‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 51 sur 85 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Miséricorde ! vendre notre maison !

LOUISE

Cet homme est dans son droit. Il craint de voir lui échapper le seul gage qui garantit sa créance... Notre gêne, grâce à ton dévouement, j’ai su jusqu’à ce jour la cacher à Albert. Il croit que j’ai pu réparer le désastre causé par ce fatal incendie au moyen des débris de notre fortune passée. Il ne sait pas que la flamme a dévoré les quelques valeurs que m’avait laissées mon père... Albert nous croit a l’aise comme nous l’étions, et cette pensée lui fait supporter son malheur. Mais comment lui cacher la saisie et la vente de cette maison? comment l'en faire sortir? Il en connaît si bien toutes les parties, qu’il la parcourt sans guide. Ce qu’il ne peut plus voir il l’a vu, il se le rappelle... Ailleurs, sa nuit lui semblera plus profonde... plus triste encore... puis cet incendie, cause de notre ruine, il se le re-

f irochera... Oh! vois-tu... quand il saura qu’on nous chasse de a maison de mon père, il Én mourra ! oui, il en mourra !

SUZANNE

Oh! monsieur Albert a du courage.

LOUISE

Où le conduire?... où aller?... le prix de cette maison, vendue ainsi > forcément, ne suffira peut-être qu’à payer monsieur Girard... et cette maison était tout, ce qui nous restait. Comment faire vivre mon mari, comment élever ma fille? le travail de mes jours et de mes nuits nous donnera à peine du pain.

SUZANNE

Oh! d’abord, nous serons deux à travailler... Et puis... soyez tranquille... si on vous chasse de chez vous... eh ben! nous irons chez moi.

Chez toi?

Oui dà. Je suis propriétaire, moi; mes parents m’ont laissé, pas une maison, non... mais une chaumière, au hameau de Vignerolles; elle était bien louée dix écus par an. Nous irons là, madame; vous direz à monsieur Albert qu'on ordonne la cam-

K à mademoiselle Juliette, et il partira tout de suite. Si umière est vieille et laide, il n’en pourra rien voir, et il trouvera là tout ce qu’il aime... le grand air, le soleil, les fleurs ; enfin ce que le bon Dieu donne aux pauvres.

LOUISE

Excellent cœur I

SUZANNE

Ne pleurez donc plus, et lisez la seconde lettre, ça ne peut pas être encore un malheur.

Si

L’AVEUGLE

LOUISE; aprèi noir ouvert U lettre; la rejette sur la table sans la lire.

Comment cette lettre est-elle parvenue ici?

SUZANNE

Par la poste... Vous ne la lisez pas ?

LOUISE

Non.

Je devine, c’est du jeune homme de l'église, n’est-ce pas?

LOUISE

Oui.

SUZANNE

Voilà un entêté ! Vous lui tournez le dos quand il vous regarde, vous ne lui répondez pas quand il vous parle ; vous évitez de sortir depuis huit jours pour ne pas le rencontrer, et au lieüde se tenir tranquille, il vous persécute de ses écritures. Je ne vous en avais rien dit, hier il avait voulu glisser dans mon panjer une lettre pour vous, et un jaunet pour moi; mais la lettre et le jaunet, j’ai tout jeté sur le pavé... Quoi qu’il peut donc bien vous écrire ?

LOUISE

Que m’importe? (L'horloge de la ville »onoe une demie.) Albert devrait être rentré; s’il était arrivé quelque chose à lui ou à sa fille! à sa fille, qu’il fie pourrait pas protéger, le pauvre père !

SUZANNE

Il n’y a pas de danger, madame... c’est égal. (Elle se lève.) Je vas courir au-devant d’eux pour que vous ne soyez plus inquiète. Je vas passer par la maison ; d’ordinaire, c’est par la grande rue qu’ils reviennent. (Elle «on par le perron.)

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