‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 50 sur 85 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LOUISE, endormie, SUZANNE.

SUZANNE

Madame, madame, voilà deux lettres pour vous, et je... (s'arrêtant.) Ah! pauvre madame Morel... elle s’est endormie. (S'approchant doucement.) Son OUVtage n’en soufflira pas. (Elle met les lettres sur la table, 'prend le métier et va s’asseoir de l'autre c6té de la table.)

Je. vais le continuer... Oh! comme il est avancé depuis hier!...

Elle aura encore travaillé tard.

LOUISE, toujours endormie.

Juliette... ne quitte pas ton père... ne le quitte pas.

SUZANNE

Dans son sommeil, elle pense encore à son mari, à sa fille. Dame, c’est tout ce qui lui reste à aimer dans le monde... voilà déjà six ans que nous avons perdu ce bon monsieur Rousseau.

Avant de mourir, le digne homme a pu bénir notre petite Juliette. Il a pu la voir, lui!... tandis que monsieur Albert ne verra jamais ce beau petit ange-là... Monsieur üarcy est toujours en voyage, mademoiselle Geneviève est religieuse, de . .

sorte que mes chers maities se trouvent sans famille, sans amis, il ne leur reste plus que moi... Oh ! mais je ne les abandonnerai jamais ! oh ! non, jamais ! (En parlant elle laiue tomber unn de tes bobines.)

LOUISE, s’éveillant an bruit.

Ah! (Regardant autour d'elle.) Suzanne !

SUZANNE

Madame !

L’AVEUGLE

Est-ce que j'ai dormi longtemps?

Non, madame.

SUZANNE

Louise.

Je me croyais plus forte. (Haut.) Rends-moi mon métier.

SUZANNE, travaillant toujours.)

Je n’ai plus rien à faire dans la maison... et de broder un peu, ça me repose... (a part.) Et elle aussi.

LOUISE

Où est Albert? W

SUZANNE

A la promenade, ici tout près... avec mademoiselle Juliette, qui est toute fière de vous remplacer, et de conduire son petit papa.

LOUISE

Chère enfant !

SUZANNE

C'est un vrai trésor! Jolie comme un amour, et intelligente à faire plaisir. Elle apprend tout ce qu’elle veut. Elle vous ménage même une surprise pour l'anniversaire de sa naissance.

Ah! je remercie tous les jours Dieu qui me l’a envoyée; pour moi, ma fille est un bonheur ; pour Albert, c’est une consola* tion. Tiens, je ne sens plus ma fatigué.. . c’est pour Albert, pour Juliette que je travaille... il faut que cette bande de dentelle soit livrée ce soir, car... (bas) nous n’avons plus d'argent à la

maison (soupirante! lui tendant la main) tu le Sais, toi.

SUZANNE

Vous me dites ça parce que depuis un an vous ne pouvez pas me payer régulièrement comme autrefois. Vous m’aviez promis de ne plus m’en parler. Est-ce que vous ne me récompensez pas en bonne amitié? (Elle lui baise u main.) Tenez, pendant que je finis cette fleur... lisez les deux lettres que je vous ai apportées. U y en a peut-être une de monsieur Darcy.

LOUISE, ouvrant nue lettre.

Non, cette lettre est de monsieur Girard.

SUZANNE

Celui qui a réparé notre maison?

LOUISE, lisant.

« Madame, lorsque j’ai relevé le corps de bâtiment que l’incendie avait détruit, je vous ai promis de vous laisserdu temps pour me payer; mais j’ai besoin de mon argent, et mon avoué, qui connaît votre gêne, craint d’être obligé de saisir et de faire vendre votre maison...» (Elle s’arrête.)

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