ACTE 1. , y
tout à l'heure, si je n'avais eu.à laisser à mon fils que le nécessaire après moi, alors, ne pouvant plus compter sur une fortune toute faite, il aurait songé à s’en créer une par le travail ; alors, mon cher monsieur Rousseau, je n'aurais pas sous les * yeux le triste spectacle dun enfant avide de jouir au plus vite et de réaliser ce qu’il appelle des espérances! espérances basées sur une tombe toujours trop lente a se fermer. Et quand ce fils sans cœur possédera enfin cette richesse amassée par le labeur de son père, il rougira de la source honorable de cette fortune; il reniera peut-être le nom de celui qui la lui aura m transmise; fainéant inutile, il prodiguera dans l'orgie et la débauche, cet or si péniblement amassé et quand, avec des filles perdues ou sur un tapis vert, il aura dépensé son dernier écu, il se réveillera, il aura enfin la conscience de sa nullité, et comme il ne possédera plus rien, comme il ne sera bon à rien, il n'aura plus devant les yeux que l’infamie ou le suicide...
ROUSSEAU
• Monsieur Armand voyage en Italie, je crois; recevez-vous souvent des lettres de lui?
DUPERR1ER.
Oui... des lettres de change.
ROUSSEAU
Vous auriez dû peut-être...
DCPERR1ER.
Les refuser à l'échéance : je l’ai fait; savez-vous alors quelles traites on m'a présentées? des traites revêtues de ma signature l Comprenez-vous?,,, il fallait payer ou laisser déshonorer mon 'fils... j’ai payé... Me croyez-vous encore un homme heureux? »
ROUSSEAU
Vou^ne méritez pas d’être mis à cette cruelle épreuve... vous, monsieur Dupemer; vous, le plus honnête homme que je coirflhisse.
DUPERR1ER.
Je suis nn honnête homme pour vous comme pour tout le monde... je n’ai janjais manqué à ma parole, ni a ma signature... mon cher monsieur Rousseau^ je suis un négociant intègre... mais, dans ma conscience, je ne suis pas un honnête homme... Mérite-t-il ce titre celui qui a payé le trop confiant amour d’une belle et sainte jeune tille par le déshonneur et le plus lâche abandon? Mérite-t-il ce titre celui qui, plus tard, se trouvant sur le terrain en face d'un homme qu’il avait follement insulté, d’un homme qu’il savait être l’unique soutien de sa famille, a tué froidement le généreux adversaire qui ne lui demandait qu’un mot de réparation pour lui tendre la main. Voilà deux actions bien infâmes, n’est-ce pas? Vous voyez donc que je ne suis pas un honnête homme; vous voyez donc que je ne pourrai jamais rendre à Geneviève ce que je lui ai pris...
L’AVEUGLE
ROUSSEAU
L'homme que vous avez tué en duel?...
DUPERRIER
C’était SOU père !... (Gepevière eotre.) *