‹ L'Aveugle et son bâton, vaudeville en un acteChapitre 6 sur 24 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, GÉDÉON , DUCHOC.

Gcdtan , sa clarinette pendue à son babit. Il tient un bdton d’uno main, et do l’autre le paletot de Ducroc. DUCROC, se débattant.

Mais lâche-moi donc, malheureux! tu me déchires 1

gédéon, le tenant toujours.

N’abandonnez pas un pauvre aveugle, au milieu d’un escalier tortueux.

mtc ROC.

Nous sommes arrivés ! lâcho-moi, ou je te brise quelque chose !

GÉDÉON

N’abandonnez pas un pauvre aveugle!

DUCROC.

Es-tu sourd? nous sommes au salon. Lâchemoi 1. .

gédéon, à part.

Je le vois bien. ( Apercevant Pélagie et J?udoxic.) Oh ! ils sont tous là! (Il referme les yeux et reprend le paletot de Ducroc.) Vous voulez me laisser au milieu de l’escalier, je ne vous lâcherai pas!

PÉLAGIE

Ne craignez rien, bon* jeune homme ! vous Êtes chez moi !

gédéon.

Ah ! c’est l’organe de ma belle protectrice!

Air : La danse n'est pas ce que j’aime (Richard Gœur-de-lion ).

Ilélas l je ne saurais vous rendre Ce que j’éprouve en l'écoutant I Mai» je suis joyeux et content Sitôt que je viens à l'entendre 1 Je devine à sa voix si tendre Qu’elle et belle du haut en bas,

Du bas en haut . du haut en bas

Ah ! plaignez- moi, car je ne la vois pas.

Pélagie, à part.

Qu’il est sensible! qu’il est reconnaissant!

ducroc.

Il la natte!... le câlin!

gédéon , à part.

C’est très-fatigant de faire l’aveugle. (IJawf.) Pardon , ma belle protectrice , si je me suis présenté chez vous à la queue de monsieur.

ducroc.

C’est-à-dire qu'il s’est cramponné après mes vâtemens, et qu’il m’a fallu le remorquer jusqu’en haut. ,

GEDEON

Vous êtes cause que je me suis cogné.

ducroc.

Plalns-toi, je te le conseille.

PÉLAGIE

Allons, mon cousin, un peu d’indulgence.

ducroc

-Mais cet homme m’agace ! D’abord , les aveugles c’est mon antipathie... j’aime encore micui les borgne»; ils ont leur bon côté.

MAGASIN THÉÂTRAL

GÉDÉON

Monsieur, je ne prétends pas rabaisser votre intelligence, si vous en avez une; (moucemenf de Dur roc) mais autrefois j’étais a la tête d’un caoiche.

nt choc, vr xi

lin caniche?

gédéon.

Sans comparaison, vous et un chien, va fait ; deuil... mais.il fallait voir ce quadrupède comme il m'était attaché... avec une corde... Après ça vous me direz, il y a des bêtes qui savent conduire et d'autres qui ne savent; vous... vous ne savez pas. voilà tout.

DCCROC.

Voilà comme il me remercir.

11 prend sa tabatière.

GÉDÉON, ù part.

Est ce qu’ils ne s’en iront pas?

PÉLAGIE

Voyons, mon cousin, c’en est assez!... Gédéon, asseyez-vous un instant!... Eudoiie, approche une j chaise.

El'DOXIE.

Oui, ma tante.

gédéon, saisissant le bras de Ducroc qui va pren- J dre une prise.

Son ! ne vous donnez pas cette peine.

DUCHOC.

Mais laisse donc, animal!

gédéon.

Non, je ue souffrirai pas...

DCCROC.

Va-t’en à tous 1rs diables.

gédéon , s'asseyant.

Puisque vous le voulez absolument...

jollivet, s’approchant de Gédéon.

Jeune homme, veuillez m’écouter attentivement. gédéon, à part.

Quel est donc ce gros-la?... je ne l'ai pas encore vu ici.

JOLLIVET

Depuis combien de temps vos ycui se sont-ils fermés à la lumière?

GÉDÉON

Plaît il. ma bonne dame?

DUCHOC.

Khi mais c'est le docteur Jollivet, si je ne m'abuse.

JOLLIVET

Lui-même, enchanté de vous voir.

DUCHOC.

Kst-ceque vous êtes médecin d'aveugle à présent? JOLLIVET.

Tous mes cliens le sont!... c'est ma spécialité.

DUCHOC.

Vous devriez bien opérer celui-là.

JOLLIVET

C'est mon intention.

gédéon , effrayé.

Il veut m’opérer!

jollivet.

Jeune homme, depuis combien de temps...

Pélagie, passant entre eux.

Docteur, ce n’est pas le moment de l'interroger... j’ai à causer avec mon cousin de son mariage... des clauses du contrai.

.gédéon, à part, et se (étant.

Le contrat ! déjà.

jollivet.

Il suffit ! nous vous laissons ! je vais reconduire l’aveugle.

PÉLAGIB.

Non, non, apres déjeuner!...

DUCHOC.

Merci, je suis leste.

PÉLAGIE

Oui, mais Gédéon est peut-être à jeun.

gédéon.

Il est vrai, ma belle protectrice, je n’ai encore rien mis sous ma dent... que ma clarinette.

PÉLAGIE

Pauvre garçon I

JOLLIVET

Elle le retient ! je vois ce qui me reste à faire. ENSEMBLE.

Air : Allons, entrons, rapprit t nous invite (du Jeune Homme charmant ).

Allons ! partons sans tarder davantage ;

Mais que chez moi ce malheureux Trouve un asile, et qu’on le dédommage De la main qui couvre ses yeux l

JOLLIVET

Ketirons-nous sans tarder davantage.

Mais l'espoir sourit à mes vœux .

Car en ce jour par un docte breuvage.

Moi je vais lui rendre les yeux.

Docaoc.

Allons , parlons sans tarder davantage ,

Trop content de quitter ces lieux.

Auprès de celle à qui l’amour m'engage.

Et loin de cet être odieux.

F.CDOxtE , à part.

Il faut partir, et c*est vraiment dommage,

Je voudrais rester en ces lieux.

Ici, du moins, je pourrais sans partage Prendre soin de ce malheureux t

GÉDÉON

Allez, partez sans tarder davantage ,

Et laissoz-moi seul en ces lieux.

Ah ! le succès m’anime et m’encourage ,

Jusqu ici tout va pour le mieux !

.4 part.

Je ne suis pas si malheureux.

Car j'ai sur eux un avantage ;

Sans leur donner aucun ombrage ,

Je vois tout en fermant les yeux !

RBPHISE.

Jollivet sort par le fond , les autres par la seconde porte à droite.

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