‹ L'aveu; comédie en trois actesChapitre 9 sur 75 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME DAUTRESME, lui tendant la main. Geste de

congé.

Merci! Vous êtes gentil... [Elle ferme les yeux. Fausse sortie de d'Espreuil qui descend se rasseoir en face d'elle.)

MADAME DAUTRESME, rouvrant les yeux.

Encore là !

d'espreuil Vous me permettez bien de vous regarder ?

Comment!... vous voudriez rester?... Quelle plaisanterie !... Joli passe-temps !

d'espreuil

Exquis ! Vous ne connaissez pas, vous autres femmes, — l'architecture masculine n'est jamais qu'acceptable — le ravissement éprouvé à contempler une grâce parfaite. C'est une stupéfaction émerveillée ; on ne pense presque plus... On est là, de la joie plein les veux... on est... bien ! Tenez ! une conception que je m'étais toujours refusé à comprendre : le Paradis chrétien. Vous savez, la contemplation éternelle de Dieu toute beauté, toute bonté... eh bien, maintenant... Non! vraiment ! vous riez ?... [Sourire.] C'est très sérieux ce que je vous dis là.

madame DAUTRESME, riant.

Mais moi, quel sentiment voulez- vous que j'éprouve à me voir ainsi dévisagée ?

d'espreuil Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir... je n'y songe

même pas... L'amour est avant tout égoïste, songez si je dois être...

MADAME DAUTRESME, interrompant. Léger rire forcé.

Non, vraiment, cet œil sur moi ! Je ne joue pas les Caïn. [Geste de congé.)

d'espreuil

Encore ce geste !... Vous avez donc bien peur de rester un moment en tête-à-tête avec moi ?

madame DAUTRESME, gêne.

Peur ? Pourquoi donc ? [Résolution subite.) Au contraire, je vais profiler de l'occasion qui s'offre... j'ai à vous parler.

d'espreuil

Moi aussi j'ai à vous parler. Ecoutez-moi : « Madame, je vous aime «.

MADAME DAUTRESME, se levant.

Monsieur, quand cessera cette insultante plaisanterie ?

d'espreuil « Cessera », dites-vous. Vous aviez donc entendu, les autres fois ? Pourquoi dès lors feindre... ?

MADAME DAUTRESME

Lorsqu'un homme qu'elle avait le droit de croire son ami, se permet de lui jeter à la dérobée une déclaration qui est toujours une insolence, que peut faire une femme !... Se fâcher ?... Il n'est pas sûr que c'en soit la peine. Peut-être n'y a-l-il là qu'un enfantillage d'un moment... Un éclat pourrait être superflu, partant ridicule... En rire ? Certains mauvais plaisants y verraient un encouragement à poursuivre... C'est pourquoi je n'ai pas entendu.

Page 1