‹ L'aveu; comédie en trois actesChapitre 61 sur 75 · ACTE troisièml · texte numérisé non relu

ACTE troisièml

prends pas... non! là! vrai! je ne comprends pas ! (Rire vainement contenu.)

iMADAMK DAUTRESME, vivcmcnt.

Alors, pourquoi riez-vous ? Allende/, d'avoir compris... Ce n'est |)eut-être pas drôle...

MARMER

Oh ! a je ne comprends pas ! » Je comprends loul au moins qu'il joue là un drôle de personnage...

MADAME DAUTRESME

En quoi ?

MARNIER

Enfin vous avouerez bien que ce n'est pas son rôle, à lui, mari. Il n'est pas besoin de le dire... cela se sent, cela saute aux yeux ! [Approbation très discrète et amusée de V auditoire.) Demandez à n'importe qui. [Tous cessent (C approuver.) Ce que Dautresme fait là est absolument !... Il n'y a pas à dire, ce n'est pas son rôle !

MADAME DAUTRESME, aigreur.

Oui, son rôle serait d'être jaloux, tyrannique et trompé comme tant d'autres !

MARNIER, se redressant, plein de dignité. Dieu merci, madame, en dépit des exagérations intéressées d'une certaine catégorie de personnes, la grande majorité de nos femmes françaises... [Tous deux se sont levés dans une dispute imminente. Madame de Cerne s'interpose.)

MADAME DE CERXE^ ton d'autorité.

Monsieur Marnier !... Berthe!...je vous en prie!...

MARNIER

Pardon ! j'ai lorl... je...

madame de cerne Vous voyez le danger d'agiter des questions pareilles... A quoi bon? grand Dieu! puisque chacun a son opinion et n'en démord pas.

MARNIER

Pardon... je ne me serais jamais permis, si madame n'avait vivement insisté...

MADAME DE CERNE, à part.

Imbécile ! [Haut.) Vous devriez le savoir. On ne demande jamais que des avis conformes... [Marnier s'incline et descend au premier plan, causant avec de Cerne), MARNIER, sourdement irrite, bas.

On ne peut laisser proférer devant sa femme des théories pareilles sans les relever vertement... Elle n'aurait qu'à vous les appliquer... N'êtes-vous pas de mon avis ?

DE CERNE, sourdement irrité, bas.

Absolument... mais madame Dautresme est chez moi...

MARNIER

Au fait, ne craignez-vous pas pour votre femme l'influence...

DE CERNE

Sans doute ! mais que faire ? Nous ne pouvions lui refuser notre porte... Je compte du reste ne pas laisser une telle situation s'éterniser. Je ne voudrais pas que ma femme eût l'air de se solidariser avec cette épouse en rupture de ban... Quant à Dautresme...

MARNIER

Oh ! incroyable !...

ACTR TROISIÈME 91

DE CERNE

Absurde ! Quelle rcage de ne pouvoir rien faire romine les autres !

iMAIlNIEll

Trouver le moyen de poser môme pour ça !

DE CERNE

... Au fond il est furieux.

MARNIER

Furieux!... Du reste il commenee à baisser le ion. Il s'aperçoit qu'on le trouve grotesque. [Ils remontent. On entend madame Marnicr qui papote aux oreilles de madame Dautresme, visiblement ailleurs et très émue.\

MADAME DAUTRESME

Oui, ma chère, un devant crème sur un corsage caroubier et ça [Geste.) de dentelle en entre-deux... tu ne peux te figurer l'effet.

MARNIER, appelant. Jane... nous prenons congé...

MADAME MARNIER, se levant.

Et un point d'Alençon... merveilleux! [M. et madame Marnier prennent congé. Monsieur salut cércmonieii.K à madame Dautresme. Au moment de sortir, Marnier, saluant Cl reculons, se heurte à Belmont c/ui entre. Léger désarroi. Le lorgnon de Marnier est tombé : il se baisse pour le ramasser.)

MARNIER, baissé.

Ah ! mes yeux!... pardon... mille pardons.

HELAIONT, sans le reconnaître.

C'est moi, monsieur, qui... (Marnier, son lorgnon re-

trouvé, s'est redressé ; il se trouve nez- à nez avec Belniont. Stupeur.)

MADAME DE CERNE, éclat de rire.

Ah ! ah! parfait!... Vraiment, avouez que la Providence veut à tout prix votre réconciliation ! Vous ne pouvez le nier, devant témoin vous venez d'échanger des excuses réciproques...

DE CERNE

Il y a eu rencontre. Corps à corps même... Vous n'avez plus qu'à vous tendre la main... Allons ! allons ! de bonne grâce, ou l'on vous jette dans les bras l'un de l'autre ! Voyons, Marnier, vous n'allez pas éterniser par votre entêtement un malenlondu sans raison... C'est absurde ! C'est assommant ! Vous jetez la zizanie parmi nos intimes. On n'ose plus inviter l'un sans craindre que l'autre ne tombe entiers... Allons, Marnier, un bon mouvement !

MARNIER, indécision ahurie.

Mais, moi... je ne... seulement !... (// regarde sa femme, qui baisse les yeux très gênée : puis il regarde Belmont, guindé, figé.)

Belmont... du bon sens !... mettez-y du vôtre.

BELMONT regarde madame Maruier qui lui fait une

grimace de reproclie.

Moi... mais je ne... seulement...

MADAME MARNIER, lui tendant sa main li baiser. Allons ! je vous pardonne. [Joie générale. Belmont baise la main tendue. Marnier et lui se serrent la main.)

Page 1