‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 5 sur 85 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

DÜPERRIER.

Merci !

ROUSSEAU

Vous êtes, et je m'en applaudis, tout à fait rassuré sur l’état Üe votre santé.

DÜPERRIER.

Ma santé? elle s’altère chaque jour davantage; je n’ai plus de sommeil; une fièvre lente use mes forces ; ma vie n’est plus qu'und incessante douleur, et c’est avec joie que j’en vois approcher le terme.

ROUSSEAU

Vous appelez la mort, vous, un homme heureux!

DÜPERRIER.

Heureux ! parce que je suis riche, n’est-ce pas 9 Riche ! Toutes

les félicités de la terre semblent renfermées dans ce mot

Riche!

, ' ROUSSEAU

Nous avons quelques comptes à régler entre nous Vous

m’avez quelquefois aidé de votre crédit. En cessant d’être votre notaire, je veux n’être plus votre débiteur, et je me suis mis en mesure de.....

DÜPERRIER.

Comment, vous n’êtes plus notaire?

ROUSSEAU

J’ai vendu ma charge. Mon successeur, admis par la chambre, a pris possession de l’étude ce matin, et je quitte Lyon aujourd’hui. i

DÜPERRIER.

Vous voilà riche aussi ; mais vous , vous avez un enfant qui vous aime et dont, à bon droit, vous êtes fier... Vous emmenez mademoiselle Louise avec vous ?

ROUSSEAU

Nous allons habiter à Nîmes la maison où je suis né. Ma fille doit tout à l’heure venir me rejoindre •: vous lui permettrez de vous faire ses adieux.., •

DÜPERRIER.

Vous partez aujourd’hui? .

ROUSSEAU

A deux heures; la voiture de poste viendra nous attendre à la porte de votre hôtel.

• DÜPERRIER.

Pouvez-vous disposer d'une troisième place dans cette voiture? •

ROUSSEAU

Sans doute.

DUPERRIER

Alors vous m'éviterez la fatigue d'un voyage; je confiered* Geneviève aux bons soins de mademoiselle Louise.

ROUSSEAU

Geneviève vous quitte?

DUPERRIER

La mort de sa vieille marraine, qui habitait ici avec elle, a laissé la pauvre petite seule et sans egide; la position de Geneviève dans une maison pleine de commis, ouverte à tous venants, n’était plus convenable; je me suis souvenu qu'elle avait encore un parent à Varangel, son pays...

ROUSSEAU

Un petit village à quelques lieues de Nîmes.

DUPERRIER

C’est cela! Ce parent, croyant Geneviève sans ressources et sans avenir, ne s’était jamais avisé de lui offrir un asile ; mais depuis qu’une lettre de moi lui a appris que Geneviève apporterait une petite fortune avec elle, le digne homme s’est empressé de me répondre que sa femme et lui seraient heureux d’accueillir leur petite nièce. Geneviève aura là une existence modeste et calme, et si plus tard il se présente pour elle un parti sortable, j’ajouterai une dot à cette somme de soixante mille francs qui lui était destinée et que je lui remettrai au moment du départ. '

ROUSSEAU

Soixante mille francs, c’est en effet une. fortune pour cèlte jeune fille...

DUPERRIER

Vous croyez que je fais beaucoup pour elle? Un dernier conseil : je veux faire mon testament : quelle part la loi me permet-elle de distraire de ma fortune?

ROUSSEAU

Vous voulez donc déshériter votre fils?..,

DUPERRIER

Mon fils ! c’est lui qui me tue.

ROUSrffeAU.

Vous exagérez les torts de ce jeune homme; vous êtes trop sévère pour lui. .

' DUPERRIER

Dieu me punit au contraire de ma faiblesse, de mon iritoulgence, qui ont fait pour moi de ce fils un tourment et peut-être une honte; si je n’avais pas été riçhe comme je vous le disais

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