ACTE V
mon père, on l'apporte, je n’ai pas voulu chercher à l'ouvrir, hors de votre présence, et...
DOPERRIER.
Et vous compte* que je ne l’ouvrirai pas sans que vous
SOyeZ là J j’V consens, monsieur. (Aux domestiques qui apportent la meuble, espèce de chiffonnière.) Placez ce meuble là, et sortez. (Le*
domestique! sortent. Dnperricr ouvre les tiroirs.) J’ai beau chercher, le
meuble est vide.
ARMAND
C’est d’un tiroir secret qu’il s'agit, et pour l’ouvrir. ..
DUPERR1ER, cherchant.
Oui, il y a une moulure, disiez-vous, sur laquelle il faut appuyer fortement. Celle-là, sans doute.
ARMAND
Très-fortement, permettez, ma main est plus vigoureuse que la vôtre.
DOPERRIER.
Oh ! je ne suis pas si faible encore!
ARMAND
Cependant...
DOPERRIER, faisant un effort. x
Tenez, le ressort va céder, il cède, (lo tiroir s’ouvre.)
ARMAND, voulant y plonger la main.
Ah! voyons... voyons vite. V
' DOPERRIER, sévèrement.
Attendez, monsieur! Ce qu’il y a là, c’est un dépôt sacré, fait par celle qui n'est plus... et moi, son mari, le père, le chef de famille, j’ai le droit de connaître le premier ce dépôt, et peutêtre de le connaître seul,
Monsieur...
DOPERRIER.
Des papiers... des lettres... un portrait d’homme.
ARMAND
Un acte, un acte important, saas doute, (u «'approche de Duperrier
pour Uie.)
DOPERRIER.
Par respect pour votre mère, monsieur, attendez, (il s’éloigne
d’Armand et parcourt quelques lettres.) Qil’ai— je VU? tMouveinent d'Armand.
Bas et avec amertume.) De Georges Courval, oui^. j’avais là comme un pressentiment ; ces lettres sont de lui, qui l'aimait avant notre mariage. Malheureuse femme, qui avait juré fidélité devant Dieu et qui recevait les lettres de cet homme!
ARMAND, è part.
Mais qu’y a-t-il donc dans ces papiers?
L’AVEUCLE.
DUPERRIER, à partiel lisant des yeux.
Mon Dieu! ce n’était pas assez de son amour, à lui, elle l’aimait, elle l’aimait aussi! Il parle de mon bonheur, de ma richesse qui m’a fait son mari, malgré les serments qu'il avait reçus d'elle. Ces serments, il les invoque, il veut la revoir, il la ' supplie au nom... de leur amour... au nom... (a»ee désespoir) au nom de cet enfant dont je lui vole la paternité, de... cet Armand qui est... qui est son fils à lui... (arec horreur) son fils !!! »
ARMAND, voulant saisir la lettre.
Ah! c’en est trop, monsieur, et je veux savoir enfin...
DUPERRIER
Malheureux !
ARMAND
Monsieur, aussi longtemps qu’a duré ma minorité, auss longtemps qu’a vécu ma mère, la loi vous a autorisé a commander en maître, et vous avez largement usé de ce droit. Aujourd’hui je suis majeur, et ma mère est morte, j’ai le droit de réclamer ces papiers.
- DUPERRIER
Vous ne les aurez pas.
ARMAND, menaçant.
Je les aurai, vous dis-je, quand je devrais....
DUPERRIER
Achève, achève donc, misérable! Ose donc lever la main sur moi et me menacer ! qui t’arrête ? ce n’est pas mon front couvert de cheveux blancs, tu l’as couvert de honte ; ce n’est pas la faiblesse du vieillard, puisque tu es lâche! Est-ce le châtiment des parricides? Eh bien! chasse de vains scrupules, ne tremble plus, frappe-moi, frappe-moi donc, je ne suis pas ton père !
ARMAND
Vous n’êtes pas... mon père?
DUPERRIER, loi donnant les papiers.
Tenez, tenez, le voilà ce précieux trésor.... que je voulais vous ravir. C’est le déshonneur de votre mère. Je ne vous connais plus, sortez! (Armand courbe la tète.) Sortez! sortez, vous dis-je!
ARMAND, ae redreaiaut peu à peu.
Monsieur, vous oubliez que si je ne suis pas votre fils devant Dieu, je le suis devant la loi. ^
DUPERRIER, tombant accablé.
Oh! l’infâme! l’infâme!
ARMAND
Rien ne peut m’arracher le nom que je porte, et je défendrai mes droits, monsieur, (n tort.)