‹ L'aventurière, comédie en cing actes et en versChapitre 65 sur 76 · SCÈNE î · texte numérisé non relu

SCÈNE î

ANNIBAl.

Hein ? quel nouveau caprice?

CL OR IN DE

Je veux me relever du mépris de Fabrice.

Parbleu ! je te savais femme au sourcil hautain. Mais je n'aurais pas cru que ton orgueil le tînt Jusqu'à sacrifier l'intérêt à la gloire.

CLORINDE

Ce n'est pas seulement l'orgueil.

Que faut-il croire?

CLORINDE

Tout ce que tu voudras. Je ne sais où j'en suis, Ni quel trouble m'émeut, ni quel instincl je suis.

Le petit Dieu d'amour t'aurait-il attrapée?

CLORINDE

Quelle âme violente ! — Il m'a presque frappée.

Ah! tu l'aimes alors ! T'éprendre d'un brutal,

Ah ! sotte ! ah ! triple femme ! ô contre- temps fatal !

Toi qui jusqu'à présent de ton cœur économe...

CLORINDE

C'est la première fois que je rencontre un homme, Un cœur impétueux sur qui je ne peux rien , Un courage en un mot supérieur au mien. Je me sens la plus faible et suis fière de l'être. . , Étrange volupté de fléchir sous un maître !

Turlututu. — Tu vas épouser le vieillard.

CLORINDE

Jamais,

Quest-ce que c'est? Aujourd'hui, pas plus lard Assez batifoler comme cela, ma chère; La sensibilité ne vaut rien en affaire. Puisque tu perds le sens, j'en aurai pour nous deux. Je veux ce mariage, entends-tu ? Je le veux. Si Fabrice t'est cher, si lu tiens à sa vie, Que ma volonté soit de point en point suivie.

CLORINDE

Que veux-tu dire?

Rien que de simple : choisis Ou de l'hymen du père ou de la mort du fils.

CLORINDE

Tu l'assassinerais?

AK [H il BAL.

Fi! suis-je un misérable?

Je tuerai le galant de façon honorable.

CLORINDE

S'il s'agit d'un vrai duel, va, je suis sans effroi, Mon pauvre ami ; Fabrice est plus vaillant que toi.

Qu'importe ? le fameux Matapan de Spolète M'a-l-il pas fait cadeau d'une botte secrète Avec quoi je tuerais le grand diable d'enfer? J'ai percé trois prévôts d'armes avec ce fer.

CLORINDE

S'il est ainsi, tu n'es qu'un lâche.

A ton service.

N'épouse pas le vieux, tu verras Ion Fabrice! Et n'imagine pas que je vais l'épargner Si, par suite, à sa mort je n'ai rien à gagner. Je suis un bon vivant, mais j'aime la vengeance :

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