‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 56 sur 85 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

LOUISE

Monsieur Darcy !

Le docteur !

Mon ami!

SUZANNE

ALBERT

DARCY, courant i Albert qui le cherche, et loi terrant la main.

Je suis venu à vous, mon cher Albert, aussitôt que j'ai su que vous ne pouviez plus venir à moi. a

ALBERT, tristement.

Ah ! vous avez appris... (se reprenant.) Mais parlons de vous, docteur, de vous qui allez ramener un peu de gaieté dans notre maison. Ah ! cela me fait du bien de serrer votre main dans la mienne! Votre santé n’a pas souffert de cet éternel voyage?

SUZANNE

M. le docteur n’a pas changé du tout.

DARCY, riant.

Non, malheureusement/En quittant Nîmes , je me suis mis à courir comme un fou (regardant Louise) qui a peur de sa folie. De Paris, je suis allé aux Indes ; j’ai visité l'Inde, la Chine. J’étai au Karnsehatka lorsque le bruit de la guerre d’Orient arriva jusqu’à moi; je me suis dit : Il faut aller là; et je suis allé en Crimée... en amateur. Quand je ramassais quelque pauvre blessé sur le champ de bataille, à chaque boulet qui m’arrivait, jebaissaisla tête et je haussai.' l’épaule, mais je crois que les boulets en avaient peur, ils passaient par-dessus et je l'ai rapportée.

LOUISE

Avec la croix, monsieur Darcy?

ALBERT

Vraiment?

DARCY

Oui.

• ALBERT

Elle est placée sur Tin noble cœur.

DARCY

C’est ce qu’a bien voulu me dire le maréchal quand j'hésitais à l’accepter. Mais je m’oublie là à vous parler sottement de moi, quand je ne devrais m’occuper que de vous. J’ai su ce matin le coup cruel qui vous avait frappé.

ALBERT

Le jour même de votre départ. Si on vous a dit mon malheur, vous a-t-on dit aussi le sublime dévouement de Louise? Quand les médecins appelés eurent tous déclaré que ma vue était à jamais éteinte, je rendis à M. Rousseau la parole qu’il m'avait

L’AVEUGLE

donnée. Je dégageai Louise de sou serment. Vous me faites libre Albert, me dit-elle, c'est donc librement que je vais disposer de ma destinée!... Je ne veux être, je ne serai qu’à celui que j’aime! et je n'aimerai jamais que vous... Je serai votre consolatrice ! je serai votre lumière !... Et c’est elle en effet qui me conduisit à son père, et qui, plus tard, fut mon guide jusqu’au pied de l’autel où le prêtre consacra notre union; cette union, le ciel l’a bénie... (pràcount ta mie k D«rcj) et la bénédiction céleste... la voilà.,, c'est ma fille, ma Juliette. Oh! pardonnpmoi, Louise, si je pleure. Pardonnez-moi si je vous porte envie à vous tous! vous la voyez! et moi je ne la verrai jamais! jamais!.. Elle! ma fille! que Dieuadû faire si belle! Ohîdocteur, dites-moi qu’elle ressemble à Louise! à Louise, dont l’angélique figure est si bien restée gravée là... que, dans mon éternelle nuit, je la vois... je la vois toujours. Dites-moi que cette enfant est la vivante image de sa mère, alors je me consolerai de ne pas la voir vies yeux, je la verrai du cœur. (Darcy détourne le» yeux

pour cacher set larmes.)

JULIETTE, à Darcy. ,

Oh ! monsieur, dites donc à mon petit père que je ressemble à maman, pour qu’il ne pleure pas et pour quii m’aime encore davantage. "*

DARCY

Je le voudrais, mon enfant, mais il y a un obstacle.

ALBERT

Lequel ?

DARCY

C'est que l’enfant vous ressemble bien plus qu'à sa mère, mon bon ami; c'est tout votre portrait à vous; oui, cette ressemblance est parfaite, et j’espère bien que vous en jugerez un jour par vous-même.

LOUISE et SUZANNE.

Ah!

ALBERT. r

Qu'avez-vous dit, docteur?

DARCY

Je dis... je dis que j’ai vu faire des prodiges là-bas, et qu’il me sera peut être donné" d'en faire un ici. Ce quemes confrères n'ont pas osé tenter,. eh bien! moi, votre ami, je l’oserai.

ALBERT

Ah! je reverrais Louise!. -je verrais ma fille!..

DARCY

Je ne réponds de rien, mais je ne désespère pas. Seuleïnent, il me faut a moi du temps, à vous du courage... et du calme, surtout du calme.

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