‹ L'Aveugle Dans Le Roman ContemporainChapitre 12 sur 12 · Harry Best, The Blind · texte numérisé non relu

Harry Best, The Blind

ébranlé, il ne demande qu'à reparaître, tant il tient aux racines mêmes de notre manière de sentir. Le lecteur moyen, qui est prêt à accepter dans un roman l'aveugle vrai, si on le lui présente avec habileté, accepte encore aussi bien ou plus facilement l'aveugle de fantaisie; je crains qu'il ne trouve en soi aucun critérium pour faire la différence entre les deux. Mais, je l'espère, le lecteur bienveillant qui m'a suivi jusqu'ici a senti la valeur esthétique de quelques-unes des œuvres dont nous avons parlé non moins que leur générosité. Si j'ai réussi dans mon dessein, il a eu conscience que, chemin faisant, nous frôlions ensemble parfois des beautés littéraires d'une qualité rare, jaillies de sentiments profondément humains. Ces sources nouvelles d'émotion esthétique que nos écrivains ont découvertes dans l'étude précise de la cécité, il a éprouvé, je pense, combien elles sont plus pures, plus riches que celles où s'alimentaient les peintures romantiques de l'aveugle. C'était bien au profit du sentiment pourtant que les romantiques sacrifiaient le réel. Mais l'infinie diversité du réel jette un défi à nos imaginations infécondes, et les émotions qu'il avoue, comme les vins de bon cru, portent dans leur saveur même une marque qu'aucune fabrique ne peut contrefaire.

Pierre Villey.

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