SCÈNE VI
Les Mêmes, DARCY.
DARCY, qui • eni«»4a le* fermier* Mi,
Hem ! partit ! quand j’arrive ? mais c'est absurde ça l
LOUISE
Monsieur Darcy !
SUZABNE.
I,e docteur !
ALBERT
Mon ami !
DARCY, eoonal i AU*'! q*< I* (Reich*, « lai ««mal I» iula.
Je suis venu à vous, mon cher Albert, aussitôt que j’ai su que vous ne pouviez plus venir à moi.
ALBERT, ln»Wroeo».
Ah ! vous avez appris... (s« rrpmaai.) Mats parlons de vous, docteur, de vous qui allez ramener un peu de gaieté dans notre maison. Ah! cela me fait du bien de serrer votre muin dans la mienne! Votre santé n'a pas souffert de cet éternel vojago?
SUZANNE
M. le docteur n’a pas changé du tout.
DARCY, riait.
Non, malheureusement. En quittant Nîmes ,Je me suis mis à courir comme un fou (r»pnuoi u>u 1 m) qui a peur de sa folie. De Paris, je suis allé aux Indes ; j’ai visité le Japon, la Chine. J’étais au Eamscliatka lorsque le Inuit de la guerre d’Orient arriva 1 jusqu'à moi; je me suis dit : Il faut aller là; et je suis allé en Crimée... en amateur. Quand je ramassais quelque pauvre I blessé sur le champ de bataille, à chaque boulet qui m’arrivait,
I ’c baissais la tète et je haussai l’épaule, mais je crois que les bouets en avaient peur, ils passaient par-dessus et je l'ai rapportée.
LOUISE
Avec la croix, monsieur Darcy?
ALBERT
Vraiment?
• DARCY
Oui.
ALBERT
Elle est placée sur un noble cœur.
DARCY
C’est ce qu’a bien voulu me dire le maréchal quand j 'hésitai* à l'accepter. Mais je ni oublie là à voua parler sottement de. moi, quand je lie devrais m'occuper que de voua. J'ai su ce matin le coup cruel qui vous avait frappé.
ALBERT
Le jour même de votre déport. Si on vous a dit mon malheur, vous a-l-on «lit aussi le sublime dévouement de Louise? Quand les médecins appelés auront tous déclaré que tua vue était a jamais éteinte, je rendis à M. Rousseau b parole qu'il m’avait donnée. Je dégageai Louise de son serment. Vous me faites libre Albert, me dit-elle, c’est doue librement qm: je vais disposer ,4e l*ia destinée l... Je ne veux être, je ne serai qu'à celui qu£ Hafoic! et je n 'aimerai jamais que vous... Je serai votre coiwttttriee ! je serai votre lumière 1... Et c’est elle on effet qui 1
inc conduisit à son père, et qui, plus lard, fui mon guide jusqu'au pied de l’autel où le prêtre consacra notre union; celle union, le ciel l’a bénie... (puf*mu«ii »r*i« a dj»<j) et la bénédiction célcstp... la voilà.,, c'est ma fille, ma Juliette. Oh! pardonnemoi, Louise, si je pleure. Pardonnez-moi si je vous porta envie à vous tous! vous la voyez! et moi je ne la verrai jamais! jamais!.. Elle! ma fille! que Dieu a dû faire si belle! On! docteur, dites-moi qu'elle ressemble à Louise! à Louise, dont l'angélique figure est si bien restée gravée là... que, dans mon éternelle nuit, je la vois... je la vois toujours. Dites-moi que celte enfant est la vivante image du sa mère, alors je me consolerai de ne pas la* voir des yeux, je la verrai du cœur. |D*«y «s^aon» b* j*««
p-'ur cacher *e* larme*.)
JULIETTE, A Darcy.
Oh ! monsieur, dites donc à mon petit père que je ressemble à maman, pour qu'il ne pleure pas et pour qu'il m'aime encore davantage.
DABCY.
Je le voudrais, mon enfant, mais il y a un obstacle.
ALBERT
Lequel ?
DARCY
C'esl que l’enfant vous ressemble bien plus qu'à sa mère, mon bon ami; c'est tout votre portrait à vous; oui, cette iessemhlance est parfaite, et j'espère bien que vous eu jugerez un jour par vous-même.
LOUISE et SUZANNE.
Ah!
Qu 'avez- vous dit, docteur?
DARCY
Je dis... je dis que j’ai vu faire des prodiges là-bas, et qu’il me sera peut être donné d’en faire un ici. Ce que mes confrères n'ont pas osé tenter, ch bien ! moi, votre ami, je l'oserai.
ALBERT
Ab I je reverrais Louise!., je verrais ma fille!,.
DARCY
Je ne réponds de rien, niai» je ne désespère pas. Seulement, il me faut a moi du temps, à vous du courage... et du caüfte, surtout du calme.
ALBERT
Oh! j’en aurai !.. Mes pressentiments ne me trompaient donc pas quand je te disais : l,ouUe, si la lumière doit m être jamais rendue, ce sera par le docteur Darcy. Oh! pourquoi avez-vous tant larde?.. Il y a un an, nu fille, ma femme ont failli péril*, et c’est moi qui les aurais tuées.
LOUISE
Ah ! mon ami !
ALBERT
J'avais exigé que Louise rne quittât tout un jour pour aller assister à la prise de vuile de Geneviève. Louise ne devait revenir que le lendemain. Après le départ de sa mère. Juliette su sentit souffrante. Le soir venu, je voulus la veiller, (»»« comme si j'étais encore bon à quelque, chose... Je renvoyai Suzanne, qui m'avait rassuré sur l'état de l’enfant. Jetais donc seul auprès de son berceau, épiant le sommeil de notre cher ange; sa respiration douce et calme d’abord me parut difficile, oppressée.* Inquiet, et pour m’assurer que 1a fièvre n otait pas revenue... je veux prendre sa petite main... j’écarte son rideau... Tout à coup l'enfant jette un cri d'effroi: le feu! le féal J'avais, je le suppose, approché le rideau d'une veilleuse que je ne savais pas être là et que je ne pouvais pas voir, moi. l.a flamme me montait au visage... Fou de terreur, je prends ma fille dans mus bras, je la couvre de mes vêtements... je veux fuir avec elle... l'incendie s’élait communiqué aux tentures, je veux ouvrir la fenêtre, appeler du secours... la flamme était déjà là qui me repoussait... une épaisse fumée étouffait ma voix... Juliette s’é ait évanouie et nu me répondait plus; je ne savais pas si, privée d'air, mon enfant n'était fias déjà morte. A bout de forces^ je tombai à deux genoux, couvrant du nom corpa ma fille inanimée. Je poussai vers Dieu un cri de suprême détresse... A ce cri, un autre avait répondu; quand les plus braves au dehors hésitaient à venir nous chercher dans cette fournaise ardente, une femme s'était élancée... clic parvenait jusifu a nous en bravant mille fuis la mort. Vous ave* déjà coin [iris, docteur, que culte femme, c'était une mère, c’était Louise!
SUZANNE, rfn*r»a«.
Monsieur Darcy. Joseph vient d'apporter une lettre pour vous... 11 parait quelle c>l pressée.
darcy. •
Comment peut-on savoir que je suis revenu?...
SUZANNE
La lettre est p ut-ètre de quelqu’un qui ne savait pas que' vous étiez parti.
L’AVEUGLE
DABCT.
C'est juste, (imm.) Du château d’Armonvillo.
A un quart de iieue d'ici.
DARCT.
Vous permette!, madame P (il tu > pan.) « Monsieur, on me vante votre science, et je me décide à vous appeler, bien que pour me guérir je n'aie aucune foi dans la médecine... Signé : Dui-krrikn de Lyon. » (viriiat a lui-mcme.) Que ce monsieur sc guérisse tout seul, alors...
SUZANNE
Il y a-t-il une réponse, monsieur?
DARCT.
Non... si...
ALBERT
Si vous voulez écrire, docteur, Louise va vous conduire à mon atelier.
LOUISE
Et vous nous donnerez toute cette journée, n’est-ce pas?
DARCT.
Oui, certes, c'est pour vous que ie suis revenu. Suzanne, dites k Joseph que je répondrai par la poste ; à tout à l'heure, Albert. (Il lai (erre I» a»Va.)
LOUISE, A Jubatta .
Juliette, tu resteras avec ton petit père.
JUl-tETTE.
Oh ! sois tranquille, maman, je ne le quitterai pas.
Au revoir, ma petite, (n iWr***.) Vous êtes charmante, mademoiselle.
JULIETTE
Vous n'étes pas beau, vous, mais je crois que je vous aimerai
tout de même. (LouW* «atre 4 «n» U motoa .*cc Dire;. Suudm Ml *ort>« 4 q A. Albert et JobeUe rnleat oenb.)