C L O R 1 IV D E, à pari .

Mon Dieu !

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