ACTE IV
ALBERT
Oh ! j’en aurai !.. Mes pressentiments ne me trompaient donc pas quand je te disais : Louise, si la lumière doit m’être jamais rendue, ce sera par le docteur Darcv. Oh! pourquoi avez-vous tant tardé?.. Il y a un an, ma fille,’ ma femme ont failli périr, et c’est moi qui les aura» tuées.
LOUISE
Ah ! mon ami !
* * ALBERT
J’avais exigé que Louise me quittât tout un jour pour aller assister à la prise de voile de Geneviève. Louise ne devait revenir que le lendemain. Après le départ de sa mère, Juliette se sentit souffrante. Le soir venu, je voulus la veiller comme si j'étais encore bon à quelque chose... Je renvoyai Suzanne, qui m’avait rassuré sur l'état de l'enfant. J’étais donc seul auprès de son berceau, épiant le sommeil de notre cher ange ; sa res-
Î iiration douce et calme d’abord me parut difficile, oppressée, nquiet, et pour m’assurer que la fièvre n’était pas revenue... je veux prendre sa petite main... j’écarte son rideau.... Tout à coup l’enfant jette un cri d’effroi : le feu! le feu! J'avais, je le suppose, approché le rideau d’une veilleuse que je ne savais pas être là et 'que je ne pouvais pas voir, moi. La flamme me montait au visage... Fou de terreur, je prends ma fille dans mes bras, je .la eouvre de mes Vêtements... je veux fuir avec elle... l’incendie s'était communiqué aux tentures, je veux ouvrir la fenêtre, appeler du secours... la flamme était déjà là qui me repoussait... une épaisse fumée étouffait ma voix... Juliette s'é'ait évanouie et ne me répondait plus; je ne savais pas si, privée d'air, mon enfant n’était pas déjà morte. A bout de forces, je tombai à deux genoux, couvrant de mun corps ma fille inanimée. Je poussai vers Dieu un cri de suprême détresse... A ce cri, un autre avait répondu; quand les plus braves au dehors hésitaient à venir nous chercher dans cette fournaise ardente, une femme s’était élancée... elle parvenait jusqu’à nous en bravant mille fois la mort. Vous avez déjà compris, docteur), que cette femme, c’était une mère, c’était Louise !
SUZANNE, reutr»nt.
Monsieur Darcy, José pii vient d'apporter une lettre pour vous... Il parait qu’elle est pressée.
• PARCT.
Comment peut-on savoir que je suis revenu?...
SUZANNE
La lettre est peut-être de quelqu'un qui ne savait pas que vous*étiez parti.
DARCY
C’est juste (Linnt). Du château d'Armonville.
L’AVEUGLE
SUZANNE
A un quart de lieue d’ici.
DARCY
Vous permettez, madame? (n ut à part.) « Monsieur, on me vante votre science, et je me décide à vous appeler, bien que pour me guérir je n’aie aucune foi dans la médecine... Signé : Duperrikr de Lyon. » (pariant à lui-même.) Que ce monsieqr se guérisse tout seul, alors...
SUZANNE
Il y a-t-il une réponse, monsieur?
Non... si...
ALBERT
Si vous voulez écrire, docteur, Louise va vous conduire à mon atelier.
LOUISE
Et vous nous donnerez toute cette journée, n'est-ce pas?
I DARCT.
Oui, certes, c'est pour vous que je suis revenu. Suzanne, dites à Joseph que je répondrai par la poste ; à tout à l’heure,
Albert, (il loi «erre la main.) t •
LOUISE, à Juliette.
Juliette, tu resteras avec ton petit père.
JULIETTE
Oh ! sois tranquille, maman, je ne le quitterai pas.
DARCY
Au revoir, ma petite, (u i’embra«se.) Vous êtes charmante, mademoiselle.
JULIETTE
Vous n’êtes pas beau, vous, mais je crois que je vous aimerai ‘
tout de même. (Louise entre dans la maison avec Darcy. Suranné est aortie déjà. Albert et Juliette restent seuls.)