‹ L'aveugle drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 56 sur 86 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DUPERR1ER, P ..i. DARCY.

DUPERRIF.il.

Je ne me trompais pas, c’est l’espoir de trouver des bijoux ou de l’or, cachés dans ce meuble par sa mère, qui le préoccupait. C'est ça seulement qui l’a ramené Ici. Le ciel ne m'épargne pas une goutte du calice d’amertume; avec les souffrances du corps, les tortures de l’Ame. Ah! la belle chose que la richesse I Pas même l'affection, pas même le respect; un (ils qui demande quelquefois : Comment va-t-il? C'est-à-dire hériterai-je bientôt ? Ali ! les hommes, si je devais vivre, je les haïrais.

ftF.MY, eotrjoi.

Monsieur...

DUDERRIER.

Que me veut-on? je ne recevrai personne.

RÉNT.

C'est le médecin que monsieur a fait demander.

DITPERRIER.

Je regrets maintenant qu’on l’ait appelé... Qu'il entre, je l’aurai bientôt congédié, (rm; (m «»tm n.rr» n

DUPKiililhH, D.rcf im Ar«nraril.

C’est vous, monsieur, qui êtes le docteur Darcy?

DAIir.T.

Oui monsieur; votre dotneMtqrte ne vieut-il pas de vous dire mon nom?

MrmiDL

Pardonnez-moi, monsieur, on m'avait parlé de vous, et je ne m'attendais pas....

DARCY

A me trouver liossu, n’est-ce pas? Pormettez-moi de vous rappeler, monsieur, qu'un médecin n a pas besoin d'être un Aaunis, et que la science se loge dans la tête, et non pas dans...

DtTERRIEK.

Je vous ai prié de venir, monsieur....

DARCT, » fi»ri.

Mais il ne me prie pas de m'asseoir. (« *• s n cb*min.'« a »™m.)

DUPRRRIEA.

Que faites- vous donc, monsieur?

DARCY

Est-ce que ce n’est pas comme cela que vous appelez vos domestiques?

DUPERRIEfl.

Si fait, mais ...

LE DOMESTIQUE, Minai.

Monsieur a sonné?

DARCY

Oui, monsieur a sonné, pour que vous m'approchiez un fauteuil. (L# dometiqu» titane r«l nrfre el »arl.)

DURERRtCA.

Asseyez-vous, monsieur.

DARCV.

Vous êtes bien honnête, merci, (a pin.) Ah! c'est là son père

(n n ptm d. DaptrrlfT, el »prf« l'avoir l.*o W|»r.k : .) Quel âge

avez-vous, monsieur?

OVPCHRM&, tabeaaetit.

Qu'importe mon âge?

DARCY

Si je vous demande l’âge que vous avez, c'cst qu'apparenunent il est nécessaire que je le sache.

D (.TERRIER, 4« m»nvai»e hnateor.

Soixante-deux ans.

DARCY

Ile qui se compose votre famille? quels sont les amis qui vous entourent?

DLTEARIER, «ne batteur.

Plalt-il, monsieur?

DARCY

Je vous demande, monsieur, qui vous aimez, et de qui vous êtes aime vous-même?

D (VERRIER

Monsieur, j'ai fait appeler un médecin pour qu'il me donnât des prescriptions sur ma santé, el non sur ma conduite. Je règle ma vie et mes affections comme il me convient. — Voki mon pouls, monsieur, je vous livre mon corps, les secrets de mon aine n ‘appartiennent qu'à moi.

DARCY, repO«*»«l «lourrnKDl Ir hraa da ra»l»il«.

Permettez; monsieur, chacun traite ses malades à sa manière ; si vous voulez des sangsues, des médicaments, des drogues, enfin, et rien que des drogues, faites-en appeler un autre ; moi, monsieur, ce n’est pas seulement à la langue et au pouls que j'examine mes malades, c’est au camr.

DITKUUIIR.

El moi, monsieur, c'est un docteur en médecine et non en psycologic que j’ai demandé. Vous convient-il, ou non, de me donner les soins que je désire ?

DARCT.

Et les médicaments ou’il vous plaira de choisir, par-dessus le marché, n’est-ce-pas? Son, monsieur, cela ne me convient pas.

(il M l-W.)

DUVKRRIER.

Alors, monsieur, je regrette qu’on vous ait dérangé.

DARCY

Et moi aussi, la course est longue de Nîmes jusqu’ici, et j’a vais bien d’autres malades qui m'attendaient.

DOPJPUUER.

Oh! l'on vous indemnisera de celle perte de temps.

DARCY

Avec quoi, s’il vous plaît?

DUPERRIBR.

Mais....

DARCY

Avec de l’argent? Je suis plus riche que vous, monsieur, et votre argent ne remplacerait pas, d'ailleurs, les soins que i aurais donnés à de pauvres malades.

DUPER RIFJt.

Cependant, monsieur, je veux... j’entends vous payer.

DARCT.

J'ai bien l'honneur de vous saluer... (n n p»ur .«ur, et p«.) Quant à l’argent que vous vouliez me donner, voilà ce que je vous conseille d’en (aire. Vous devez voir quclquef»i> passer des gens pâles, maigres et mal vêtus. Ce sont des pauvres, monsieur; distribupz-lour ce que vous me destiniez... On leur met l’argent dans le chapeau qu'ils présentent humblement, si ce sont des vieillards, ou dans la main qu’ils tous tendent en pleurant, si ce sont des femmes ou des petits infant». ..Cela s’appelle faire l’aumône... J'ai bien l'honnneur de vous saluer, monsieur... (u

DUPERRlF.R, ave eolAr*.

Adieu donc, monsieur... (a*w. ». »*«,«»! d , rHktta. Monsieur... monsieur Darcy.

appelai.)

L’AVEUGLE

DARCY, r«r*MBl.

Vous me rappelez, monsieur?

DUPCRRIER.

Oui, oui^ monsieur, je souffre cruellement; docteur, je suis . \ ieux*el faible, et pour n’ètre pas un mendiant, je n'en suis pas moins malheureux, allez!

* DARCT.

El»! je le sais bien, monsieur; c’est parce qu'il y a en tout plus de malheur que de souffrance physique, c’est parce que votre âme est plus brisée que votre corps, c'est parce que vous au*z plus besoin des consolations d’un ami que des prescriptions d’un médecin, que je vous dis : Ne me tendez pas yotre main, monsieur, ouvrez-moi votre coeur.

do r cru tut.

Interrogez-moi donc, je cède... je suis prêt à vous répondre, docteur.

DARCY, «part.

Allons donc! (LVtiKiMai.) Vous interroger, ce n'est plus trèsutile maintenant. Je vous regarde, et je trouve dans vos yeux la trace de violentes passions éteinte»,

DUPERRIER

C'est vrai.

DARCT.

Et je lis sur vos traits bien des souffrances, bien des regrets, bien des larmes amères. Votre passé m’est connu, n’est -ce pas? Et si je vous demandais tout à l’heure oui vous aime et qui vous aimez, c'est qu’au lieu de calmants, de topiques ou de toniques, ce sont de fortes doses d'affection que l'on doit vous prescrire. Avez-vous des enfants?

DEFERRIEZ.

Des... enfants?

DARCT.

Oui... des enfants.

DUPERRÎER, »t«c amertume.

J’ai... un (Ils.

DARCT.

Qui habite avec vous?

du PEUR 1ER , me intesUoe.

Oui... quelquefois.

DARCT.

Ah! et pas d'autre que celui-là?

DUPERRIER, .pr*i un Uaip*.

Non! (A»rc effort.) Pas d'autre! ah! le ciel n'a pas été prodigue envers moi des joies de la paternité.

DARCT, Hrtjui de rira.

Je gage cependant que vous eussiez été bon père.

dupkrrieh, »‘e«Wie«i.

Oui, je l’aurais bien aimé, je l'aimais tant déjà... lui!

DARCT.

Lui? ce n'est donc pas de votre fils qu'il s’agit.

DIPERAIKIl.

Non, il s'agit., d'un autre.

DA RCV-

D'un autre? chl bien, causons de celui-là.

DtMaam.

D’un autre que j'ai perdu.

DARCT.

Ah ! U est mort?

DUPERRIER

Oui. (a pert.) Mort pour moi.

DARCY

. C’est un grand malheur, il aurait peut-être eu pour tous les soins et la tendresse dont vous auriez grand besoin.

DUPER RIF.R

Ne me parlez pas de lui. U vivrait encore que je refuserais de le voir, que je le chasserais, que je le maudirais.

DARCT.

Vous en parlez avec trop de colère pour qu’il n'exisle plus, monsieur.

DOPER R 1ER.

Mais je vous dis...

DARCT, M lotiot.

Je vous dis, moi, que s'il était mort, quelle qu’eût été sa vie, vous respecteriez sa tombe. Tant qu’un père maudit son enfant, monsieur, c’e*t qu'il sait bien au fond au cœur qu’il a encore le pouvoir de lui pardonner.

DUPEfUlIKR, M Wnai me eottm.

Pardonner, moi!

DARCY

Mais oui, mais oui. Voyons, ne me cachez rien. Un médecin, c'est presque un confesseur. Vous êtes séparé de ce fils depuis longtemps? .

DUPERRIRZ.

Depuis longtemps... (Avec foifi*), Et pour toujours!

DARCT.

Pour toujours ! mais o’est ce mot-là qui votts brise, qui courbe voln; front vers la tenu. Vous luttez contre le souvenir de ce (ils, cl votre cœur se révolte contre vous. Voilà ce qui vous mine.

DOPER R 1ER.

Assez, assez.

DARCT, me fcrt*.

Voilà ce qui vous tue.

DCPRRRIER, awe i*rt *.

Eli bien, que je meure... mais je ne veux pas qu’on me parle de lui, vous dis-je! apprenez donc qu'il ne s’agit pas de la vie, monsieur, il s’agit de l’honneur, (il » •• ramait.)

DARCT.

Allons, allons, calmez-vous..:., nous nVn parlerons plus

(a ion.) En ce moment du moins, (m,) Que buvez-vous là? (u

pr*e4 i»r U chwm>o«e ne tkritra •» e* «omis* U eontesu. I

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