‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 8 sur 85 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

GENEVIÈVE, pui* ALBERT.

GENEVIÈVE

Partir aujourd’hui! mon Dieu! la pensée ne m’était pas venue qu'un jour je quitterais cette maison... Partir dans une heure! sans avoir revu Albert, sans savoir... (Albert entre.) Ah!-. le voilà...

, ALBERT

Geneviève, monsieur Duperrier ne m’a pas demandé?...

GENEVIÈVE

Non... je ne sais... (a part.) Quelle agitation!... Mousieur Duperrier ignorait sans doute... mais moi, je savais, j'étais inquiète.

Inquiète?

GENEVIÈVE

De votre retard, de votre absence... je craignais...

ALBERT

Quoi donc?

GENEVIÈVE

De ne pouvoir vous dire adieu!

ALBERT

Adieu?

GENEVIÈVE

Je pars!

ALBERT

Vous, Geneviève!

GENEVIÈVE

Je retourne à Varangel!...à Varangel, où j'ai connu votre mère, qui aimait la pauvre orpheline... Là-bas, je ne retrouverai plus qu’une tombe.

ALBERT

Et sur cette tombe, Geneviève, vous irez prier, n’est-ce pas?...

GENEVIÈVE

Oui, je prierai pour elle. ,

Et pour moi.

L’AVEUGLE

GENEVIÈVE

Pour VOUS?

ALBERT

Oh ! je suis bien malheureux, Geneviève.

GENEVIÈVE

Malheureux, vous! Mes pressentiments ne me trompaient donc pas, Albert... Vous pleurez, la fièvre brûle vos mains; mon Dieu, qu’avez-vous ?

ALBERT. t

Rien! Oubliez ce que j'ai dit... j'ai la tête perdue, voyezvous, j'ai eu tort de vous affliger.

GENEVIÈVE

Albert ! quand votre mère me prenait toute petite sur ses genoux, elle m'appelait sa fille... Pour un moment, Albert, supposez que Dieu, qui vous a pris votre mère, vous a donné une sœur; on dit tout à sa sœur.

ALBERT

Chère petite, la confidence cjuevous me demandez de vous faire, je ne sais si je l’eusse faite a ma mère; pauvre femme, elle aussi n’aurait eu que des larmes à me donner ! le ciel lui a épargné du moins la douleur de voir son fils déshonoré.

.Déshonoré vousl

* ALBERT

N’est-il pas justement flétri dans l’opinion celui qui contracte une dette qu'il ne pourra paver, une dette dont l’acquittement ne saurait souffrir ni retard ni délai... dette honteuse... dette de jeu...

GENEVIEVE

Vous avez joué! vous, Albert?

ALBERT

Savais-je seulement ce que je faisais... j’étais fou! et tenez, maintenant qu'une partie de mon secret s'est échappée, vous saurez tout, Geneviève ! mais votre cœur si candide et si pur pourra-t-il comprendre les tourments, les orages du mien? me comprendrez- vous quand je vous dirai que j'aime avec transport, avec frénésie?

GENEVIÈVE

Vous aimez?

ALBERT

Geneviève!

GENEVIÈVE

Continuez, Albert : le cœur d’une femme comprend toutes les douleurs... Vous aimez; ah! qu’elle doit être heureuse!

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